Le pont de Sauveterre-de-Béarn et sa légende : le sort cruel de la pauvre Sancie

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Le pont - ©Frédérique PANASSAC / CC-BY-SA Le pont - ©Frédérique PANASSAC / CC-BY-SA
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Le pont

Que reste-t-il aujourd'hui de ce pont construit sur le gave d'Oloron au XIIe s, largement remanié au cours du Moyen-Age ? Juste une arche supportant une porte fortifiée du XIIe s. Vestige d'un fier passé... Le reste a été emporté par une crue au XVIIIe s sans qu'on ne le reconstruise jamais.

3 ponts menaient autrefois à la cité. Celui dit de la Légende est le seul encore debout aujourd’hui. La vue y est superbe, on embrasse la ville et son aspect bien médiéval. Et on peut se laisser aller à la rêverie... Chut, écoutez !...

La légende

Un mariage !

En 1080, Centulle IV de Béarn donne une charte de franchise à la ville et en fait un lieu d'asile : Sauve Terre. Au milieu de ta terre rude et sauvage vont s'installer les comtes de Béarn, qui, preuve de leur toute puissance, y font construire un château.

C'est dans ce château que se tient en 1169 le mariage de Gaston V, vicomte de Béarn et de Sancie de Navarre. Ce ne sont encore que deux adolescents, mais fait rare à l'époque, les deux jeunes gens s'aiment ! Ils vont vivre quelques mois, heureux.

Sombre présage

Quelques mois, puis Gaston part à la guerre. Le cœur gros, Sancie voit son amour s'éloigner à cheval avec ses hommes. Elle a un vilain pressentiment. Elle voudrait hurler de douleur, de rage, mais elle ne peut que fixer avec angoisse cette sombre aura qui surplombe la tête de son mari.

Comme un noir présage... Présage qui ne se fait pas attendre : un soir, on prévient Sancie que son mari agonise quelque part dans les montagnes. Elle est enceinte et la nouvelle est un choc terrible. Il faut vivre, néanmoins ! Tant bien que mal...

L'enfant maudit

L'enfant arrive quelques mois plus tard : seulement voilà, ce n'est pas le portrait de ses parents, jeunes et beaux. Il est horriblement difforme ! Heureusement pour lui, il meurt quelques minutes après sa naissance. Mais le mal est fait.

Le bruit se répand déjà qu'un monstre a vu le jour au château ! Qu'on a jeté un sort à Sancie ou pire, que le père est le Diable en personne... On finit par accuser la jeune femme de s'être débarrassée de l'enfant diabolique. Bientôt, voilà toute la région qui réclame sa peau.

A mort ! A mort ! entend-elle nuit et jour au pied du château. Le propre frère de Sancie arrive pour calmer la populace et faire ce que tout le monde attend : un procès. Pas n'importe quel procès ! Un à la sauce médiévale, avec le jugement de Dieu. C'est l'ordalie qui attend Sancie.

Un pont, la peur, la mort

Au petit matin, on dit qu'il y a plus de 3 000 personnes amassées sur le pont et sur les rives pour attendre l’exécution. Sancie arrive enfin, suivie du regard par le roi de Navarre et les gens du peuple, muets de stupeur. On est en plein hiver. Gel. Bise. Neige. On n'a jamais vu ça !

Après une longue prière, Sancie chancelle vers le milieu du pont, en fine chemise, ses pieds nus mordus par le froid. Ses bourreaux l'attendent, ils vont l'entraver de cordes et la balancer dans l'eau glacée.

Deux options ensuite : soit elle coule, car Dieu la punit, soit elle survit et là c'est l’innocence prouvée. Sancie sent les lourdes cordes se resserrer. En bas, là, l'eau limpide lui paraît sans fond. Non !

Pas maintenant !... en... encore un... instant, tente-t-elle de murmurer alors qu'on la pousse. Pas un son ne sort de sa bouche. Pas un seul cri lorsqu'elle heurte l'eau, que des milliards de petits poignards la transpercent et la laissent sans souffle.

Sauvée ?

Depuis la rive, on ne rate pas une miette du spectacle : il y a du courant et on surveille les moindres mouvements du corps. Puis, après des minutes interminables, le corps de Sancie se fait charrier sur la rive par le courant. Dieu a parlé : elle est innocente !

La pauvre se fait ramener, exsangue, jusqu'au château. Eprouvée mais en vie. Et lavée de tout soupçon. Elle brodera un beau manteau qu'elle offrira à Notre-Dame-de-Rocamadour, en remerciement à celle à qui elle avait fait ses prières et qui l'avait sauvée...


Et encore !