Les petites histoires de Saint-Seurin de Bordeaux

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La façade - ©Ludovic Courtès / CC-BY-SA La façade - ©Ludovic Courtès / CC-BY-SA
Basilique Saint-Seurin de Bordeaux Basilique Michel de Montaigne Pèlerinage Miracle

St-Séverin et sa crypte


On a là une église construite à plusieurs époques : le porche occidental et le clocher datent du XIe siècle. Le porche méridional, flanqué de ses deux statues, date du XIIIe siècle. La chapelle de Notre-Dame-des-Roses date du XVe siècle. Un des clochers détruit par la foudre en 1822 a été remplacé, sans compter qu'en 1855, de grands travaux de restauration ont largement modifié son aménagement intérieur...

St-Seurin (ou Séverin) a été construit sur deux anciennes chapelles : l'église St-Etienne consacrée par saint Martial (où l'évêque Amand a fait inhumer saint Seurin, son prédécesseur) et l'église St-Sauveur fondée par sainte Véronique. Saint-Sauveur s'agrandit à la fin du IVe siècle avant de prendre le nom de St-Seurin au VIe ou au VIIe siècle.

On aménage alors la crypte, dans laquelle les chrétiens viennent vénérer les reliques de saint Fort : à cette époque, Clovis fait restaurer l'église Saint-Sauveur et offre des tombeaux richement décorés pour les saints inhumés là. On appelle la crypte, au XIIe siècle, le Sépulcre ; deux siècles plus tard, c'est le caveau ou la cave de saint Fort.

Martial, Fort et cie


Le bâton de pluie


C'est qui ce Fort, d'abord ?! Et l'identité de tous ces saints enterrés là ?

On trouve dans la crypte de l'église de nombreux tombeaux : on y voit ceux de sainte Véronique et de sainte Bénédicte, natives de Gironde ; aussi, ceux de saint Amand et de son prédécesseur l'évêque saint Seurin ; ou encore celui de saint Martial, patron de l'Aquitaine : son bâton légendaire qui accomplit des miracles et fait tomber la pluie faisait partie du trésor de l'église ! On le portait en pèlerinage dans la cité, tous les ans.

Super Fort !


Mais on fait une grande fête aussi en l'honneur de saint Fort, dans l'église : mentionnée pour la première fois au milieu du XIVe siècle, elle se célèbre le 16 mai. Toute la ville est en liesse, pour célébrer l'évêque bordelais saint Fort, martyrisé au VIe siècle.

On venait entre autre « jurer sur le fort », comme on disait, c'est-à-dire prêter serment sur la châsse contenant les reliques de saint Fort. Même les maires de Bordeaux se plient à cette coutume au moment de leur élection... Le célèbre Montaigne, maire de la ville en 1580, se prête lui aussi à cette cérémonie !

La tradition voulait aussi que les femmes y amènent leurs enfants malades pour qu'ils retrouvent toute leur force... Aujourd'hui, le sarcophage primitif de saint Fort, en pierre brute, a été flanqué d'un cénotaphe à colonnes au XVIIe siècle.

Le cor de Roland


Une autre légende, maintenant : la tradition rapporte que l'olifant du célèbre Roland, rempli d'or, ait été déposé après la bataille de Roncevaux dans notre église ! Théroulde, dans son poème médiéval la Chanson de Roland, mentionne ce fait : «Les Français arrivent à Bordeaux, la belle ville. C'est ici que sur l'autel du baron saint Séverin, Charlemagne dépose l'olifant de Roland qu'il avait rempli d'or et de mangons (ancienne monnaie d'or), que les pèlerins peuvent encore voir. »

Assieds-toi, l'évêque !


Oh, attendez : ne partez pas sans avoir vu le magnifique siège épiscopal en pierre, du XIVe ou XVe siècle : de la dentelle !

La tradition voulait que l'archevêque ait sa « chaire d'honneur » à Saint-Seurin, lorsqu'il venait en visite à Bordeaux. Jusqu'au XVIe siècle, c'est aussi à Saint-Seurin que les archevêques bordelais font leur entrée solennelle, une fois élus.

Viollet-le-Duc dans son Dictionnaire raisonné d'architecture, en dit :
Au centre du dais, sur le devant, entre les deux gâbles, est sculptée une mitre d'évêque soutenue par deux anges. Le siège et les accoudoirs sont délicatement ajourés. Les quatre pieds droits qui supportent le dais étaient autrefois décorés de statuettes, aujourd'hui détruites. Deux autres figures devaient être placées également sur deux consoles incrustées dans la muraille, sous le dais, au-dessus du dossier. Cette chaire est aujourd'hui déplacée; elle était autrefois fixée au fond du sanctuaire, suivant l'usage.


Dans le chœur aussi, ne pas oublier le grand retable en albâtre qui en 14 scènes nous raconte la vie de saint Seurin, ou le retable de Notre-Dame-de-la-Rose (XVe siècle), avec 12 scènes sur la vie de la Vierge...


Et encore !