Les soldats du roi Soleil à l'hospice des Invalides

Vinaigrette 0
Louis XIV visite les Invalides, toile de P.-D. Martin - ©Public domain Louis XIV visite les Invalides, toile de P.-D. Martin - ©Public domain
Hôtel des Invalides Musée Louis XIV

L'origine des Invalides : les guerres meurtrières de Louis XIV !

Invalides... tout est là, avec ce nom : cette institution fondée par Louis XIV en 1670 se destine à une chose : prendre soins des blessés de guerre.

Loulou adore faire la guerre (34 ans de conflit en 54 ans de règne)…

Mais la guerre, bouh, ça fait tout plein de blessés. Qu’on ne peut pas abandonner dans le caniveau, hein.

« Il est raisonnable, que ceux qui ont librement exposé leur vie et prodigué leur sang pour la défense de la monarchie, passent le reste de leurs jours dans la tranquillité », dit l’édit royal de janvier 1670.

Avant le roi Soleil, imaginez qu’on n’a aucun endroit de prévu, pour hospitaliser les soldats blessés. Les abbayes les prenaient en charge, contre un peu de balayage de cloître...

La construction de l'hôtel des Invalides

Le terrain choisi se présente sous la forme d'un vaste espace à l'extérieur de Paris, entre le faubourg Saint-Germain et le bourg du Gros-Caillou.

L'architecte retenu ? Libéral-Bruant, remplacé en 1676 par Hardouin-Mansart. La crème de la crème des artistes au service de sa Mâââjesté, si vous préférez.

On pose la première pierre en 1671, et Robert de Cotte finit les travaux vers 1750.

Venez voir : la façade longue de près de 200 m abrite un portail, avec au centre Louis XIV, entre la Justice et la Prudence de Coustou (1735). La mise en scène de la gloire du roi !

La statue de Louis XIV, détruite à la Révolution, a été refaite en 1816 par Cartellier.

Encadrant l’entrée, on a qui ? Les statues de Mars (la guerre) et de Minerve (la raison), copies de celles de Guillaume Coustou. Au-dessus du portail, une tête d’Hercule.

La vie quotidienne aux Invalides

La vie aux Invalides ? Imaginez un peu ! On compte 17 cours, 16 km de corridors... un véritable palais !

Les cours de l'hôpital servent de jardins, pour les convalescents.

Qui sont les fameux invalides ?

La population de l'hospice atteint vite le nombre de 6 000, sur les 1500 places prévues au tout départ.

Les pensionnaires sont plus nombreux à la fin du règne de Louis XIV et après les guerres de l'Empire.

On y accueille les soldats trop âgés pour combattre ou ceux atteints d'infirmités : dans tous les cas, ils devaient avoir effectué 10 ans de service.

L'infirmerie

Le roi confie l'infirmerie à des filles de la Charité, ou sœurs grises. Elles sont au nombre de 35.

L'infirmerie, elle, compte 300 lits, chaque malade disposant d’un lit individuel. Chose rare, à l’époque !

• Levées à 4 h du mat', elles donnent le bouillon à 5 h aux malades ;

• à 6 h, hop, la messe, sur quoi le chirurgien fait sa visite avec l’apothicaire, qui gribouille ses ordonnances ;

• à 8 h, l’infirmerie ouvre pour panser ceux qui ont besoin.

Les chambres ? Tout dépend de votre grade !

Pour les chambres, disons que tout dépend du grade des anciens militaires.

Les officiers logent par 2 : ils ont droit à un matelas, un traversin en plume, plusieurs couvertures ainsi que « des rideaux de serge jaune », pour les isoler du froid.

Les simples soldats, eux, logent à 6 dans la même chambre. Et pas de rideaux au lit, bien sûr !

L'hygiène

Point de vue hygiène, tout est plutôt moderne, pour l'époque, avec nombreux points d'eau, bains et lieux d'aisance.

Mais aussi un sergent spécialement affecté, qui veille à ce que le contenu des pots de chambre ne soit pas jeté par les fenêtres, raconte Anne Muratori-Philip dans son Hôtel des Invalides (1992, éditions Complexe) !

Comment s'occuper ?

Les invalides travaillent dans un atelier, sur place, à faire de la tapisserie, de la calligraphie ou de l'enluminure : certains ouvrages finissent même à Versailles !

Attention, punitions !

Au début, les Invalides ne disposent d'aucun règlement intérieur. Bonjour le bazar...

Les anciens soldats sortaient, faisaient la fête, se battaient, rentraient ivres morts et couverts de bleus... quand ils ne ramenaient pas des donzelles dans leur chambrée !

En janvier 1710, on commence à mettre en place des punitions pour les pensionnaires avinés, ceux qui découchent, ceux qui blasphèment...

Tenez : les hommes mariés ont le droit de dormir à l'extérieur, deux nuits par semaine.

Mais gare aux retardataires, personne ne doit sortir ou rentrer la nuit. Sinon, vous aviez le droit à un remontage de bretelle, le lendemain matin !

Alors, ces punitions ? En quoi consistent-elles ? Privation de vin, mise à l'isolement, ou renvoi pur et simple de l’hôpital, en cas de récidive.

Oh, je ne vous ai pas parlé de la punition du cheval de bois : le coupable s'assied sur un cheval d’arçon suspendu par des cordes au-dessus du sol, exhibé dans la cour pendant des heures, sous les ricanements de ses collègues...

Les repas

Pour les repas, les officiers ont leur salle réservée, en petit comité.

On sert le repas le midi sur une table de 12 personnes : deux potages, une grande entrée.

Pour le dessert, fromage et fruits de saison. Le tout arrosé d’une chopine de vin par repas.

Le soir, « deux plats de rôti de bœuf ou de mouton, une entrée de boucherie », salade, fromage et fruit.

Et l’argent, pour payer tout ça ? On prélève sur les revenus des abbayes !

Conclusion !

Encore aujourd’hui, l’hôpital accueille une centaine d’invalides de guerres, anciens combattants des armées françaises et victimes de guerres, femmes et hommes.

La continuité d'une très longue tradition !


Et encore !