Les petites histoires de l'exil du roi Ferdinand VII d'Espagne à Valençay

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Ferdinand VII - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA Ferdinand VII - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA
Château de Valençay Château Château de la Loire Emprisonnement Charles-Maurice de Talleyrand Napoléon Ier Ferdinand VII d'Espagne

Détrôné, Ferdinand !

Talleyrand achète le château en 1805. Et le titre qui va avec : il se fait faire duc de Valençay en 1817 ! Lui qui voulait avoir une belle demeure pour recevoir ses hôtes de marque, il va être content ! Mais il faut tout refaire : hop, il fait redécorer les appartements dans le style Empire et redessiner le parc.

Bien tranquillou dans son petit paradis berrichon, Talleyrand pensait que rien, jamais, ne viendrait entraver son bonheur. A moins que... Voilà que Napoléon exile le roi d'Espagne Ferdinand VII...

Un roi que le petit Corse avait détrôné avec son oncle Antonio et son frère Carlos, pour mettre à la place son frérot, Joseph Bonaparte. On fait quoi, de lui et sa petite famille ? On les envoie prendre le frais à Valençay, tiens ! Talleyrand se fera un plaisir de jouer les geôliers...

Et Talleyrand les reçoit : en même temps il ne peut pas vraiment faire autrement... Et puis, c'est une affaire de quelques mois. Voilà donc ces princes issus d'une des plus vieilles familles d'Europe... Il dit dans ses Mémoires :

« Les princes étaient jeunes, et sur eux, autour d'eux, dans leurs vêtements, dans leurs voitures, dans leurs livrées, tout offrait l'image des siècles écoulés. Le carrosse d'où je les vis descendre pourrait être pris pour une voiture de Philippe V. Cet air d'ancienneté, en rappelant leur grandeur, ajoutait encore à l’intérêt de leur position. »

Une prison dorée

L'air du Berry a dû leur faire du bien, à nos Espagnols. Ils restent non pas 3 mois comme prévu mais 5 ans ! 5 ans sans jamais songer à fuir, bien occupés par le maître des lieux. Valençay devient une prison, mais une prison bien dorée, quand même ! Le curé de Valençay s'occupe de soulager leurs âmes.

Un médecin de Toulouse est toujours disponible pour le moindre petit bobo. Un « maître de musique » de Châteauroux et un « chef de cabinet de physique » (les princes adorent faire des expériences) leur font passer le temps...

Hé oui, ils sont jeunes, les princes. Il faut les occuper ! Talleyrand leur donne des cours d'équitation, ils partent à la chasse, on donne des bals sur la terrasse du château... Napoléon avait d'ailleurs écrit à Talleyrand :

« Je désire que les princes soient reçus sans éclat extérieur, mais honnêtement et avec intérêt, et que vous fassiez tout ce qui vous sera possible pour les amuser. Si vous avez à Valençay un théâtre, et que vous fassiez venir quelques comédiens, il n'y aurait pas de mal... Quant à vous, votre mission est assez honorable : recevoir chez vous 3 illustres personnages pour les amuser est tout à fait dans les caractères de la nation et dans celui de votre rang. »

Talleyrand répond :

« Les princes auront tous les plaisirs que peut permettre la saison qui est ingrate. Je leur donnerai un parc pour se promener, une forêt très bien percée, des chevaux, des repas multipliés et de la musique. »

Seul moment où tout le monde se retrouve : le soir, à la messe. Talleyrand remarque que là, les barrières s'effacent. Prisonniers et geôliers communient ensemble...

On a voulu me faire échapper !

Tout se passe bien, finalement, entre les princes et leurs geôliers, sous le ciel de Valençay. Ferdinand, c'est le prisonnier modèle. On n'avait jamais vu un détenu aussi copain avec son geôlier ! Il envoyait même des lettres de félicitations à Napo quand celui-ci remportait une bataille, l'appelant « cher cousin »...

Un soir, l'Espagnol tire en son honneur un feu d'artifice dans le jardin, qui crame toute une allée en un dixième de secondes... Du coup, le pauvre Talleyrand se plaint : ses « invités » ont mis le foutoir chez lui. Et quand on lui parlait de la beauté de son Valençay, il disait :

« Oui, c'est assez bien. Mais les Espagnols y ont tout dégradé, à force d'y tirer des feux d'artifice pour la Saint-Napoléon. »

Ferdinand, « moitié moine moitié sauvage » comme le disait la duchesse de Dino, n'a pas songé un seul moment à s'enfuir. Il dénonçait même à ses gardiens les propositions d'évasions qu'on lui faisait !

En 1813, le traité de Valençay signait le retour des princes chez eux. Ferdinand, tout nostalgique, fait envoyer un portrait de lui au château (qu'on voit encore), et baptisa une de ses frégates du nom de Valençay...


Et encore !