Les petites histoires du domaine de Saint-Cloud

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Perspective - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA Perspective - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA
Domaine national de Saint-Cloud Château Jardin Festivités

Il était une fois Saint-Cloud

Saint-Cloud est une ancienne localité, qu’on connaît déjà au VIe siècle sous le nom de Nogent. Un petit monastère s’établit là : c’est la retraite du fiston du roi d’Orléans, Clodoald, qui se fait ermite et meurt en odeur de sainteté... du coup l'endroit devient Saint-Clodoald... puis Saint-Cloud !

Au fil du temps, la population de la petite ville grandit, si bien que sous Philippe VI de Valois, on fait construire un gros donjon pour la défendre. Gros donjon deviendra grand, se transformant peu à peu en beau châtiau où tous les rois de France viendront.

Mais, dites donc : qui l'a fait construire, ce château ? Les Gondi ! Vous les connaissez ? Il s’agit de la grande et puissante famille florentine venue en France avec Catherine de Médicis en 1543 : ils le font aménager dès 1578.

Louis XIV veut Saint-Cloud !

Saint-Cloud reste chez les Gondi jusqu’en 1655, date à laquelle le domaine est vendu à Barthélémy Hervard, surintendant des finances. Le monsieur fait agrandir le parc et construire bassins et cascades pour plus d’un million de livres ! En tout cas, il donne une fête magnifique en 1658 pour inaugurer sa nouvelle demeure, reçoit le roi Louis XIV, son frère et Mazarin en grande pompe.

Le château impressionne beaucoup Loulou : des étoiles pleins les mirettes, il décide de le racheter pour l'offrir à son frère, Monsieur ! Boudiou, il y mettra la somme qu’il faudra, mais il lui faut Saint-Cloud, nom de Zeus ! 50 000 écus plus tard, le domaine est à lui...

Un château et son parc

Môssieur aménage

Monsieur commence aussitôt les aménagements : il achète tous les fiefs alentours pour agrandir le domaine et fait construire un château par l’architecte Lepautre. Le Nôtre dessine le plan des grands jardins. Mignard s'occupe de la décoration intérieure : dessus de portes, coupoles, plafonds dont la magnifique galerie d’Apollon... Du coup il délaisse complètement Versailles et passe le plus clair de son temps à Saint-Cloud...

Monsieur (Philippe d’Orléans de son vrai nom), le frangin de Louis XIV, est très gay : vous vous souvenez, c’est lui qu’on habille en fille avec le petit François de Choisy (le futur abbé travesti), histoire de réduire à néant ses mâles ardeurs et éviter qu’il ne lorgne de trop sur le trône de son frangin...

Un feu de flambeaux dans la nuit noire

En tout cas, les fêtes les plus folles vont se succéder : oh, surtout celle de 1721, où le Régent, le gros Philippe d’Orléans (le fiston de Monsieur), y défile avec sa nouvelle maîtresse (aïe donc, une de plus) : souper fin gargantuesque, musique, illuminations des jardins à 22h à l’aide de lampions accrochés partout aux arbres.

Woah, imaginez, ils irisent toutes les cascades ! A minuit passé, on tire un feu d’artifice sur l’eau. Un observateur de l’époque rapporte que tout un côté du parc semblait en feu, que tout Saint-Cloud, Boulogne, Passy, Auteuil étaient plein de carrosses décorés de flambeaux, faisant comme mille petites étoiles dans la nuit noire...

Un cortège impressionnant de carrosses qui font des sacrés dégâts. Du coup, après cette nuit de patachon, on voit débarquer les paysans en colère venus faire un rapport des dégradations !

Sous le règne de Louis XV, on abandonne un peu le château, mais on continue de faire des fêtes grandioses dans ses jardins, avec joutes sur l'eau, illuminations, jeux de cascades et gens costumés en nymphes et bergers...

Les bombes explosent tout

Mais à la Révolution, le parc devient bien national : réservé pour « l’agrément des citoyens » ! Enfin... oui, mais en attendant, les révolutionnaires enlèvent tous les meubles et laissent le château à l'abandon. Bonaparte en fait sa maison de vacances en 1802, Louis-Philippe y vient souvent y stocker ses objets d’art.

A cette date, le château est encore debout ! Mais pas pour longtemps... L’armée allemande, pendant la guerre franco-prussienne, fait du château son Q.G. : les canons français finissent par le bombarder en 1870. Et les ruines qui restent... sont entièrement rasées en 1891.


Et encore !