Les histoires cachées derrière les coucougnettes du Vert Galant

Vinaigrette 0
Coucougnettes - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA Coucougnettes - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA
Henri IV Spécialité

Késako ?

Aah, c'est fin, comme nom, tiens... oui, mais c'est bon ! Que se cache-t-il derrière cette gourmandise rose et ronde, spécialité culinaire de la bonne ville de Pau ? Une amande grillée au chocolat enrobée de pâte d'amande à la framboise et à l’armagnac... Une confiserie créée par Francis Miot, un confiseur qui a aussi sorti les tétons de la reine Margot... Hum, à suivre !

La petite histoire

Des maîtresses en pagaille

Des coucougnettes pour un roi amateur de belles femmes ! Un roi qu'on surnomme le Vert Galant, vous le savez. Mais d'où vient ce surnom ? Vert galant désigne un homme d'un certain âge bien entreprenant envers la gente féminine. Argh, c'est vrai que Henri a eu une cinquantaine de maîtresses (je ne vous parle même pas des enfants illégitimes) :
 

• Charlotte de Sauve, « la cuisse longue et la fesse alerte » dit une mauvaise langue !
• la belle Rouhet
• Louise Borré
• Esther Imbert, la belle Rochelaise
• la belle Corisande
• sans oublier les plus connues, Gabrielle d'Estrées, Charlotte des Essarts et Henriette de Balzac d'Entragues.

Des conquêtes qui lui coûtent cher, à notre roi : bijoux, vêtements... ces dames ont des besoins luxueux qu'il satisfait à grands coups de pensions. Si ! Tenez, prenez Henriette d'Entragues. Elle arrive 2 mois à peine après la mort de Gabrielle d'Estrées.

Ca ne rate pas : Henri en tombe fou amoureux ! Favorite royale, d'accord, mais la jeune femme négocie 100 000 écus de rente et la promesse écrite de son royal amant qui dit qu'elle montera sur le trône si elle accouche d'un garçon avant un an...

Un amant qui sent bon l'ail

Boire, manger, aimer, ah, ça, le roi n'en rate pas une ! Il est comme ça, Henri : il a eu la bouche frottée à grands coups d'ail et de jurançon dès sa naissance par son grand-père (ça vous fortifie un bébé, tiens). On l'a élevé dans les montagnes sauvages des Pyrénées-Atlantiques dans le château de Coarraze, avec les gamins du coin.

Il a besoin de longues chevauchées à cheval, de bonne chère, de banquets... et de femmes ! Il a l’œil vif, la barbe qui frise, une fière allure, notre Béarnais ! Alors oui, les femmes craquent... Ah, mais pourtant, c'est qu'il pue comme une charogne, comme dit une de ses maîtresses !

Oui, il pue, ne prend jamais de bain, aime l'ail plus que tout, et à la fin de sa vie arbore une vilaine bouche remplie de chicots un peu gâtés... Mais que voulez-vous, l'amour, ça ne se commande pas... Allez, parlons de quelques unes de ces maîtresses !

La belle Corisande

La belle Corisande, férue de poésie, trouve son surnom dans un roman de chevalerie. Le poète sarladais Etienne de La Boétie (un peu amoureux ?) lui dédie 29 sonnets ! De son vrai nom Diane d'Andouins, vicomtesse de Louvigny, c'est la fille unique de Paul d'Andouins et de Marguerite de Cauna.

Née à Hagetmau en 1554, c'est une belle brune piquante, intelligente. Tout pour faire bouillonner le sang d'Henri ! Nous sommes en 1580 ; le mari de la belle, Philibert de Gramont, vient de passer l'arme à gauche au combat. La voilà donc veuve à seulement 26 ans !

C'est à Bordeaux qu'elle croise le regard du roi. Le coup de foudre immédiat... Diane, pour son amant, vend tous ses biens, donne toute sa fortune pour soutenir sa cause, celle des Protestants. Elle lève des armées pour lui, à ses frais.

Henri signe même de son sang une promesse de mariage. Diane n'en croit pas ses yeux ! Ils s'aiment tellement, ces deux-là... Ecoutez un peu Henri, dans sa lettre dite de Marans, écrite à sa Corisande chérie le 17 juin 1586 :

« Mon amie, tenez-moi en votre bonne grâce ; croyez ma fidélité être blanche et hors de tache : il n’en fut jamais sa pareille. Si cela vous apporte du contentement, vivez heureuse. Votre esclave vous adore violemment. Je te baise, mon cœur, un million de fois les mains. »

Mais avec le temps, Diane se fane... Et voilà qu'Henri aperçoit la belle et jeune Gabrielle au château de Coeuvres, un beau jour de novembre 1590... Sombre jour, où d'un coup la pauvre Corisande a subitement disparu des pensées royales. Elle mourra seule et oubliée de tous à l'âge de 66 ans, dans son triste château d'Hagetmau...

Gabrielle

Et que dire de la fin horrible et sanglante de la pauvre Gabrielle, alors ? L'a-t-il aimé plus que toutes les autres, la belle d'Estrées ? Ah oui, à coup sûr... Voyez plutôt ces quelques extraits des lettres enflammées d'Henri à sa belle :

« Que ne puis-je partir en croupe derrière le messager que je vous envoie ! Je pourrais au moins baiser un million de fois vos belles mains. »

Ou encore :

« Je vous écris, mes chers amours, des pieds de votre peinture que j'adore seulement pour ce qu'elle est faite pour vous, non qu’elle vous ressemble. J'en puis être juge compétent, vous ayant peinte en toute perfection dans mon âme, dans mon cœur, dans mes yeux. »

A l'heure de sa mort violente (une crise d'éclampsie au moment d'accoucher), le Journal du roi dit qu'elle « était devenue si hideuse qu'on ne pouvait la regarder sans effroi ». On ne prévient donc pas Henri immédiatement. Et quand il apprend la nouvelle, il tombe, effondré, pleure, se dit « seul sur terre ».

Il portera le deuil ostensiblement, pendant de longues semaines, même si l'étiquette l'interdit ! Le peuple, lui, la détestait. Les gens vont littéralement cracher sur la tombe de la pauvre Gabrielle ! Et quand on aperçoit ses 6 sœurs dans le cortège, voilà la chanson qui court :

« J'ai vu passer sous ma fenêtre Les 6 péchés mortels vivants Conduits par le bâtard d'un prêtre, Qui tous les 6 allaient chantant Un requiescat in pace Pour le septième trépassé... »


Et encore !