Les petites histoires du gouffre de Proumeyssac

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L'intérieur - ©TwoWings / Public domain L'intérieur - ©TwoWings / Public domain
Gouffre de Proumeyssac Cavité naturelle Exploration Accident

Le gouffre de tous les dangers

Truands, suicides et accidents

Dans le coin, on l'appelle le Trou-de-Promeissat, « trou de Promeyssac ». Un gouffre auréolé de mystères, de légendes terribles... Légendes, car on dit que brigands et truands de tous poils venaient planquer leur butin ou faire disparaître leurs malheureuses victimes...

Sorciers, esprits en tout genre, âmes errantes peuplent ses profondeurs... Ce qui est sûr, c'est que ce gouffre a fait bien des victimes, suicides ou accidents ! Avec tout ça, on décide de faire fermer le trou à l'aide d'une voûte. Mais mal construite, elle s'effondre plusieurs fois... sans qu'on ne la refasse jamais !

Canards à la broche ?

On ne l'avait jamais encore exploré, ce gouffre. On ne sait pas ce qu'il cache... Si, on sait juste que des vapeurs en sortent, des émanations plus ou moins toxiques... Du coup, les gens le regardent comme le cratère d'un ancien volcan...

Histoire du Bugue (M. L. Dessalles, 1857), nous apprend que de petits génies en herbe se lancent dans des expériences farfelues : ils avaient jeté deux canards vivants dans le gouffre. Les pauvres oiseaux étaient ressortis après un long moment à Perdigat, à l’entrée d'une cavité qui déversait les eaux d'une source, les ailes complètement carbonisées !

Voyage... au centre de la terre

En 1775, un habitant du coin descend dans le gouffre. Téméraire, le gars ! Dans une main, il tenait une corde reliée à une petite cloche, en haut. Comme ça, s'il lui arrivait un pépin, il pouvait se faire remonter immédiatement ! Il n'a pas pu descendre très bas, l'air devenant irrespirable.

Une fois remonté, il expliqua ce qu'il avait vu, « de grandes cavités d'où s'exhalait une vapeur étouffante »... Mhhh, ça ressemble à l'entrée de l'Enfer, ce trou-là ! Plus sérieusement, un certain Latapie, inspecteur des manufactures, tente l'expédition en 1778. Il écrit dans son carnet de voyages :

« A une demi-lieue du Bugue, il y a un trou, fameux dans le pays par la quantité de personnes qui y ont péri, les unes par accident, les autres volontairement. On l'appelle le Trou de Proumeyssac.

En jetant de la paille enflammée qui a achevé de brûler au fond, et à diverses reprises, j'ai vu sensiblement la base de ce trou mais il est couvert de cailloux qu'on y a jetés.

Ce trou, comme je l'ai dit, est fameux dans ce pays-ci à cause de la quantité de personnes qui y ont péri. La plus connue de ces victimes est un seigneur de Limeuil du dernier siècle, qui y fut précipité par quelques-uns de ses vassaux las de ses barbaries.

Les voisins font des vœux pour que ce trou soit bouché, mais on pourrait du moins éviter les accidents involontaires en en couvrant l'entrée par des planches ou de la maçonnerie sur soliveaux de traverse.

Je crois que ce trou a été formé par la chute subite de quelques parties faibles de la voûte d'une des grolles que j'y suppose avec fondement, la plupart de ces montagnes-ci étant creusées par les eaux, parce qu'elles sont formées de pierres tendres peu liées entre elles. »

La peur au ventre !

Le gouffre ne se fait vraiment explorer pour la première fois qu'en 1907. On ne tarde pas à l'ouvrir au public. Aaah, le souvenir impérissable que devait leur laisser la visite dans les entrailles du gouffre... Pourquoi ? Parce qu'encore en 1950, les touristes descendaient à l'aide de petites et fragiles nacelles suspendues dans le vide !

Seul moyen d'arriver jusqu'en bas... Aarghh, l'angoisse : imaginez un peu, plus de 50 m de « voyage » dans le noir, dans un machin qui bouge avec un treuil mû par un bourrin pas toujours coopérant, je vous laisse imaginer la frayeur des pauvres touristes !

La visite de Proumeyssac

La visite dure en moyenne 45 min à 1 h. Un passage par le tunnel percé à même la colline et hop, nous voilà dans la cathédrale de Cristal, gigantesque salle aux belles concrétions pures et cristallines. Elle porte bien son nom, pas vrai ?

D'autant plus qu'un très beau jeu d'éclairage souligne sa finesse. Je vous parlais du système archaïque permettant aux premiers touristes de descendre dans le gouffre. Hé bien, bonne nouvelle : la même nacelle a été remise en place ! Sensations garanties ! Elle tourne à 360° sur près de 50 m...


Et encore !