Madame de Maintenon en 10 dates-clés

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Mme de Maintenon - ©Johann Dréo / CC-BY-SA Mme de Maintenon - ©Johann Dréo / CC-BY-SA
Château de Maintenon Château Mme de Maintenon

Découvrez la vie incroyable de la plus prestigieuse propriétaire du château de Maintenon, j'ai nommé Françoise d’Aubigné, alias... Mme de Maintenon !

1 - 1635 : Françoise naît... en prison

Mme de Maintenon naît Françoise d’Aubigné, le 27 novembre 1635… dans la sinistre prison du donjon de Niort !

Sa famille, roturière, sans le sou, est catholique : son papa protestant a abjuré.

Si Françoise naît en captivité, c’est la faute de ce pater, justement, Constant d’Aubigné !

Le fils du célèbre poète-soldat Agrippa d'Aubigné, ami d'Henri IV, a :

• assassiné sa première femme et son amant, en 1619 ;
• dépensé la dot de sa 2e épouse, la maman de Françoise, Jeanne de Cardilhac ;
• accumulé les dettes ;
• on le soupçonne de comploter avec les Anglais.

2 - 1644-1647 : l’enfance dans les Antilles

Juillet 1644. Fraîchement sorti de prison, Constant embarque sa femme et leurs trois enfants, 16, 10 et 7 ans. Cap sur l'île de Marie-Galante, dans les Antilles françaises !

Il veut faire fortune dans les plantations de cette colonie nouvellement créée. Mais là encore, le paternel sera incapable de subvenir au besoin des siens...

Quelques mois après leur arrivée, Constant file en France demander le poste de gouverneur de l'île. Il ne donnera plus de nouvelles.

Jeanne tente de gérer seule les plantations de manioc et de tabac. C’est un désastre ! Le personnel ne lui obéit pas, les récoltes sont mauvaises...

Aaah, les terribles désillusions... Jeanne devient aigrie.

Sans réfléchir, elle part, ses enfants sous le bras, pour la Martinique.

Pour une vie meilleure ? Pas vraiment ! La petite Françoise contracte le paludisme : des séquelles la marqueront toute sa vie.

Leur maison de bois finit même par brûler ! Françoise se souviendra, le cœur serré, du brasier qui consume la poupée qu’elle venait de border sous ses draps, sous une petite moustiquaire improvisée avec sa coiffe...

En 1647, Jeanne est à bout. Elle laisse le peu d’argent qui lui reste dans un périlleux voyage de retour vers la France.

A bord, Françoise tombe gravement malade. On la croit morte ! Les marins s’apprêtent à jeter son petit corps à la mer, mais elle revient à elle, in extremis.

« On ne revient pas de là pour rien », murmurera-t-elle plus tard.

3 - 1647 : le dur retour en France

Fin août 1647. La Rochelle. Une famille sans le sou, en haillons, brunie par un soleil lointain, erre sur un port couleur d’huître, mouillé d’embruns. Voilà Jeanne et ses enfants !

Une Jeanne résignée, amaigrie. Sans mari.

Personne ne sait que Constant est mort quelques semaines plus tôt, sur le point d’abjurer une nouvelle fois, avec dans l’espoir de faire fortune à Constantinople.

En attendant, c’est une Françoise endurcie qui débarque en France. Qui semble déjà avoir vécu une vie entière, du haut de ses 12 ans...

Pourtant, d’autres soucis les attendent. Les d'Aubigné emménagent dans un une pièce sans fenêtres ni cheminée, sur le port.

Les enfants sont forcés d’aller mendier leur soupe chez les Jésuites.

Une humiliation qui marque au fer rouge la jeune Bignette, comme l’appelle affectueusement sa tante protestante, Mme de Villette, qui la prend tendrement sous son aile.

Mais Mme de Neuillant, sa marraine, l’arrache des bras de cette maman adoptive, pour l’enfermer contre son gré dans un couvent parisien… histoire de la convertir au catholicisme, non mais !

4 - 1652 : le mariage avec Scarron

Françoise vient d'avoir 16 ans. Le 4 avril 1652, on la marie à un homme de 42 ans de plus qu’elle... le poète Paul Scarron !

Ils vivent 7 ans ensemble. Françoise écrit plus tard sur son mari (vieux cochon sur les bords) et le devoir conjugal :

« Il faut se soumettre avec les maris à des choses presque impossibles. »

Et lui de raconter le jour de son mariage : « Je ne lui ferai pas de sottises, mais je lui en apprendrai » !

Scarron est brillant, mais lourdement handicapé, physiquement : « Je suis un raccourci de la misère humaine », soupire-t-il.

Françoise devient sa bouffée de jeunesse et de fraîcheur.

Il lui donne une solide éducation, une culture G du tonnerre. Oui, mais il la laisse veuve à 25 ans, sans un sou !

5 - 1669 : Françoise devient gouvernante des enfants du roi

En 1660, Anne d’Autriche entend parler d'une jeune veuve terriblement vertueuse et dans le besoin.

Françoise (puisque c'est elle) reçoit de la reine une petite pension qui lui permet de souffler un peu, du moins, jusqu’à la mort de la reine, en 1666.

Rebelotte : Françoise se retrouve sans le sou.

Mais ça tombe bien : Mme de Montespan, la favorite de Louis XIV, entend parler d’elle. Elle aurait une tâche à lui confier...

Oui, on est en 1668 : la dame se rend compte qu’elle est enceinte. De qui ? Du roi, pardi !

Mais il y a un léger problème : il faut absolument que cet enfant illégitime reste caché, pour que le mari de La Montespan ne réclame pas la paternité dudit marmot.

Elle confie alors à Françoise l’éducation de ce fils à venir, puis des 6 autres qui naîtront, entre 1669 et 1678.

6 - 1672 : Louis XIV tombe amoureux de Françoise

C’est en rendant visite à sa progéniture pour la première fois que Louis XIV apprend à connaître Françoise.

La trouvant d’abord un peu froide et coincée (c'est selon lui « un bel esprit ne s’intéressant qu’aux choses sublimes », il la dit même « insupportable »), c’est son esprit qui le charme.

Son caractère ferme, aussi. Et puis, ses belles boucles brunes qui contrastent avec la blondeur un peu froide de la Montespan…

Oh, et sa vertu ! Lorsqu’un jour Louis lui fait comprendre que son lit lui est grand ouvert, elle répond :

« J’ai ma vertu qui m’est chère, sire, et si votre Majesté me porte quelque estime, elle ne voudra pas faire de moi la risée de la Cour. Je ne suis pas assez haute pour me défendre contre tout ce qui m’attaquerait... »

Et crac : là, le roi craque définitivement !

7 - 1674 : Françoise devient Mme de Maintenon

Le 27 décembre 1674, Françoise achète le château de Maintenon pour 150 000 livres.

Je vous entends déjà : « Avec quel argent ?! » Avec une partie de la gratification en espèce offerte par le roi en personne, ravi de ses services.

« Un gros château au bout d’un gros bourg, des prairies tout autour et la rivière qui passe dans les fossés » écrit-elle de cette jolie demeure qui date du Moyen Age.

Mme de Sévigné appellera dorénavant Françoise... madame de Maintenant !

8 - 1683 : le mariage secret avec Louis XIV

Le mariage secret de Françoise et Louis a lieu le 10 octobre 1683. A moins que ce ne soit le 9 ? En fait, il n’existe pas de preuve écrite de cette union !

Tout ce que je peux vous dire, c'est que ça se passe à Versailles, dans l’ancienne chapelle du château, en présence de l’archevêque de Paris et de quatre témoins. Il fait nuit noire…

Françoise a 48 ans, le roi 45. La maladie a emporté Marie-Thérèse d'Autriche, la reine, 3 mois auparavant.

Quid de la Montespan, au fait ? Tombée en disgrâce !

Voilà Françoise sur le point de devenir une épouse morganatique : dans le sens premier, chez les souverains allemands, ce mariage est l’union d’un prince avec une personne de rang inférieur. Union illégale...

C’est donc bien ici un mariage clandestin, secret : tout le monde à Versailles ignore la chose !

Mme Palatine, la belle-sœur du roi, écrit le 14 avril 1688 :

« Je n’ai pas pu savoir si le roi a oui ou non épousé la Maintenon. Il y en a beaucoup qui assurent qu’elle est sa femme, et que l’archevêque de Paris les a unis en présence du confesseur du roi et du frère de la Maintenon ; mais d’autres disent que ce n’est pas vrai, et il est impossible de savoir ce qu’il en est. »

Quoiqu'il en soit, voilà Françoise qui écope du surnom... de Madame Quatorze !

9 - 1683-1719 : le règne de Françoise à Versailles

Quelle empreinte Françoise laisse-t-elle à Versailles, elle que la légende dit s’habiller austèrement, de sa couleur favorite « feuille morte » ?

Figurez-vous qu'on raconte que pendant son règne, Versailles devient lugubre. Finie les frivolités, zou, au placard les décolletés !

Celle que Saint-Simon décrit comme bigote et traite de « vieille fée » transforme un roi butinant de favorite en favorite en un homme raisonnable, enfin.

Ecoutons Mme Palatine, qui n’a jamais sa langue dans sa poche !

Elle hait la Maintenon, la traite de « vieille guenipe », de « vielle ripopée » et de « sorcière », pire : « La vieille conne est plus âgée que moi. J’espère que j’aurai avant ma fin le plaisir de voir crever la vieille diablesse. »

Elle remarque le changement chez Louis : « Le roi change en tout d’une manière si effrayante que je ne le reconnais plus. »

Plus loin, elle reconnaît : « Ce qu’il y a de certain, c’est que le roi n’a jamais eu pour aucune maîtresse la passion qu’il a pour celle-ci ; c’est quelque chose de curieux à voir, quand ils sont ensemble. »

Le rôle de Françoise ? Saint-Simon l’accuse d’avoir tenu les rênes pendant les 30 dernières années du règne du Soleil. Un roi qui la consulte sans arrêt : « Qu’en pense votre Solidité ? » lui demande-t-il souvent.

On l’accuse d’avoir poussé Louis XIV à révoquer l’Edit de Nantes : qu’en est-il vraiment ? Le processus de révocation de cet édit de tolérance promulgué par Henri IV en 1598 était engagée bien avant elle !

« La place de Mme de Maintenon est unique », écrit enfin Mme de Sévigné.

10 - 1719 : la mort de Françoise

Mme de Maintenon meurt le 15 avril 1719, à 84 ans, au coeur du pensionnat de jeunes filles nobles mais pauvres de Saint-Cyr-l’Ecole qu’elle a fondé.

« Ces murs fermant ma retraite seront aussi ceux de mon tombeau », avait-elle murmuré un jour.

Son corps, exhumé en 1793, sera retrouvé pendant la Seconde Guerre mondiale dans les ruines de l’école bombardée : déposé dans la chapelle royale du château de Versailles, il repose à nouveau, depuis 1969, à Saint-Cyr.


Et encore !