Lieux maudits

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Pleine lune - ©Katsiaryna Naliuka / CC-BY-SA Pleine lune - ©Katsiaryna Naliuka / CC-BY-SA

Malédictions, âmes damnées... Brr, frissons en vue ! Du fin fond de l'Ardèche jusqu'au Finistère, partons à la découverte de cette France maudite ! Une visite riche en mystères...

SOMMAIRE
1 – Le château maudit de l'Herm (24)
2 – La ville disparue de Thérouanne (62)
3 – L'auberge sanglante de Peyrebeille (07)
4 – Le château de Rustéphan : l'amour maudit (29)
5 – Le château de Châteaugay : un pacte avec le diable (63)


Le château maudit de l'Herm


L'histoire du château de l'Herm est ensanglanté par plusieurs crimes... une terrible légende noire, sulfureuse, qui fait de certains lieux des endroits maudits...

Rougi par le crime

Abandonné à la fin du XVIIe s, car chargé de trop nombreux souvenirs noirs, tachés par le crime, l'Herm a été le théâtre de bien des morts violentes entre le XVIe et le XVIIe s ! Abzac, Calvimont, Hautefort, voilà les 3 familles qui se déchirent pour la terre de l'Herm. Quitte à en mourir...

Tout commence avec les Calvimont. Jean est le premier seigneur de l'Herm, en 1440. Vient Jean II en 1484 qui épouse une dame Du Puy puis en 1538 Hélie de Calvimont qui épouse Catherine de Talleyrand. Entre les deux on a François III, seigneur de l'Herm, vicomte de Roussille, ambassadeur de Louis XII en 1512 à Rome. Le roi François Ier le nomme président au parlement de Bordeaux et ambassadeur d'Espagne de Charles-Quint en 1526.

Il épouse en 1522 Marguerite de Talleyrand, puis en remariage Marguerite de Farges... Ca va, tout le monde suit ?Tout ça pour arriver à... Jean IV, leur fils. Celui-ci épouse Anne d'Abzac de La Douze en 1582. Jean n'aura pas le temps de profiter de la vie conjugale : il va mourir de manière violente et mystérieuse, 4 ans après son mariage... Il laisse une fille unique, Marguerite, qui a à peine 5 ans. Et voilà le premier mort d'une longue série !

Un couple diabolique

Anne, la joyeuse veuve, peut maintenant batifoler avec son amant, le seigneur Foucault d'Aubusson et espérer récupérer l'héritage de son défunt mari. Sauf si sa fille se marie... là, adieu héritage ! Adieu espèces sonnantes et trébuchantes... Alors, Marguerite, devenue jolie jeune femme, va épouser François d'Aubusson, le fils de Foucault, comme ça Anne pourra garder un œil sur l'héritage ! On reste en famille...

Mais lorsque François prend pour maîtresse Marie d'Hautefort, il décide de se débarrasser de sa femme... chose qui arrangerait bien Anne, d'ailleurs, qui voudrait bien revoir son argent... quitte à assassiner sa propre fille !Chose faite en 1606, après avoir fait signer à Marguerite un testament en faveur de François. Avec elle s'éteint la branche aînée des Calvimont...

Puis François épouse Marie. Ensuite, on n'a qu'une succession de meurtres, de vengeances, de drames. Le Guide vert Michelin du Périgord indique que « ce couple (François et Marie, ndlr) commet une dizaine de meurtres ». Qui, quoi, comment... on ne sait pas, mais un seul mobile : l'argent. Mais Anne, qui veut désespérément garder ses précieux écus, va accuser François d'assassinat ! Il sera, après un long procès, condamné et jeté en prison en 1618...

La malédiction levée ?

Et Marie de Hautefort ? Oh, on ne voulait pas d'elle, à l'Herm ! Tant pis.Elle ne tarde pas à se remarier avec Raphaël de Baudet. En même temps, elle accueille à l'Herm le mari de sa fille décédée, le sieur de La Roche-Aymon. Un seigneur qui a tué le fils de Raphaël en duel et a fait supprimer 2 frères de Calvimont Saint-Martial dans un guet-apens : un peu trop pressants concernant l'héritage et le château, ces messieurs...

Raphaël se fait tuer lui aussi alors qu'il voulait assassiner le beau-frère de Marie, Charles de Hautefort. La branche des Calvimont de Saint-Martial a bien essayé de récupérer le château mais en vain, même après un long procès dès 1615, suite à l’histoire du guet-apens meurtrier. Marie de Hautefort réussit à récupérer l'héritage puis meurt de vieillesse au chaud dans son lit en 1652, à l'âge de 70 ans ! Son fils ne tarde pas à la rejoindre outre-tombe.

Le château est considéré comme maudit... Il va se dégrader petit à petit. En 1682, l'Herm passe à Marie d'Hautefort, une autre Marie (la nièce de la Marie précédente), la favorite du roi Louis XIII qu'il trouve si belle qu'il l'appelle « l'Aurore » ! Amour platonique bien sûr, on connaît le goût du roi pour les femmes ! Puis le château se fait abandonner. Après autant de sang versé, on comprend pourquoi !


La ville disparue de Thérouanne


Thérouanne, c'est une petite commune du Pas-de-Calais. Une commune tout ce qu'il y a de plus banale ! Sauf que vous ne trouverez pas d'église romane ou de château Renaissance... du gallo-romain ? Encore moins ! Et pour cause : on l'a rasée après un siège meurtrier et on ne l'a jamais reconstruite.

Il ne reste même pas un seul vestige ! Il devait y avoir une sorte de malédiction sur Thérouanne puisqu'il a fallu attendre le XIXe s pour qu'une nouvelle ville soit fondée... la Thérouanne actuelle.Alors, une question se pose : que s'est-il passé pour qu'on décide de raser une ville toute entière ? Voilà toute l'histoire...

L'oreiller de François

La ville primitive date des gallo-romains. Elle acquiert avec le temps une certaine importance, une certaine prospérité : on a là une ville puissante, siège d'un évêché et d'un comté ! Mais comme elle se trouve à un endroit très stratégique, elle se retrouve souvent au cœur d’affrontements sanglants entre Flamands, Anglais, Normands...

Après être passée entre différentes mains, la cité revient aux Français en 1527. François Ier en fait une place-forte importante à la frontière des Pays-Bas. Henri Piers dans Histoire de la ville de Thérouanne, ancienne capitale de la Morinie rapporte que ce roi disait que la petite cité du Nord de la France était l'oreiller sur lequel il pouvait dormir en toute confiance !

Chaos et fracas

Rhaa ! Ca ne plaît pas à Charles-Quint, ça... Un petit bout de terre française en terre espagnole non mais ! L'empereur fait foncer illico ses troupes sur la petite cité. Elle qui avait été par le passé plusieurs fois détruite, puis reconstruite à chaque fois ! Pas cette fois-ci... A Thérouanne, 3 000 hommes attendent de pieds fermes.

Du côté ennemi... 60 000 soldats déboulent au grand galop ! Ils vont quand même s'affronter entre le 13 avril et le 20 juin 1553, jusqu'à ce que Thérouanne finisse par capituler. On ne peut plus reculer maintenant. Poussière. Désolation. Chaos. Les troupes de Charles Quint massacrent tous les habitants. Ensuite ils mettent le feu. Tout brûle, absolument tout...

Du sel sur la ville fantôme

Charles Quint ordonne la démolition de la ville. Son anéantissement ! Les hommes de tout le pays sont appelés en renfort : ne doit plus rien rester, ni églises, maisons, murailles, rien... Il ne reste rien de Thérouanne. Sauf... les statues du Christ, de la Vierge et de saint Jean, miraculeusement sauvées de la si belle cathédrale et aujourd'hui installées dans la cathédrale de Saint-Omer, raconte le Guide de Flandre et Artois mystérieux (éd Tchou).

On dit que Quint répandit du sel sur les ruines. Pour que rien ne pousse et ne se reconstruise jamais... Et ça marche ! Thérouanne restera sans habitants pendant 3 siècles... Elle restera inhabitée, sombre et seule, ville fantôme fouettée par le vent et la bruine. On a connu le malheur, ici, de pauvres gens ont perdu la vie. Plus triste encore, rien ne reste de ce passé meurtrier...


L'auberge sanglante de Peyrebeille

Bienvenue chez les Martin !

Elle a l'air paisible, cette auberge au bord d'une départementale tranquille, au beau milieu de l'Ardèche. Passez-y un soir d'hiver sous un ciel gris, je mets quiconque au défi de ne pas trembler ! Surtout quand on sait ce qu'il s'est passé, dans cette bicoque... Revient en tête cette chanson de Malicorne (1978), un brin glauque, L'auberge sanglante : « Un compagnon si brave son tour de France allait, s’en va chez une hôtesse pour y loger... » Tellement appropriée !

Imaginez un endroit désert. Plaine. Montagne au loin. Etendue sauvage, rugueuse et désolée. Là, une auberge plantée au milieu de nulle part. L’auberge sanglante, le coupe-gorge. Le lieu de tous les crimes, où pas un client n'en réchappait. Mais allez, ça vous dit de faire connaissance avec ses aimables tenanciers ? Voilà Pierre Martin, dit le Blanc, né en 1773. Sa femme Marie Breysse, née en 1779.

Jean Rochette, dit Fétiche, né en 1785 : le domestique que les romans ont transformé en homme noir de peau, mais non ! C'est un Ardéchois pur de dur, la peau tannée par des années de travaux aux champs... Le couple, marié depuis 1795, est originaire de la région.

Le Coupe-Gorge, Histoire de l'auberge de Peyrabeille de Paul d'Albigny nous dit qu'à l'époque de leur installation à Peyrebeille, il y a deux très vieilles maisons aux toits de chaume au sud de l'endroit où sera construite l'auberge plus tard. C'est le beau-père de Pierre qui habite une des maisons (appelée le Coula) et Pierre va la prendre à son arrivée en 1808. Ils ont dans l'idée de se lancer dans l’hôtellerie, cette bicoque fera l'affaire pour le moment... le temps de construire une vraie auberge à eux.

Des rumeurs ?

Ah... une auberge à cet endroit désert... bonne idée ! L'hiver, en Ardèche, c'est pas bien gai. Il fait un froid de chien. La neige tombe drue. Il ne vaut mieux pas être un voyageur perdu dans la tourmente.Alors, les Martin attendent le client. Voilà donc la nouvelle auberge lancée. Et les affaires démarrent plutôt bien. Imaginez, il n'y a rien à des bornes à la ronde, et l’accueil est plutôt agréable et on mange bien. De bons vins, des fromages fermiers... la région ne manque pas de bonnes spécialités et on dit Marie bonne cuisinière.

Les Martin commencent à se faire un peu d'argent. Ils songent alors à quitter la vieille maison et à se faire construire leur propre auberge, à quelques mètres de là. Enfin ! Nous sommes en 1818. Mais on commence à jaser. De vilains bruits courent sur les Martin. Des gens riches disparaissent dans leur auberge, des bêtes de valeur se volatilisent dans des troupeaux...

On les accuse de tout. Mais vous savez quoi ? Les gens étaient jaloux des Martin ; qu'on se mette à leur place ! Leur auberge marche du feu de Dieu et attise toutes les jalousies... On accusera les Martin (aidés du fidèle Fétiche) d'une cinquantaine de meurtres. Et manque de bol monstrueux, des clients ont réchappé au pire et témoignent...

Janvier 1824. Nuit d'horreur de Boyer

Vincent Boyer chemine lentement à travers la lande. La sombre silhouette de l'auberge se détache sur un ciel opaque, de sombres nuages masquent la lune. Le vent rugueux qui souffle dans les branches dénudées ressemble à un hurlement. Dans son dos, le cri lugubre d’un oiseau de nuit lacère l’obscurité.Bon Dieu ce qu'il ne donnerait pas pour un bon lit... une bonne soupe chaude... Le jeune apprenti du Puy allait à Aubenas voir sa famille.

Et mine de rien le Puy-Aubenas, ça fait une tire ! Autant s'arrêter là. Boyer sent sa vision se brouiller. Il ne sent plus ses doigts engourdis par la morsure du froid, crispés sur son baluchon. Les nuages filent. Une lune trouble luit à nouveau. Boyer en profite pour aller cogner à la porte. On entend des voix d'hommes là dedans, ça cause. Une bonne odeur de ragoût, aussi. La porte s'entrouvre.- C'est pour une chambre et un repas.- Entrez. Restez pas là, répond tout simplement l’homme.

Pierre Martin (on l'aura reconnu) le précède dans une grande salle ; un feu de bois meurt dans l’âtre ; les pierres et les poutres apparentes sont noircies par la suie ; sur une grande table en chêne trainent quelques verres. Boyer veut juste manger un morceau. Et avoir une chambre. L'aubergiste scrute le nouvel arrivant. Il a une vingtaine d'années, la mine ouverte, des vêtements corrects, sans plus. Important ça, les vêtements. Ca renseigne sur la fortune du bonhomme...

Boyer s'assoit et commence à manger. Il y a parmi eux un vieil homme qui vient de vendre une bête au marché et en a tiré un bon prix. Lui a de l'argent, ça se voit. Il a de l'argent sur lui, là, tout de suite surtout ! La discussion devient bizarre. Boyer ne peut pas dire pourquoi, mais il le sent, un climat assez malsain s'installe peu à peu. Quand on lui pose des questions, il a la précaution de dire qu'il n'a pas un sou sur lui.

On finit par aller se coucher. Bon Dieu, quelle chambre ! Petite, sombre, pas très propre... bon. Ca fera l'affaire. Boyer baille. Fourbu, crevé, il ne peut pas dormir pourtant. Très mal à l'aise, il commence à fouiner à droite à gauche dans les coins. Ah que c'est sale alors, mais sale... Et ça là ? C'est quoi ? se dit-il en inspectant la mauvaise literie. Il se rapproche... Non !! Du... du sang ! On dirait du sang, des taches de sang sur ses draps ! Nom de Dieu... sa gorge se serre.

Il comprend qu'il est tombé dans un endroit horrible. Un coupe-gorge. Il reste terré sur son lit jusqu'à pas d'heure quand soudain... des bruits de pas... Il fait semblant de dormir, de ronfler même.Mais de sa paupière mi-close il voit passer deux bonshommes... qui vont vers la chambre du vieux... ouvrent la porte... et... et ? Plus un bruit... Aaah, si, soudain, des hurlements. Des bruits de lutte. Des râles affreux. Imaginez vous à la place de ce pauvre Boyer, tapi au fond de son lit sale et sanglant, se bouchant les oreilles pour ne pas entendre la monstrueuse agonie de son voisin de chambre !

Et ces filles là... Les maudites filles Martin, pressées contre sa porte à surveiller Boyer, chantant et riant à tue-tête pour couvrir le carnage... L'Enfer sur terre ! Puis le silence. Des bruits de remue-ménage puis plus rien. Au matin, alors que la Marie l'interroge sur sa nuit, Boyer dit qu'il a dormi comme une souche ! On imagine qu'il a vite payé et a pris ses jambes à son cou...

Mai 1826. Hugon l'a échappé belle

Michel Hugon s'en revenait de vendre ses bestiaux à la foire. Une excellente vente ! Ca valait bien la petite trotte qu'il venait de faire. Mais là, basta. Il en a plein les pattes. Ca tombe bien, l'auberge de Peyrebeille n'est pas bien loin. Autant s'y arrêter dîner ! L’endroit, sombre, reculé, flanqué de cette sévère baraque de pierres sèches que le temps gris assombrit considérablement, aurait filé la chair de poule à n’importe qui.

Le vent souffle par violentes rafales, secouant des arbustes squelettiques qui semblent les uniques gardiens de cette contrée désolée... Hugon dîne donc à l'auberge mais au moment du digestif, il se dit : « Tiens, me voilà bien requinqué, autant rentrer au bercail au plus vite ». Il fait nuit, oui bon...

C'est là que sur le chemin, il se fait attaquer. Mais c'est qu'ils en veulent à sa fortune ! Et malgré la nuit noire, il reconnaît... Rochette et Pierre Martin. Armés de couteaux les types, mais Hugon a une sacrée carrure. « Résiste mon gars, si tu veux pas crever là comme une chien ! » se dit Hugon. Il se débat comme un diable, tant et si bien qu'il parvient à s'enfuir, blessé à la tête... mais vivant !

Eté 1828. Peyre à Peyrebeille

Un petit propriétaire parti pour affaire, André Peyre, décide de passer la nuit à l'auberge. Il dîne, puis on l'interroge un peu. La routine, pour les Martin...Peyre raconte qu'il va pour régler une vente et qu'il porte de l'argent sur lui. Malin de raconter des trucs pareils, enfin bon... Puis il va se coucher sur du foin dans la grange, juste pour s’assoupir deux ou trois heures. Pas besoin de chambre pour un petit somme !

Alors qu'il dort depuis une petite heure... soudain... Un craquement. Peyre se réveille. Non, pas de bruit, c'est rien, juste une vieille grange tout en bois qui craque de vieillerie... Soudain, un frôlement. Là. Une silhouette. Quelqu'un glisse avec l’aisance d’un chat dans l’obscurité... BAM ! Peyre se fait tirer par les pieds... violemment, si violemment que sa tête tape par terre et le laisse groggy ! La bataille s'engage. Peyre n'a même pas le temps de reprendre ses esprits.

On veut le tuer ! Il se met à crier. Le type en face a une arme. Il n’hésite pas d'ailleurs : en un éclair, il se rue sur Peyre... qui pare le coup... Le type revient à la charge... et le frappe au visage avant de l’envoyer valser. Peyre valdingue sur la paille contre un pilier, K.O. Peyre agrippe la veste du type, et d’une violente droite, l’envoie à son tour dans le décor. Une douleur fulgurante lui déchire le crâne.

- Coince-le, merde, mais coince-le ! hurle un complice.Peyre reprend ses esprits, la tête en compote, quand dehors, il entend un bruit de roues grinçantes, de voix d’hommes qui se rapprochent. Des clients ! Peyre hurle à l'aide. Stupeur, du côté de l'agresseur ! Il hésite puis finit par s'enfuir dans l'obscurité. Peyre a juste le temps de reconnaître dans un éclat de lumière le visage de Pierre Martin...

Mai 1831. Madame Ytier

Rose Ytier arrive un soir à l'auberge. Elle est bien fatiguée, Rose, par le long chemin qu'elle vient de parcourir. C'est qu'elle n'a plus 20 ans... Elle frappe à la porte. Rien. Elle frappe encore et encore. Personne. Pourtant il y a de la lumière qui filtre de dessous la porte et elle entend des voix. Des bribes de conversations... qui parle de corps... d'enterrer quelque chose...

Le sang de Rose se glace malgré l'air tiède de cette belle soirée de printemps. Oh... elle a dû mal entendre. Allez, allez ! Personne pour lui ouvrir ? Bah ! Elle fait le tour de la maison et gagne la grange. Deux ballots de paille, ça fera bien l'affaire... Elle s'assoupit.Rose se réveille en sursaut en pleine nuit, alertée par des cris et une bagarre. La porte de la grange qui donne dans l'auberge est entrouverte... Rose voit des ombres passer.

Elle comprend alors ce qui se trame. Ma vieille, il faut ficher le camp d'ici ou sinon... se dit-elle, morte de peur. Rassemblant ses affaires, elle file à pas feutrés vers la sortie. Mais là, soudain... un homme saute par la fenêtre ! Ses vêtements sont déchirés, il a des blessures et du sang partout. Hagard, il la regarde. Elle lui rend son regard en ayant l'air de lui intimer : fuyons !!

Ce que le bonhomme fait, une Rose horrifiée sur les talons. Parvenus loin de l'auberge, ils s'arrêtent. L'homme lui raconte tout, entre deux râles. Qu'il a sans le vouloir vu un corps dans la remise. Que pendant la nuit, les aubergistes se sont jetés sur lui alors qu'il dormait, pour le tuer et le dépouiller...

Mince, un témoin !

Vient le dernier crime. Celui qui va sceller le destin des Martin. Jean-Antoine Anjolras, cultivateur, 72 ans. Il est allé à la foire mais n'en est jamais revenu. Pourtant un homme a tout vu. Un témoin capital !Il s'agit de Laurent Chaze, un ancien berger devenu mendiant. Il voulait dormir à l'auberge mais on lui refuse l'entrée car il n'a pas d'argent.

Rha, allez vous faire voir ! peste Chaze. Il va en douce dormir dans la grange, na. Alors qu'il dort bien paisiblement, il se fait réveiller dans la nuit par des bruits bizarres... 3 ombres passent, portant... portant des objets lourds comme... des armes. Lui fait semblant de ronfler tout son saoul et n'est pas inquiété ! Aux assises, après son témoignage, Rochette dit à Chaze qu'il les a bien trompés... « T'allais y passer comme tous les autres ! » lui hurle-t-il.

La fin de la fin...

Sauf que des bruits courent sur l'auberge. Paraît que c'est là qu'on a vu Anjolras pour la dernière fois et qu'il s'y passe de drôles de choses... On y va en perquisition. On ne trouve rien. Si, un jour d'octobre 1831, on découvre le corps d'Anjolras sous une falaise au bord de l'Allier, pas très loin de Peyrebeille.La rumeur enfle, enfle comme une barrique. Et puis, on n'a pas d'autres suspects après tout ! On arrête donc Pierre Martin, Rochette, et en dernier Marie.

Tout ça le 1er novembre 1831. On les enferme à la maison d'arrêt de Privas : le procès ne s'ouvre qu'en juin 1833. On entend Boyer, le mendiant, la dame Ytier... Les témoignages sont parfois fantaisistes : on rapporte, vous savez quoi ? Qu'on a vu dans la soupe des restes humains et que la fumée qui sortait de la cheminée avait une drôle de couleur et une odeur peu ragoutante.

Mais l'avocat qui défend les Martin a raison : on les traite de meurtriers assoiffés de sang, de monstres, mais qu'a-t-on comme preuves ?! Pas grand chose. Si ce n'est le témoignage du mendiant pour Anjolras. Le seul crime pour lequel les Martin seront accusés, finalement...

Le juge insiste sur le fait que tous les témoins ne se réveillent que bien des années après les faits. Bizarre ! On a failli les tuer, on les a molestés, ils ont vu leurs agresseurs, mais non, il leur faudra des siècles avant de se réveiller. Et que dire de la jalousie que provoque cette petite auberge qui fait son beurre, dans un endroit si reculé...

Les témoignages font leur effet sur le juré. Les Martin vont être exécutés. Menés à l'échafaud devant leur auberge, en octobre 1833... Ils sont conduits en charrette depuis Privas. Le voyage dure 3 jours. Des prêtres les accompagnent. 3 jours comme une éternité, 3 maudits jours qui ressemblent déjà à l'enfer... La foule les suit et hurle des insultes et des malédictions. A Lanarce, elle est en ébullition. Les gens sont partis voir l'installation de l'échafaud, d'autres attendent les condamnés.

Ah, ils arrivent, les voilà ! Brinquebalés depuis des jours, leurs nerfs lâchent à la vue de la guillotine : Martin laisse échapper un « Vaqui nostro mouort ! » (voilà notre mort)... 3 cercueils attendent près de l'auberge... Le bourreau, Pierre Roch, attend. Pas moins de 40 000 personnes assistent à la scène !

Marie Breysse meurt la première en détournant le regard de la croix que lui tendait le prêtre, dit-on. Ensuite son mari. Lui prie sans arrêt. Puis Rochette. Et voilà la fin d'une histoire sanglante.Mais aujourd'hui un doute subsiste : et si les aubergistes étaient innocents ? Mais ça, c'est une autre histoire...


Le château de Rustéphan : l'amour maudit


A quelques pas de Pont-l'Abbé se trouve les vestiges d'un château du Moyen-Age. Mangé par la végétation. Moussu. Diminué. Mais toujours là ! On pense que c'est le comte de Penthièvre Etienne qui l'a fait construire au XIIe s, à cause du nom même de Rustéphan : Run Stéphan veut dire « colline d'Etienne » en breton !

Le château actuel date du XVe s, il reste d'ailleurs une jolie porte en bas d'une tour, typique du gothique. Vendu comme bien national à la Révolution, il n'a pas supporté sa transformation en carrière de pierres. La ruine commence... et la légende avec.

On dit qu'on voit deux fantômes. Celui de deux êtres qu'un amour profond unissait. L'esprit d'un prêtre à l'une des fenêtres. Puis celui d'une jeune femme morte de chagrin ici même, dont l'âme si triste hante encore les lieux.

Deux âmes en peine qui ne connaîtront jamais le repos éternel... Les histoires d'amour finissent mal en général... On connaît la chanson ! Alors, qui sont ces personnes, qui avant d'être des âmes perdues ont été des êtres de chair et de sang ? Regardez par là : vous voyez cette jeune femme ? Elle s’appelle Jenovefa, Geneviève de Rustéphan. La belle et riche héritière du château.

Avec ses longs cheveux châtains, son joli visage et ses yeux de biche, c'est bien la plus belle de toutes les filles de la région. Celui qu'elle aime et qui l'aime a pour nom Yannick Le Flécher. Le fils du gardien du château... Différence de condition !

Les deux jeunes gens ne peuvent pas s'aimer... Alors, pour l'éloigner de sa belle, les parents de Yannick l'obligent à se faire ordonner prêtre. Le jeune homme doit accepter. Geneviève n'y croit pas.Le jour du départ de Yannick, elle se tient là, à broder de la fine dentelle sur le pas de son manoir.

Oh Yannick... As-tu tout oublié ? Les anneaux échangés ? Les baisers ? Les mots tendres ? Trop tard, Yannick appartient à Dieu, maintenant... Lors de sa première messe à Nizon, Geneviève supplie une dernière fois son amour de renoncer à ses vœux, mais trop tard...

Elle meurt de chagrin quelques jours plus tard. La légende aura inspiré La Villemarqué dans son Barzaz Breiz et plus récemment la harpiste Cécile Corbel avec sa jolie chanson Jenovefa : « Maintenant Yannick Kerblez est prêtre à Nizon. Beaucoup de fois je l'ai vu, seul au milieu des tombes, pleurant sur celle de Jenovefa... »


Le château de Châteaugay : le pacte avec le diable

Roi à la place du roi !

Que manigançait-il, Pierre de Giac, dans son donjon glacial de Châteaugay, par ces nuits d'hiver sans fin ? Un pacte des plus hideux, un pacte sanglant qui signera sa fin... Pierre de Giac voit le jour en 1380. Un vilain, celui là ! Violent, un vrai tyran, mais beau comme le Diable !

Son père, échanson de France, a été tué à la bataille de Nicopolis en 1396 et sa mère, Jeanne de Peschin, fait partie de la cour d'Isabeau de Bavière. Giac sert Jean-sans-Peur (sa femme Jeanne de Naillac en est la maîtresse) et devient l'amant d'Isabeau de Bavière... Tout ça pour que le duc bourguignon meure assassiné... Ensuite on le retrouve au service du jeune dauphin, futur Charles VII.

Là, tyrannique comme pas deux, régnant en petit coq sur la cour de Bourges, Giac magouille. Il détourne une partie de l'argent mis à disposition pour la guerre contre l'Anglais, fait ses petites combines... Mais il voudrait presque la place de roi, ce gourmand de Giac !

Ma mie, je vous aurais !

Il veut aussi une des plus belles femmes du Royaume, la sublime Catherine de l'Isle-Bouchard, la veuve d'Hugues de Châlon. Veuve de fraîche date... on ne sait pas comment est mort ce pauvre Hugues, d'ailleurs...Pierre ne veut que Catherine, mais il est marié à Jeanne de Naillac, alors enceinte. Catherine, elle, accepte le mariage. D'accord, fait-elle, mais toutes les richesses des Giac lui reviendra, quitte à léser les enfants Giac, Louis et Louise.

Et puis, il est marié, à ce qu'elle sache, il faut remédier à ça... Alors, Giac pique des deux jusqu'à Châteaugay où sa femme passe le plus clair de son temps, avec la ferme intention de se débarrasser de sa moitié... en pactisant avec le Diable ! Regardez sa main droite... il vient de la vouer au diable, « afin de le faire venir à ses intentions » dit un document de l'époque ! Une main qui va éliminer la pauvre Jeanne.

Le soir du crime

Imaginez la scène... rien ne laissait présager un drame, ce soir là. Malgré le plan criminel qui s'échafaude dans sa tête, Giac adresse son plus beau sourire à sa femme en lui servant un verre après le dîner. Le feu flambe dans la grande cheminée. Dehors, la neige ne tombe plus. On entend le vent qui hurle et se jette contre la porte. La nuit, noire comme de l’encre, vient de tomber.Jeanne accepte le verre que lui tend son mari. Elle lui fait un petit sourire. Tiens, il se montre bien gentil ce soir, se dit-elle en l’observant à la dérobée dans le clair-obscur de la salle.

Grand, sec, le teint sombre et les yeux clairs, Pierre porte haut la tête, un vrai seigneur ! Elle boit deux gorgées et s'arrête, scrutant son mari. Il n'a pas touché son verre... Elle baisse les yeux, un peu mal à l'aise. Que se passe-t-il, tout à coup ? Soudain... Une ombre passe. Jeanne relève lentement la tête ; son sang ne fait qu’un tour ! Les jambes solidement plantées dans le sol de terre battue, Giac la dévisage en silence. Qu'elle boive un peu plus vite ! s'énerve-t-il. Il insiste lourdement.

Une fois. Deux fois. Jeanne, la gorge serrée, comprend. Elle porte machinalement la main sur son ventre et jette le contenu de son verre dans le feu, horrifiée. Elle comprend tout, oui. Tout. La maîtresse de son mari, les maîtresses, peut-être... Elle se lève, se jette vers la porte. Mais Giac s’approche d’elle. Mon Dieu vous auriez dû voir ses yeux... il y a dans son regard quelque chose d’effrayant. Un sourire stupide passe sur ses lèvres et donne à ses yeux une lueur démoniaque. Là, ça y est. Sa main droite entre en action. Giac ceinture Jeanne, la ligote fermement et l'emmène.

Un galop mortel

Dans l'écurie, il selle son cheval puis se lance dans la nuit noire, sa femme devant lui jetée sur l'encolure de sa monture comme un vulgaire sac. Un galop d'enfer à travers les bois ! La nuit est noire et les ténèbres collantes, l'air plus glacial que la mort.Le poison courant lentement dans ses veines, Jeanne se débat, supplie, hurle à mort mais en vain. Il lui semble que l’encre de la nuit va l’engloutir tout droit dans un monde peuplé de démons cauchemardesques.

En Enfer ! La peur la submerge comme une vague glacée. Les branches lui griffent la peau...Lorsque Giac arrête son cheval des heures de galop fou plus tard, sa femme a rendu l'âme. Elle a perdu l'enfant. Giac la laissera aux loups. De toute façon, cet enfant ne pouvait être que le bâtard du duc de Bourgogne... se dit-il, amer.

Echec !

Et voilà... Giac épouse Catherine 2 mois plus tard. En 1426, le voilà devenu premier chambellan. Plus que jamais il impose sa loi parmi la cour du roi, à Bourges. Mais on jase sur son dos ! Il a volé de l'argent de la Couronne destinée à la guerre contre l'Anglais, parait-il... les bruits courent, la rumeur enfle. Qui diable égrène ces mensonges ? rugit Giac.Car il a un ennemi, Georges de La Trémoille.

Il aime Catherine, La Trémoille, et ce ne sont pas les années d'amitié et de débauches qui le lient avec Giac qui vont changer quoi que ce soit ! Son vieux compagnon le raille. Pire, cette ordure l'humilie devant le roi... La Trémoille va alors s'en remettre au connétable de Richemont pour parler du détournement de fond de Giac, et de la rancœur tenace entre les deux hommes... tout ça pour une femme !

Tant et si bien que ses méfaits ne tardent pas à arriver à l'oreille de la Cour, qui en la personne du connétable de Richemont arrête Giac dans son lit à Issoudun en 1427. Richemont, alors seigneur de Dun-le-Roi (actuelle Dun-sur-Auron), mène Giac dans son château, jeté comme un vulgaire sac sur un cheval et enlevé au galop... Le souvenir de ce qu'il a fait endurer à sa femme a-t-il brusquement resurgi dans un coin de sa tête ?

Saura-t-on jamais... Jugé très sommairement, il comprend vite qu'il va mourir : alors, il demande en hurlant comme un fou à ce que sa maudite main droite soit coupée... Requête accordée ! Le bourreau l’enferme vivant dans un sac de toile pieds et poings liés, puis le jette dans l'Auron. Le sac portait la mention : « Laissez passer la justice du roi »...

C'est Georges de La Trémoille qui a dû être content : le grand chambellan de France pouvait enfin épouser la femme de Giac, la belle Catherine, dont il était l'amant depuis des années... Quoi ? Qui a dit « quel panier de crabes » ?


Et encore !