Le trésor du château de Crèvecoeur

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La cour - ©Philippe Alès / CC-BY-SA La cour - ©Philippe Alès / CC-BY-SA
Château de Crévecoeur-en-Auge Château

Crèvecœur. Une chasse au trésor, en 1864...

La tradition veut que les Anglais, qui occupent le château pendant la Guerre de Cent Ans, planquent un gros trésor, quelque part dans l’épaisseur de la pierre.

Les curieux affluent, médiums et escrocs de tous poils. Mais on a beau chercher, rien...

Débarque celle à qui on confie les plus grandes fouilles jamais organisées ici : Mathilde Frigart.

Chercheuse de trésors, aventurière... un ultime coup de théâtre permettra de découvrir qui elle est vraiment !

Un trésor à Crèvecoeur ?

Oui, il y aurait un trésor à Crèvecoeur.

Enfin, c’est ce qui se raconte au XIXe s, époque à laquelle se passe notre histoire !

Les propriétaires de l’époque, les Le Masquérier, en sont convaincus. Aussi ils laissent les gens venir et fouiller quelques heures où bon leur semble.

D'où vient leur intuition ? D'une découverte !

En 1856, en faisant des travaux sur une tourelle, on tombe sur un tas de pièces d'or.

Une de ces pièces fait penser qu’il pourrait s’agir de l'infime partie d’un magot datant de la guerre de Cent Ans, mis à l’abri par les Anglais.

Quand Crèvecœur se fait reprendre par les Français en 1448, ils n’ont pas pu le récupérer…

L’arrivée de l'étrange dame Frigard

Magnétisme et chasse au trésor

En février 1864, une dame débarque au château et propose au propriétaire, M. Le Masquérier, d’y faire des fouilles « pour y retrouver des trésors laissés par les anciens possesseurs, les Anglais. »

Elle s'appelle Mathilde Frigard, née près d'Evreux il y a 36 ans.

Cette « marchande de comestibles, demeurant à Paris, rue Montholon, n° 34 » « s’occupe de magnétisme » et de spiritisme.

Autrement dit selon ses propres mots, elle est incollable sur la chasse aux trésors !

Petite, un peu voûtée, des boucles châtaines encadrant un visage pâle et fin...

Elle ne paie pas de mine, comme ça, mais elle parle d'un ton assuré, résolu. Le genre qui vous ferait gober n'importe quoi  !

Mais là, on l'a dit : les propriétaires laissent les curieux fouiller leur domaine à la recherche du trésor, alors, pourquoi pas elle...

Un résultat prochain...

Méfiant d’abord, le sieur Le Masquérier accepte les fouilles sur l'insistance de ses enfants.

« Elle me disait que ces fouilles ne dureraient que 48 heures », affirme-t-il.

La folle lui annonce même un « résultat prochain ».

Mais 3 jours après, rien ! On a trouvé que cadenas et clés rouillés.

La dame propose de continuer à ses frais. Pourquoi pas !

Ils signent un papier qui fixe un délai de 3 mois, « à sa charge de tout remettre en état les dégâts occasionnés par les fouilles. »

Passés les 3 mois, devinez quoi... elle demande encore du rab, tiens !

Et fait traîner les choses... un an.

Somnambules et revolver

Au bout d'un an, on devait se rendre à l'évidence : la dame Frigard s'était bel et bien incrustée à Crèvecoeur.

Une vraie bernique à son rocher.

On commence même à la trouver un poil inquiétante, revêche, peu avenante, d'une nature violente.

Elle se balade avec un revolver sur elle et vole les poules du voisin !

Sans compter qu'elle fait venir des somnambules de Caen, et même de Paris.

Pourquoi faire ?!

Utiliser leur don extra-lucide en les endormant à volonté, afin de les questionner sur l'emplacement du trésor...

Mathilde a sa propre « assistante personnelle » somnambule, Léonie Françoise, une jeune fille de la campagne caennaise qu'elle paie 1 franc par jour.

Le procès avant la chute

La suite ? Un procès pour les dommages causés au domaine de Crèvecoeur...

C'est que faire des fouilles, creuser et retourner la moindre parcelle de terre, ça fait du dégât !

Surtout que si vous vous souvenez bien : Mathilde avait promis « de tout remettre en état les dégâts occasionnés par les fouilles, à sa charge »...

Le contrat n'a pas été respecté.

Mathilde perd le procès. Elle doit payer !

Les Le Masquérier imaginent-ils qu'ils vont entendre reparler de cette folle, des années plus tard, dans des circonstances tragiques ?

L'horreur 3 ans après

Mystère à Fontainebleau

Le visage de la femme étrange et violente qu'était Mathilde Frigard avait refait surface. Dans l'horreur.

Le 13 mai 1867, on découvre un corps, dans la forêt de Fontainebleau. Celui d'une femme. Cachée… par son ombrelle, ouverte sur elle.

Celui de Sidonie Mertens, qu'on a vu arriver de Paris avec son amie quelques jours plus tôt à l’hôtel... avant que l’amie en question ne revienne seule, après une balade en forêt.

L’amie ? Mathilde Frigard !

On découvre que l'argent, les clés de la maison et du coffre personnel de la victime ont disparu de son sac. Et que le crime avait été précédé de vol de chèques lui appartenant.

Travaux forcés

Arrêtée, traduite devant la cour d’assises, Mathilde nie tout.

La préméditation n'est pas établie, mais l'usage de faux et le vol, oui.

L'épisode des fouilles de Crèvecoeur et le procès contre le propriétaire du château ne vont pas la servir, loin de là.

Car à l'époque, Mathilde choque : femme d'affaires qui a laissé mari et enfants à Caen pour commercer à Paris, magnétiseuse, archéologue, aventurière, elle a tout de la dépravée qui finalement... a tué pour l'argent.

On la condamne aux travaux forcés à perpétuité.

Plus personne n'entendra parler de l'étrange dame Frigard...


Et encore !