Les fresques de Saint-Martin de Nohant-Vic

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Détail - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA Détail - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA
Eglise Saint-Martin de Nohant-Vic Eglise paroissiale George Sand Prosper Mérimée

Une p'tite église ben d'chez nous

Allez, on commence : ces fresques ont été réalisées par des moines anonymes de la puissante abbaye berrichonne de Déols, au XIIe s. L'église, elle, date du XIe s, c'est l'archevêque de Bourges qui la donne à l'abbaye de Déols à la toute fin du XIe s.

On sait peu de chose à son sujet. Si, peut-être qu'au XVe s, on lui donne la jolie voûte lambrissée qu'on voit encore à l'intérieur. Abandonnée à la Révolution, l'église sert de grange.

Elle est en bien piteux état, avec son toit crevé et ses murs lépreux. Imaginez, le foin s'accumule presque jusqu'à la voûte ! Peut-être même qu'on y a fait entrer des vaches, des cochons ? Derrière leur badigeon, les fresques romanes attendent leur heure...

La redécouverte !

Gratter le plâtre

Et l'heure vient en 1849. A l'époque, c'est le curé Périgaud qui s'occupe de la petite église. Alors qu'il descellait un retable cachant la fenêtre de l'abside, il aperçoit, parmi les tonnes de poussière, un petit éclat dans le plâtre du mur. Avec de la couleur en dessous !

Il se met à gratter un peu plus, jusqu'à apercevoir un visage. Emerveillé, il continue un peu plus, jusqu'à voir se dessiner un bras, une main, un autre visage... Plus de doute.

Cachées sous un épais badigeon (5 couches de plâtre !) dormaient des fresques très anciennes... Lui qui remettait simplement de l'ordre à la pauvre petite église au toit crevée ! Il lui faudra plusieurs mois pour enlever le badigeon.

George s'en mêle

Après quoi, Périgaud pense qu'il faut une protection, un classement. Sans compter que les gens du coin sont déjà venus voir les fresques. Pas n'importe quel gens : devinez qui vient en personne ?

George Sand, voisine de quelques kilomètres à peine ! Elle envoie son fils Maurice faire un relevé des peintures pour le donner à Lassus, l'architecte des Monuments historiques. Ne croyez pas, George a le bras long !

Avec l'appui du maire monsieur Aulard, elle écrit à Prosper Mérimée (inspecteur général des Monuments historiques) pour obtenir au plus vite le classement de l'église. Chose faite 2 mois plus tard... Quoi, George et Prosper avaient été amants en 1833 ?

A vos souhaits !

Mérimée dira dans ses notes qu'à Vic, on écoutait la messe avec un parapluie à cause du toit ouvert et qu'on attrapait froid. Il était temps de faire quelque chose !

Pourtant, la restauration ne commence qu'en 1930... On dit que ces travaux ont irrémédiablement abîmé la partie inférieure. La campagne de travaux reprend à la fin du XXe s.

Les fresques romanes

Ils sont vivants !

Au départ, les fresques recouvrent toute l'église. Ces peintures représentent un très bon moyen d'instruire la foule : par l'image ! Pour instruire une population rurale qui ne sait pas du tout lire. Encore moins dans un endroit aussi reculé que le Berry !

Comme à Brinay, on y voit les scènes de la vie du Christ : son enfance, les rois mages, la Passion, la vie de saint Martin... Des scènes tirées de l'Ancien et du Nouveau Testament.

Par leur style, les peintures ressemblent à celles de Saint-Savin. Sauf qu'ici, le lieu est bien plus intime, on a les fresques, les détails, les visages sous nos yeux, devant nos nez ! La vie du Christ est un thème souvent repris dans les peintures murales du Berry, de la Touraine, de l'Anjou et du Limousin.

Mais ici, ce qui frappe et ce qui revient souvent, c'est la sensation de mouvement et d'énergie qui se dégagent des peintures. Les yeux sont grand ouverts dans des visages bien ronds, les pommettes rehaussées de touches de rose. Des personnages bien vivants, quoi !

Champignon et latin de cuisine

Petits détails amusants : vous voyez ces prophètes tenant des banderoles, sur le mur intérieur qui sépare le chœur de la nef ? On voit écrit dessus pour le personnage de David Davit propheta et pour Moïse Moysen descendit.

Du latin trèèès approximatif, qui montre le peu d'instruction du peintre ! Etrange pour un artiste religieux d'une abbaye, non ?

On remarque aussi, dans la scène de l'arrivée de Jésus à Jérusalem... de gros champignons ! Ca vous rappelle quelque chose ? Oui, on en a vu un semblable dans les fresques de la chapelle de Plaincourault (36) !


Et encore !