Le jour où l’amiral Nelson perd son œil droit à Calvi

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La citadelle - ©ROCHAT PATRICE / CC-BY-SA La citadelle - ©ROCHAT PATRICE / CC-BY-SA
Citadelle de Calvi Fortification

Nous voilà le 12 juillet 1794, au cœur de la cité de Calvi, assiégée de toutes parts depuis le 15 juin.

De puissants coups de canons zèbrent la moiteur de cet été meurtrier.

L'amiral anglais Nelson s'apprête à perdre un œil...

Deux mots sur le héros du jour : qui est Horatio Nelson ?

Commençons par le héros de l'histoire, j'ai nommé l'amiral Horatio Nelson !

Né en 1758 en Grande-Bretagne, Horatio est le fils d’un pasteur protestant.

Il a 12 ans quand il entre dans la marine comme mousse.

Malgré un gros mal de mer et une santé fragile, le jeune Nelson gravit les échelons en un éclair : il commande son premier bateau en 1777. Il a 20 ans !

Tacticien génial, meneur d'hommes hors pair, connaissez-vous son plus beau haut fait ? Trafalgar, en 1805, où il coule la flotte de Napoléon !

Mais, là, tout de suite... on le retrouve à Calvi, pour le siège de la petite cité !

Le siège de Calvi : kesaco ?

Si l'amiral perd son oeil le 12 juillet 1794, le siège, lui, débute le 15 juin. On est... en pleine Révolution française !

Le siège de Calvi oppose : 700 troupes de la République française unies aux partisans corses du rattachement à la France, face à 3000 troupes anglo-corses.

Je vous explique !

En fait, la petite île se retrouve divisée en deux :

• la moitié des Corses soutient la France républicaine ;

• l’autre moitié croit dur comme fer pouvoir obtenir l’indépendance en s’alliant aux Anglais.

Oui.. mais pour ça, il faut encore prendre Calvi, occupée par les Français.

Débarque alors une flotte anglaise, menée par notre fringant amiral Nelson : elle vient bloquer le port, tandis qu'une armée cerne la cité par les terres.

L'oeil blessé de Nelson

Le 15 juin 1794, le bateau de Nelson, l’Agamemnon, file vers Calvi reprendre la cité aux Français.

Horatio se sent en veine : hé, il commande son bateau fétiche ! Son beau, son fier, son insubmersible vaisseau de ligne qu’il surnomme affectueusement… Eggs-and-Bacon !

Pourtant...

Pourtant, le 12 juillet, un boulet atteint le sol, tout près de Nelson.

Gravement blessé au visage par la terre mêlée de gravillons, il perd l’usage de son œil droit. On découvre les détails dans cette lettre adressée à Mme Nelson :

« Maintenant que tout est passé, je puis vous dire qu'un boulet est tombé dans notre batterie : les éclats et les pierres m'ont atteint violemment au visage et à la poitrine.

Quoique le coup ait été assez fort pour provoquer à la tête une abondante effusion de sang, j'ai pu toutefois m'en tirer très heureusement, et je n'ai eu que l’œil droit presque complètement privé de la vue.

Il a été fendu, mais il est guéri tellement bien que je puis distinguer la lumière des ténèbres. Il est complètement perdu et je ne puis plus m'en servir.

La tache toutefois n'est pas perceptible, à moins qu'on ne le sache. La pupille a à peu près la largeur de la partie bleue dont j'ignore le nom. »

Un siège féroce : 40 jours de résistance, 24 000 boulets tirés !

Calvi résiste 40 jours. 40 interminables jours. Une lutte féroce, magnifique ! Les blessés se comptent par milliers.

Parmi eux, le sergent-major Marie-Angélique Duchemin, première femme décorée de la Légion d’honneur en 1851 !

Mais rien n'y fera. Au milieu de l'odeur de poudre, de sang, des corps qu'on entasse dans l'ombre des ruelles, la garnison française se rend le 10 août 1794.

Au total, on compte :

• 40 jours de siège dont 28 de bombardements ;

• 150 hommes encore debouts, les derniers jours du combat ;

• 24 000 boulets, 4 500 bombes, 1 500 obus tombés sur environ 234 mètres de diamètre (Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de la Corse, 1912).

Résultat du siege : un royaume anglo-corse et une indépendance ratée

Après la chute de Calvi, toute la Corse est libérée de la présence française.

L'Assemblée générale corse désigne le roi Georges III roi de Corse... roi du très éphémère royaume anglo-corse.

Mais vous savez quoi ?

Si les Corses s’étaient mis les Anglais dans la poche pour battre les Français, les Anglais, eux, se fichaient bien des Corses ! Ils voulaient juste annexer l'île, pardi : une petite terre de plus pour leur grand empire...

Jusqu’à ce que le roi Georges quitte l’île en 1796. Là, youpi, les Français re-débarquent. Ces derniers annexent la Corse, une bonne fois pour toutes !

Conclusion : les trois blessures de Nelson

Maintenant, vous le savez : Horatio Nelson a perdu son œil au siège de Calvi.

Pourtant, des blessures sanguinolentes, l'amiral en a vues d'autres. Et en verra bien d'autres !

Tenez, prenez la bataille de Santa-Cruz, à l'été 1797 : Nelson y est amputé de son bras droit, explosé par un tir de mousquet au niveau de l'humérus. A peine 1 heure après l'opération, il reprenait le commandement de son bateau, frais comme un gardon...

Au siège d'Aboukir, en 1798, l'amiral se prend un éclat de mitraille en pleine tête : la peau de son front se détache et retombe sur son nez en saignant copieusement !

Il faudra la célébrissime bataille de Trafalgar, en 1805, pour mettre à terre le héros anglais : une balle, le touchant mortellement à la colonne vertébrale...


Et encore !