Les mystères de l'Annonciation de Barthélémy d'Eyck

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Retable de l'Annonciation - ©Jean-Pierre Remy / CC-BY-SA Retable de l'Annonciation - ©Jean-Pierre Remy / CC-BY-SA
Eglise du Saint-Esprit d'Aix-en-Provence Eglise paroissiale Mystère

Le retable de l’Assomption


La petite église abrite deux trésors, deux retables flamands. Voyons le premier, celui de l’Assomption : on le date généralement du tout début du XVIe siècle, réalisé sur ordre du premier président Muleti. Le panneau du milieu représente l'Assomption, avec la Vierge qui monte au ciel entourée d'anges. Devant, les apôtres s'interrogent devant son tombeau vide.

Et vous savez quoi ? Ces apôtres ont pour traits les premiers présidents au parlement d'Aix ! Les panneaux des côtés représentent l'Adoration des Mages et des bergers, l'Ascension et la Pentecôte. Un thème très classique et très pieux, somme toute !

Le retable de l'Annonciation


Voyons maintenant l'autre retable, celui de l'Annonciation : le plus connu, sans doute ! Autrefois placé dans la cathédrale Saint-Sauveur puis transféré dans l'église de la Madeleine, il se trouve depuis 2006 au Saint-Esprit. Le panneau central se trouve ici à Aix. Les deux autres morceaux (les prophètes Isaïe et Jérémie) ont été dispersés dans les musées d’Amsterdam, de Bruxelles et de Rotterdam. Daté de 1445, on l'attribue au Flamand Barthélémy d'Eyck ou au Dijonnais Guillaume Dombet, installé à Aix à cette époque.

On a souvent parlé des détails « bizarres » de cette peinture. Qu'en est-il vraiment ? La scène se passe vraisemblablement dans une des églises aixoises. L'ange Gabriel, à genoux, dit à la Vierge : Ave gracia plena, Dominus tecum qui veut dire « Je vous salue Marie pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ». Marie reçoit le message, un peu étonnée. En haut à gauche, Dieu envoie un rayon de lumière sur elle : un petit singe lève la tête vers ce rayon divin. Que cherche-t-il à faire ?

Plus étonnant encore ; regardez bien au milieu du rai de lumière. Vous voyez, cette forme quasi humaine ? On dirait bien un Jésus à l'état de fœtus, portant une croix, envoyé par Dieu en personne : oui, la fameuse conception... immaculée. Surprenant, non ?

Au premier plan, regardez ce vase rempli de fleurs. Il pose des questions : pourquoi lui avoir donné tant d'importance ? Et les fleurs qu'il contient pourraient-elles avoir un sens ?

Certains pensent que oui : dans le Guide de la Provence mystérieuse (éd Tchou), on peut lire qu'il s'agirait de belladone et de digitale, plantes considérées comme diaboliques à l'époque médiévale ! Diaboliques, comme ces étranges chauves-souris au-dessus de la tête de Gabriel, qui soit dit en passant, a des ailes en plumes de chouette, oiseau maudit par excellence ! Alors, oui : la perspective est superbe, les drapés magnifiques, les visages sereins. Mais tous ces petits détails troublants aiguisent notre curiosité !

La légende veut que le peintre, pas assez payé par le commanditaire du retable, se soit vengé en intégrant des éléments inquiétants et très peu chrétiens dans son œuvre ! Na, il ne l’emportera pas au paradis...


Et encore !