Les marches de la terrasse des Feuillants ou la fin de 1000 de monarchie aux Tuileries

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Les marches de la terrasse des Feuillants - ©Tangopaso / Public domain Les marches de la terrasse des Feuillants - ©Tangopaso / Public domain
Jardin des Tuileries Jardin Louis XVI Révolution Française

Courir. Un dernier moment de liberté. Si fugace... déjà enfui. Courir pour ne pas mourir, même si c’est inévitable.

Elle, une main crispée sur sa robe, l’autre agrippée au bras de Louis.

Lui, roi ou homme, il ne sait plus, il s’en fout. Il regarde les boucles blondes de ses enfants, ces petits qui grimpent maladroitement les marches de la terrasse des Feuillants.

Il n’entend que leurs sanglots étranglés.

Le ciel pâle, figé pour l’éternité... c’est tout.

Ce sera bientôt fini, de toute façon... On est le 10 août 1792. C’est la fin de 1000 ans de monarchie française.

La montée... des marches des Feuillants

Regardez ce grand escalier, le long de la rue de Rivoli. Ces marches. C’est la terrasse des Feuillants.

Feuillants ? Le nom fait référence à un couvent bénédictin voisin (actuelle rue Saint-Honoré) fermé en 1790, qui devient en 1791 le Q.G. du club des républicains modérés : le « club des Feuillants ».

Oui, ce sont ces mêmes marches qu'empruntent Louis XVI et les siens le 10 août 1792, lors de la prise des Tuileries par les sans-culottes. Un palais que la famille royale occupait depuis leur retour humiliant de Varennes en août 1791, après leur tentative de fuite maladroite.

Imaginez... Le roi, Marie-Antoinette à ses côtés. Elle pleure, le cœur au bord des lèvres. Leurs deux enfants trottinent tant bien que mal devant eux, le souffle court. Mais là, le 10 août, c’est le vote de la fin du pouvoir de Louis.

Tocsin lugubre pour une révolution en marche

La situation, en 1792 ?

La Révolution a eu lieu en 1789. Bon. Mais les beaux acquis de liberté-égalité-fraternité se font menacer par les monarchies européennes qui menacent d’envahir Paris, pour sauver le roi ! Il faut faire face... En plus, les Parisiens soupçonnent la reine de comploter avec l’ennemi autrichien...

Ras-le-bol. Les Parisiens sont prêts pour une 2e Révolution Française !

Commence alors un concert abominable pour Louis. Le soir du 9 août, toutes les cloches de la capitale se mettent à sonner pour lancer le ralliement.

DONG DONG DONG.

Musique sinistre. Assourdissante. Bientôt, ne reste que le macabre tocsin, qui va palpiter toute la nuit.

Cauchemar éveillé pour Louis XVI, alors que le peuple menaçant se masse autour des Tuileries. A chaque fois qu’il s’endort, les muscles endoloris par la fatigue, la voix lugubre du glas lui rappelle sa mort prochaine...

Des feuilles qui tombent tôt !

Alors voilà : affolée, la famille royale a traversé le jardin des Tuileries en quatrième vitesse.

Elle a grimpé ces marches des Feuillants pour se réfugier dans la salle du Manège, à l’emplacement de l’actuelle rue de Rivoli : la salle construite pour les exercices équestres de Louis XV, transformée en Assemblée Nationale.

Le lendemain au soir, on emmenait Louis et les siens à la sinistre prison du Temple... la fin. De la monarchie, mais aussi de toute une famille.

Et dire qu’en allant du palais au manège, Louis avait remarqué les tas de feuilles mortes, par terre. Triste, il avait soupiré : « Les feuilles tombent tôt, cette année ! »