Les petites histoires du château de Commarin

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Le château - ©Christophe.Finot / CC-BY-SA Le château - ©Christophe.Finot / CC-BY-SA
Château de Commarin Château Accident Marie-Judith de Vienne Révolution Française

D'une famille à l'autre

Fidèle aux ducs

Jean de Cortiamble acquiert le domaine en 1346, héritage de son oncle Pierre de Commarin mort sans descendants. Chambellan du duc de Bourgogne, de Cortiamble fait reconstruire le château à la fin du XIVe siècle. Le fils de Jean, Jacques, agrandit le château en construisant les deux tours rondes et la chapelle.

Il a bien servi les ducs de Bourgogne, Jacques ! Il accompagne Jean sans Peur à la croisade de Nicopolis et est fait prisonnier avec lui. Après 2 années de négociations (c'est lui qui doit réunir l'argent de la rançon), il ramène son duc au bercail !

Toison d'Or

Une des filles de Jacques se marie avec Jean de Dinteville : à la mort de Jacques en 1427, c'est lui qui reprend le château. Leur fils mourra avec le Téméraire devant les murs de Nancy... Commarin entre donc dans la famille de Vienne. Une très ancienne famille, dont l'un des membres, Guillaume, devient le premier chevalier de la Toison d'Or, ordre créé par Philippe le Bon !

L'accident

Après l'érection du domaine en comté en 1588 pour Antoine de Vienne, Charles Ier de Vienne entreprend une première reconstruction, suivie de celle commandée par Charles II de Vienne en 1702. Sous la direction de l'architecte Philippe Paris, il aménage une vaste cour bordée de communs, fait construire un nouveau corps de logis de style classique au fond de la cour, flanqué de deux ailes.

C'est dans ce nouveau château que la moitié de Charles, Anne de Chastellux, met au monde une fille : Marie-Judith arrive un jour de 1699.

Et 2 ans plus tard jour pour jour, sa mère consigne dans son journal l'incident suivant :

« Une tour s'effondre à l'heure de midi pendant notre dîner. On s'était aperçu le matin qu'elle menaçait ruine. Cette tour tenait au corps de logis où était la chambre de ma fille, ce qui me causa une grande frayeur. Je courus dans la cour, la nourrice me montra ma fille par la fenêtre. On ne savait comment monter à la chambre, le degré étant tombé avec la tour... Cet accident nous détermina à bâtir. »

(vu dans Le Château de Commarin, Nouvelles éditions latines, collection Art et tourisme)

La grand-mère de Talleyrand

Par alliance, les Damas deviennent propriétaires de Commarin, qui s'occupent eux de la décoration des intérieurs. Par alliance, je veux dire par le mariage de Marie-Judith de Vienne avec Joseph-François de Damas, marquis d'Antigny.

La marquise d'Antigny, on la connaît... il s'agit de la grand-mère de Talleyrand !

Elle se retrouve veuve à 37 ans avec deux enfants à charge plus un château et des terres à s'occuper... et des dettes ! Mais elle ne se démonte pas.

Elle parvient à économiser son argent en vivant sans luxe, gère ses biens avec sagesse, fait face à tous les créanciers, offre une bonne éducation à ses enfants et une bonne dot à sa fille quand elle est en âge de se marier. Elle va imprimer sa patte un peu partout dans le château, en aménageant, décorant...

Elle construit les communs, les écuries. Elle fait « resemer en 1747 le bois de la Manche, semer de glands le Grand-Moutot, planter des ormes en demi-lunes », écrit-elle. Elle meurt en 1780 à un âge plus que respectable !

Celui qui n'est jamais parti

En 1793, le marquis Charles de Damas se fait arrêter comme suspect et emprisonner. Les habitants de Commarin l'aiment bien pourtant... Ils parviennent à le faire libérer ! Mais il se fait arrêter encore une fois.

Cette fois, la terre de Commarin se fait vendre comme « bien d'émigré »... lui qui n'avait jamais quitté sa Bourgogne ! On lui en veut vraiment... mais en présentant des preuves écrites comme quoi il n'avait bougé de son château, Damas se fait libérer pour de bon !


Et encore !