L'histoire des panoramas parisiens

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Les Panoramas en 1820 - ©Mbzt / CC-BY-SA Les Panoramas en 1820 - ©Mbzt / CC-BY-SA
Passage des Panoramas Rue Quartier

Les panoramas de Thayer

L’histoire commence avec un certain James Thayer, un armateur américain. Qui décide de faire construire deux grosses rotondes de 18 m de diamètre encadrant l’entrée du passage, en 1799.

A l’intérieur de ces tours... les panoramas. L’ancêtre du ciné. Siii !

Je vous explique le super concept révolutionnaire : on entre par une des rotondes et on prend place à l’intérieur, dans la pénombre, sur une plate-forme centrale.

Sur les murs, on a tendu d’immenses toiles peintes circulaires (des représentations de villes célèbres, on va voir ça après).

L’œil embrasse la vue autour de lui. On est complètement immergé au cœur de la toile !

Ajoutez à ça musique d’ambiance et effets de lumière, la magie opère...

Le passage de la lumière du jour à la pénombre provoque un mini choc, et on s’en prend plein les mirettes.

Les toiles, d’un réalisme incroyable, mesurent 97 m de long sur 20 m de haut !

On ne connaissait pas du tout ce genre de spectacles, en France... D’où le succès immédiat.

Une invention écossaise

On lit dans Paris-Album historique et monumental (Lespès, 1861) que c’est le peintre Robert Barker d’Edimbourg qui invente les panoramas, en juin 1787.

Il installe son premier à Londres en 1793, avec une vue de l’île de Wight. Un gros succès ! Il s’agit du plus ancien panorama connu.

L’ingénieur américain Robert Fulton obtient un brevet d’importation pour la France en 1799, qu’il cède à son compatriote James Thayer.

Thayer commande au peintre d'histoire Pierre Prévost 18 tableaux de villes : Rome, Naples, Amsterdam, Athènes ou Jérusalem...

Les deux premières villes présentées aux Parisiens, ici même ? Une vue de Paris depuis les Tuileries et une de Toulon !

Prévost, le peintre des panoramas

Oh, un mot sur Prévost... se doutait-il, le jeune gars de Montigny-le-Gannelon (28), qu’il allait faire des kilomètres pour peindre les plus belles villes du monde, d’après nature ?

Ses panoramas sont tellement réalistes, que de grands peintres du XIXe s, comme David, conseillent à leurs élèves « de venir au panorama faire des études d’après nature. »

Même Chateaubriand s’y met et écrit dans son récit de voyage Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811) :

« L’illusion était complète. Je reconnus au premier coup d’œil tous les monuments, tous les lieux et jusqu’à la petite cour où se trouve la chambre que j’habitais. Jamais voyageur ne fut mis a une si rude épreuve : je ne pouvais m’attendre qu’on transporterait Jérusalem et Athènes à Paris. »

La mode des machins en ramas

Les panoramas marchent du feu de Dieu, à Paris. Balzac les appelle « les machins en rama », tant ils sont populaires !

• Bientôt, on a un cosmorama, en 1808, galerie Vivienne : une sorte de lanterne magique.

• Un géorama galerie Colbert, en 1825, qui reproduit les mouvements de terrains et les cours d’eau.

• Un europorama, dédié aux sites européens.

• En 1817, le stéréorama, des plans reliefs de grandes villes avec maisons en carton peint et rivières en verre.

• L’alporama, les Alpes en relief.

• Le diaphanorama, des toiles transparentes éclairées par-derrière.

• Le pyrorama, du verre illuminé.

• Le navalorama, des scènes mécaniques...

Conclusion

Mais à Paris où tout bougeait déjà si vite, en ce début de XIXe s, les modes passent... et trépassent. Les panoramas ne font plus fureur : on détruit les rotondes du passage en 1831.

Le musée du Louvre conserve toujours un des panoramas de Prévost, la ville de Constantinople !


Et encore !