Le drame qui propulse Pierre de Bourdeille abbé de Brantôme

Vinaigrette 0
L'abbaye - ©Monster1000 / CC-BY-SA L'abbaye - ©Monster1000 / CC-BY-SA
Abbaye de Brantôme Abbaye Brantôme Bénédictin

Goût de cendres

1558. Pierre déambule dans les allées silencieuses de l’abbaye de Brantôme. L’air grave. Triste, tellement triste… Ca ne fait que quelques jours seulement qu’il a été nommé abbé de la grande abbaye périgourdine. Mais dans quelles conditions… Une promotion avec un goût de cendres. Un goût de mort. Celle de son frère, Jean.

Pierre de Bourdeille est abbé, oui. Mais abbé commendataire, comme on dit. C’est-à-dire un abbé laïc, souvent nommé parmi les favoris et les meilleurs gentilshommes bien en vue à la cour. Qui a la particularité de ne jamais foutre un pied dans l’abbaye qu’il commande, mais d’en percevoir tous les revenus ! Une règle qui date du XVIe s et qui a souvent vu des abus…

Le militaire populaire

Bref. Pierre, lui, est tout sauf abbé, c’est sûr. Militaire et homme de lettres avant tout ! Celui qui se fera surnommer Brantôme a laissé une Vie des hommes et des femmes galantes qui raconte les petits détails de la vie privée du gratin qu’il côtoie à la cour. Il est super populaire, Pierre. Courtisan, gentilhomme issu de la noblesse périgourdine, il est toujours en quête d’aventures.

Mais vous croyez franchement que c’est dans son Périgord natal ou à Paris, qu’il va la trouver, la grande aventure dont il rêve ?... alors, il part faire la guerre. Loin de chez lui. Bof, pas de quoi casser trois pattes à un canard : pas de hauts faits glorieux, pas de grandes victoires, nan ! C’est un peu dépité qu’il rentre au bercail.

La mort du frère

Et voilà : il a à peine 20 ans quand le roi Henri II le nomme abbé de Brantôme. Pas seulement parce qu’il est super populaire. Mais parce que son frangin Jean, le valeureux capitaine Bourdeille, vient de mourir à la guerre. « Homme distingué par sa bonne mine et sa valeur », dit l’historien du Thou.

Ouais... n’empêche qu’il meurt au siège de Chartres en 1568, d’un violent coup d’arquebuse en pleine tête. Et le roi a cru bon de dédommager Pierre de la perte de son frangin... en lui confiant l’abbaye.

Le meilleur !

Malgré le chagrin, Pierre sera sûrement le meilleur abbé que Brantôme ai connu. Jusqu’en 1614, date de sa mort, il aura tout fait pour protéger son abbaye et la rendre prospère. Même en ces temps sanglant de guerres de Religion, l’exploit !

Les Huguenots de l’amiral Coligny déboulent à Brantôme, mais ne saccagent rien : on dit que Pierre leur avait calmement ouvert leur porte et offert un sacré bon p’tit festin d’où ils étaient sortis ronds comme des billes, oubliant pourquoi ils étaient venus...


Et encore !