Le cotignac, des Noces de Cana à Gargantua

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Noces de Cana, Véronèse - ©WikimediaCommons / Public domain Noces de Cana, Véronèse - ©WikimediaCommons / Public domain
Spécialité

Le cotignac ne date pas d'hier ! Au Moyen-Age, on fait cuire les coings dans du raisiné, du miel et du vin (aujourd'hui, on ne met plus de vin et le sucre remplace le miel). Mais à la base, le cotignac n'est pas une sucrerie, que nenni ! Il fait office de médicament vendu par les apothicaires pour ses propriétés digestives.

François Lemaire dans son Histoire et antiquités de la ville d'Orléans parle des « coings et des coignaces desquels nous faisons ce cotignac tant renommé et aimé des Parisiens, soit en laxatif, pâte, marmelade, gelée, sirop et conserve. Si on le prend à l'entrée du repas, il corrobore l'estomac, aide à la digestion, garantit la tête des fumées qui montent au cerveau après le boire. S'il est pris après le repas, il lâche le ventre insensiblement. On dit que si la femme enceinte en use souvent, elle accouchera d'un enfant subtil et ingénieux. » Même Nostradamus s'y met, affirmant que ces confitures sont « d'un merveilleux bon goût » pour deux raisons : « pour médecine... et pour en manger à plaisir à toute heure ».

Médicament ou pas, on l'offre aux hôtes de marque de passage à Orléans depuis le règne de Louis XI : au milieu du XVIe siècle, on offre à la reine et sa cour 38 douzaines de boîtes ! En 1689, rebelote : deux douzaines de cotignac « à la royale » offertes à mademoiselle de Blois. Petit détail amusant : vous connaissez les Noces de Cana, de Véronèse ? Regardez bien, on aperçoit des cotignacs sur la table du banquet ! Le poète Boteraye décrit même les boîtes en sapin où sont présentées la gelée : boîte dans laquelle on la déguste encore aujourd'hui !

Mais au fait, d'où vient le mot cotignac ? Plusieurs choix possibles. Depuis le XVIe siècle, ce mot dont on ne prononce pas le « c » final semble désigner les confitures et les pâtes de coings uniquement. Robert Estienne dans son dictionnaire (1549) donne les mots codignac, cydoniatum, cotoneatum. Dans Pantagruel, Rabelais évoque déjà les codignac ou cotoniat, coings confits avec du miel dont le nom viendrait du mot provençal coudougnat : « Après, devisaient des leçons lues au matin, et parachevant leur repas par quelque confection de cotoniat. » Il parle aussi de coudignac dans son Gargantua : « S'il pleurait, c'étaient canards à la dodine ; s'il tremblait, c'étaient grands pâtés de lièvre ; s'il éternuait, c'étaient pleins barils de moutarde ; s'il toussait, c'étaient boîtes de coudignac ; s'il soupirait, c'étaient langues de bœuf fumées... »


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