Les petites histoires du château de Biron

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Le château - ©Manfred Heyde / CC-BY-SA Le château - ©Manfred Heyde / CC-BY-SA
Château de Biron Château Exécution Trahison Armand de Gontaut Charles de Gontaut

Biron, fière forteresse

La sanglante punition du traître

Perché sur sa petite hauteur, le fier château de Biron faisait autrefois partie des 4 baronnies du Périgord avec Beynac, Bourdeilles et Mareuil. Il appartient à la puissante famille de Gontaut depuis le XIe siècle, date à laquelle se construit le donjon, la partie la plus ancienne du château.

’Tention, Biron est taillé pour la guerre ! Ah, ben, ça tombe bien : Simon de Montfort l’assiège en 1211 pendant la croisade contre les Albigeois, Anglais et Français pendant la guerre de Cent Ans...

D’ailleurs en 1212, un chef de routiers du nom de Martin d'Algaï (il venait de déserter l’armée de Montfort, le vilain) occupe Biron. Montfort vient mettre le siège illico, sans effort. Il exige qu’on lui livre Martin : voulant sauver leur peau, les assiégés lui filent le colis en moins de deux... et voilà Martin qui subit sa punition, attaché à la queue d’un cheval lancé au triple galop. Déchiqueté mais pas encore mort ? Pas grave, on le pend...

Rustique : de la paille pour les chiens !

En 1351, la forteresse a bien souffert, il faut la reconstruire. Chose faite eu XIVe siècle ! Un document de l’époque précise la décoration intérieure : ouuuh, très sommaire et rustique ! Des « engins de chasse » un peu partout ; « sous le grand banc de la salle, de la belle paille fraîche pour coucher les chiens » ; dans les chambres « un bon gros bois vert lardé de fagots qui rendent un feu de longue durée ». Bref, le tout nouveau château est prêt à accueillir une nouvelle génération de Gontaut, plus déterminée que jamais !

Les Gontaut, rois de Biron

La tête arrachée !

D'abord, on a Pons de Gontaut, qui combat en Italie au côté de Charles VIII. Il fait construire les deux corps de logis sur la cour d’honneur et on voit son gisant dans la chapelle castrale.

Ensuite, Armand de Gontaut, qui sert fidèlement Henri III, puis Henri IV : vous savez quoi ? On dit qu’Armand, pendant le siège d'Epernay (1592), rattrape le célèbre chapeau au panache blanc du roi : au lieu de le lui rendre, il le visse crânement sur sa propre caboche ! Sauf qu’un ennemi, le prenant pour le vrai roi, lui tire un boulet de canon en pleine tête...

Tranchant, le maréchal de Gontaut

Aah, orgueilleux et arrogants, les Gontaut ! Ce n’est pas Charles de Gontaut qui dira le contraire : fidèle ami d’Henri IV, il est fait maréchal de France en 1594. 4 ans plus tard, le roi érige la terre de Biron en duché-pairie et Gontaut se voit nommé lieutenant général des armées françaises, puis gouverneur de Bourgogne.

Le roi l’appelle en toute modestie « le plus tranchant instrument de ses victoires » ! Mais il en faut plus à Charles, qui va magouiller avec le duc de Savoie et le gouverneur espagnol du Milanais. Démasqué, le roi pardonne à son ami. Mais Gontaut intrigue encore !

Cette fois, Henri IV veut bien lui pardonner, à condition qu’il avoue ! L’incorrigible Gontaut nie en bloc : tant pis pour lui... il sera condamné pour haute trahison puis décapité en 1602 dans la cour de la Bastille... Charles aura juste eu le temps de construire le « logis des maréchaux ».

Le beau Lauzun de Marie-Antoinette

En attendant, la famille de Charles, humiliée, privée de son duché, se voit contrainte à l’exil : zou, dehors, on veut plus vous voir ! C’est Charles-Armand, maréchal de France, qui re-rentre dans les petits papiers du roi à la Cour : il embellit Biron en 1725 mais n’y viendra jamais !

Pendant la Révolution, c’est au tour d’Armand-Louis, duc de Lauzun et de Biron, de connaître une destinée tragique. Le beau Lauzun de Marie-Antoinette, c’est lui ! Son soi-disant amant...

Une fois élu député de la noblesse du Quercy aux Etats Généraux (1789), il rejoint le mouvement de la Révolution, où on l’envoie combattre contre les Vendéens (1793). Accusé d’avoir fait arrêter un lieutenant révolutionnaire, c’est bel et bien l’échafaud qui l’attend...

Et voilà notre château, très, très abîmé par la Révolution, un temps revenu aux Gontaut au XIXe siècle. Faute de moyens, ils le cèdent en 1938 au conseil général de la Dordogne... qui l’ouvre à la visite après de très longs travaux de restauration.


Et encore !