Les Billettes, le lieu « Où-Dieu-fut-bouilli »

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La façade - ©Chris06 / CC-BY-SA La façade - ©Chris06 / CC-BY-SA
Cloître des Billettes Eglise paroissiale

Il était une fois... un bourgeois de Paris, Régnier Flaming, qui décide de faire construire une chapelle expiatoire, à l'endroit de l'actuel cloître des Billettes, en 1295.

Une chapelle expiatoire... qui porte bien son nom, puisqu'il s'agit d'expier un crime !

Lequel ? Oh, une histoire de profanation qui se déroule ici en 1290, dans ce qui n'est pas encore le cloître actuel, mais la maison d’un usurier.

Jonathan et l'hostie sanglante

Un homme du nom de Jonathan avait prêté de l’argent en gage à une vieille femme.

Il lui demande en échange de lui porter le saint Sacrement le jour de Pâques, quand elle ira à la messe.

La vieille se rend à la messe, donc, à l’église voisine de Saint-Merri, et reçoit l’hostie tant attendue par l'usurier.

On ne sait pas quelle mouche l’a piqué, le Jonathan : il se jette sur l'hostie, commence à l'entailler, tant et si bien que du sang commence à en gicler (beurk, un poil bizarre, je sais).

En transe, il jette l’hostie dans le feu, d’où elle ressort à peine plus brûlée qu'une tartine au grille-pain. La vieille, les mirettes rondes comme des soucoupes, voit soudain l'hostie se mettre à léviter.

Jonathan la rattrape, la flanque dans de la flotte bouillante... mais l’eau devient écarlate, rubis, couleur sang-de-boeuf... et sur l’hostie apparaît le visage... de Jésus.

Où-Dieu-Fut-Bouilli !

On baptise la bicoque de l'usurier « maison des Miracles » avant de la confisquer.

Quid de Jonathan ? Condamné au bûcher, pour avoir profané l'hostie.

C’est sur sa maison que va se construire la chapelle expiatoire. Puis plus tard, le cloître et l'église des Billettes !

La rue où elle se trouve, anciennement rue des Jardins, devient tout naturellement « rue Où-Dieu-Fut-Bouilli ».

On a longtemps conservé le couteau et l’hostie dans des reliquaires, jusqu’à la Révolution...

Et vous savez quoi ? L’affaire a fait du bruit, à l’époque : même le célèbre peintre italien Paolo Uccello crée une série de toile sur le sujet !


Et encore !