Les petites histoires du château de Conros

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Le château - ©Danièle de Sagnabous / CC-BY-SA Le château - ©Danièle de Sagnabous / CC-BY-SA
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Astorg d’Aurillac, troubadour

Astorg, né à Conros

En 1130, Astorg I d’Aurillac (la légende dit qu’il descend de la sœur de saint Géraud, qui fonda Aurillac au Xe s), construit une grosse tour au-dessus de la Cère : ça y est, la base du château actuel de Conros vient de naître !

Le plus connu de cette super vieille famille auvergnate sera le troubadour Astorg VII d’Aurillac : un brave chevalier, mais aussi un fin poète, bien sûr ! Il naît au château de Conros en 1225. Le roi saint Louis en personne le fait chevalier en 1267, et d’ailleurs, hop : il s’embarque avec lui pour la 8e croisade.

Traumatisme...

Là, à Tunis, il assiste à la mort brutale de son roi en août 1270. Peste ou dysenterie, on n’sait point ! Reste que c’est une perte immense pour toute la chrétienté... S’en remettra, s’en remettra pas, Astorg ? Pas sûr : de retour sur sa terre auvergnate, notre poète est amer.

Il pleure son roi, maudit la croisade et ceux qui l’ont organisé, à savoir le pape, et même Dieu ! Trop de sang, trop de poussière lui colle encore la bouche, lui laissant un goût acre plein de reproches. Vu trop de massacres, vu les armées croisées se faire décimer... Il encourage même les Chrétiens à se convertir :

« Ah, Dieu ! Pourquoi as-tu causé un si grand malheur à notre roi, généreux et courtois ? Car il essayait constamment de trouver comment bien te servir, Car il y mettait son cœur et son savoir, A te servir la nuit et le jour,

Et, autant que possible, à faire et dire ton bon plaisir : Bien mauvaise récompense tu lui as donné. Ah ! Belle troupe si courtoise, Vous qui fîtes passer outre-mer un si bel équipage, Jamais nous ne vous verrons revenir ici, et j’en suis désolé,

Et dans le monde un grand deuil s'est répandu, Maudite soit Alexandrie ! Maudit soit le clergé ! Maudits soient les Turcs qui vous ont fait rester là-bas, Dieu a mal agi de leur avoir donné ce pouvoir.

Je vois la chrétienté complètement mise à mal. Je ne crois pas qu’elle n’ait jamais subi si grande perte : Aussi est-il normal qu’on arrête de croire en Dieu ; nous devrions adorer Mahomet là où Dieu se trouve.

Tervagan (la croyance de l’époque disait que les Sarrasins adoraient 4 idoles, dont Tervagan, ndlr) et sa compagnie, Puisque Dieu veut, ainsi que Sainte Marie, Que nous soyons vaincus contre tout droit, Et qu'il permette aux incroyants de rester couverts d'honneur. »

Les Biron au château de Conros

1445. Autres temps, adieu troubadours ! Alix d’Aurillac se marie avec Louis I de Courcelles : mais comme leur fils Louis II meurt brusquement sans marmot, sa veuve Isabeau de Langeac se remarie avec Jean d’Urfé en 1465.

C’est ce dernier qui va transformer le corps de logis en y ajoutant le bel escalier Renaissance et la salle des Gardes. Et même, vous savez quoi ? Ce sont bien les mêmes d’Urfé qu’on retrouve au château de la Bastie d’Urfé, fief du célèbre poète Honoré ! 1514.

Les petits-fils de Jean cèdent le château à Pons de Gontaut, le seigneur du château de Biron, vous vous souvenez de lui ? C’est lui qui ajoute le curieux toit en forme de lanterne sur le haut du donjon de Conros. Son fiston le maréchal de France Armand de Gontaut-Biron vendra bientôt le château...

Attaque repoussée !

Oui, la vente se fait en 1566 : Conros passe alors à Rigaud de St-Martial. 4 ans plus tard, pendant les guerres de Religion, une troupe protestante se dirige vers le château. Ils savent que le châtelain, Rigaud, n’est pas là. Il faut attaquer ! Mais c’est sans compter la châtelaine, Françoise de Puy-de-Val...

Elle était d’une « grande vertu et d’un courage au-dessus de son sexe. En 1570, les protestants du pays conduits par Antoine de Pouzols, s’étant, en l’absence de son mari, emparés par surprise du château de Conros qu’ils pillèrent de fond en comble.

La dame assembla ses amis et ses vassaux et réussit à les en chasser » dit le Dictionnaire statistique du département du Cantal par Deribier-du-Chatelet.

Le traducteur de Kipling

Les St-Martial gardent Conros jusqu’en 1838 : là, voilà les d’Humières qui le rachètent. Le grand parc actuel voit le jour à cette époque et certaines pièces sont complètement réaménagées, comme la salle des gardes actuelle. Robert d’Humières, qui trouve la mort en 1915 pendant la Première Guerre, a été le premier traducteur français de Rudyard Kipling, avec le Livre de la Jungle et les Histoires comme ça !


Et encore !