Les petits d’Anne de Bretagne et de Charles VIII endormis pour toujours dans la cathédrale de Tours

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Le tombeau de Charles-Orland et Charles - ©Wolfgang Moroder / CC-BY-SA Le tombeau de Charles-Orland et Charles - ©Wolfgang Moroder / CC-BY-SA
Cathédrale Saint-Gatien de Tours Cathédrale Lieu de sépulture Destin tragique Anne de Bretagne Charles VIII

Deux petits dont les cœurs ont battu. Qui ont connu la chaleur de bras aimants, la douceur de baisers qui apaisent. Qui ont respiré l’air de la jolie Touraine. Des vies brisées. L’absence cruelle après la joie, pour ceux qui restent.

On a beau être rois, on n’est jamais préparé à ça. Même pas Anne de Bretagne et Charles VIII, écrasés par la culpabilité...

Des petits corps de marbre

Odeur d’encens et de bougies froides. Le silence s’impose, impressionnant. Un petit jour frisquet perce par les vitraux.

Vous me suivez ? Je vais vous montrer un beau tombeau Renaissance. Celui de deux enfants d’Anne de Bretagne et de Charles VIII, morts tout petits. Vous les voyez, ces petits gisants façonnés par le sculpteur d’Anne, Michel Colombe ? Comme paisiblement endormis pour l’éternité.

« Si petits dans l’immensité de la cathédrale de Tours », dit l’historien d’Anne...

Voilà d’abord Charles de France, né en septembre 1496... mort à peine un mois plus tard au château de Plessis-lez-Tours.

Puis, Charles-Orland, né en 1492, mort à 3 ans de rougeole au château d’Amboise. Le tout premier fils du couple : Charles a 21 ans, Anne 16, à sa naissance.

Toutes les précautions ne remplacent jamais la présence d’une maman

Tous les soins sont pris pour le petiot. L’héritier, quoi ! On lit les détails dans Vie de la reine Anne de Bretagne (Antoine Le Roux de Lincy, 1860) : placé sous l’invocation de la Vierge, on confectionne à Charles-Orland un drap d’argent pour qu’il ait bien chaud et on lui donne un petit sifflet doré.

Il ne manquera de rien ! Pas d'amour, en tout cas.

Mais la fatalité s'en mêle. Comment ? En amenant maladie et chagrin...

Charles et Anne doivent partir préparer la guerre d’Italie. Un crève-cœur. Imaginez ! Vous devez laisser votre bébé, la chair de votre chair. Seul. Dans des mains de personnes de confiance, oui, mais pas vos mains à vous.

Qui calmera ses larmes ? Qui veillera sur lui ?

Le cœur gros, ils laissent le bébé à Amboise avec une tonne de recommandations écrites. 100 soldats écossais gardent les portes du château. Un chambellan surveille la porte de la chambre.

Mais Anne tremble sans arrêt. Ses pensées filent à 100 à l’heure. S’emballent. Déraillent.

« - Et si... si... si une mort suspecte arrive dans la ville ?! » gémit Anne.

« - Calme-toi », murmure Charles à sa douce. « La solution, c’est que plus personne ne devra y entrer ou sortir. »

« - Mais... et... dans le cas d’une maladie contagieuse ?? »

« - On devra tout faire pour emmener le petit en lieu sûr. »

Même une simple promenade à l’extérieur, en litière, devenait une vraie expédition... la chasse étant interdite aux abords du château, ces jours-là. Les nobles de toute la région devaient être dispos à la moindre alerte.

On devait donner des nouvelles au roi le plus souvent possible. Un couple dans leurs obligations pesantes, si loin, mais tellement inquiet pour leur petit ! Présents de tout leur être pour lui, malgré la distance.

Les malheurs d’Anne

Chienne de vie. Saleté de destin.

Toutes ces précautions n’empêchent pas le petit Charles-Orland d’attraper la rougeole et de mourir... Anne apprend l’indicible à Lyon. Choquée. Comme folle. Culpabilisant d’avoir été si loin...

Amboise porte malheur à Anne. En emportant son petit, plus trois autres bébés. Puis son mari, son Charles, un après-midi d’avril 1498. Après un choc à la tête mortel contre un linteau de porte.

Anne sera mère pour de bon, un jour, avec son deuxième mari, Louis XII. Avec la petite Claude de France, future reine de France aux côtés de François Ier...

Oh, au fait ! Vous savez pourquoi Anne a choisi le prénom Claude, pour sa fille ? Et d’où vient le prénom original de Charles-Orland ?


Et encore !