Le château de Pontivy à l'heure sombre du Conseil national breton

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Le château - ©Sonja Pieper / CC-BY-SA Le château - ©Sonja Pieper / CC-BY-SA
Château de Pontivy Château

En plein centre-ville de Pontivy se trouve son imposant château, dont la silhouette trapue détonne complètement avec les petites rues alentour.

Aussi appelé château des Rohan, il a été construit au XVIe s par la puissante famille bretonne du même nom.

Pourtant, c’est au sein de ces pierres grises qu’a eu lieu la création d’un Conseil national breton, en 1940.

Retour sur un évènement sombre et méconnu de l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale…

Le rêve fou d'indépendance bretonne... enfin possible ?

Après la débâcle de la France de mai 1940, les indépendantistes bretons de tous poils cherchent l’appui du gouvernement nazi, afin d’obtenir l’indépendance de la Bretagne.

Un vieux rêve...

Déjà, en 1927, deux célèbres militants nationalistes bretons, Olivier Mordrel et François Debeauvais, avait fondé le Parti Autonomiste Breton : la branche secrète, le Gwen Ha Du, dynamité l’hôtel-de-ville de Rennes, en 1931, symbole de la réunion de la Bretagne à la France.

Refusant de se battre pour la France, les deux gus filent en Allemagne dès 1939, diriger un pseudo Bretonische Regierung, (traduisez « gouvernement breton en exil »).

Les deux clament qu’« un vrai Breton n'a pas le droit de mourir pour la France », et que « Nos ennemis depuis toujours et ceux de maintenant sont les Français, ce sont eux qui n'ont cessé de causer du tort à la Bretagne. »

Si avec ça, ce n’est pas clair...

Congrès de Pontivy et création du Conseil national breton

Les Allemands occupent Pontivy, Mordrel et Debeauvais débarquent

Le 24 juin 1940, la ville de Pontivy voit le retour des deux hommes, affublés de l’uniforme allemand…

Vous devinez de qui il s'agit ?

Olivier Mordrel et François Debeauvais !

Il faut dire que leurs copains allemands venaient de faire leur entrée dans la ville morbihannaise, quelques jours plus tôt !

Allez, petit rappel sur la Bretagne et l'occupant allemand : la région se fait soumettre dès juin 1940, à commencer par Rennes.

Et attention, notez bien : il s'agit de la première occupation depuis le rattachement de la Bretagne à la France, au XVe s !

Une région stratégique pour l’occupant nazi, par sa situation maritime ouverte sur Manche et Atlantique, et sa proximité avec l’Angleterre pour éventuel un débarquement...

Un congrès au cœur du château

Le 3 juillet 1940 s'ouvre le Congrès de Pontivy, dans la cour du château des Rohan : le fameux congrès où François Debeauvais et Olivier Mordrel créent le Conseil national breton !

Le tout repose sur un programme en 18 points, visant à l’établissement d’un futur Etat breton autonome, complètement séparé de la France.

Vous vous demandez sûrement pourquoi ce choix de Pontivy ?

C’est une place centrale en Bretagne, accessible facilement par tous les Bretons. Mais pas que ! Je vous donne la vraie raison ? Allez !

il s'agit pour Mordrel et Debeauvais de laver l’affront qu’on leur a fait d’annuler la réunion du P.N.B. (Parti National Breton) en 1939 dans ce même château.

Le P.N.B., c’est ce qui précède le Conseil national Breton, entre 1927 et 1931, lui-même branche dure issue du P.A.B. (Parti Autonomiste Breton) originel, né en 1919…

Un flop !

Peu de monde assiste au meeting, en fait : on compte à peine quelques centaines de personnes.

Et malgré le soutien allemand, la réunion fait l’effet d’un flop total.

La population ne soutient absolument pas ces zozos, avec ce Debeauvais fringué en uniforme allemand, qui gueule à qui veut l’entendre « Bretons toujours, Français jamais, les Français ont trahi les Bretons » !

Lu Brezhon et Heure bretonne

A la fin de l’assemblée, les nationalistes transforment le vieux château des Rohan en caserne pour héberger les premiers membres de la future organisation bretonne.

Son nom ? La Lu Brezhon (« armée bretonne ») qui, aux côtés des Allemands, organisent arrestations, interrogatoires et tortures partout en Bretagne.

Le 14 juillet, les Allemands ont interdit de célébrer la fête nationale. Le C.N.B., lui, distribue partout le n°1 de son journal de propagande, L’Heure bretonne, où il exhorte les Bretons à grossir leurs rangs.

Les Pontivyens se contrefichent du nationalisme

Oui, mais le peuple, hé bien, il gronde !

Le gwen ha du, le fier drapeau breton noir et blanc, planté sur les toits du château des Rohan, se fait arracher par des jeunes qui accrochent à la place des drapeaux tricolores.

Le 29 juillet, ça chauffe : des milliers d’habitants manifestent contre la présence des nationalistes au château, en entonnant la Marseillaise.

Les nazis, eux, se rendent compte du peu de crédit qu'ont les Pontivyens envers les nationalistes.

Ils se détournent alors d’eux, petit à petit, pour se tourner vers Vichy… tout en fermant les yeux sur leurs activités !

Conclusion : débandade, crêperie... et sanatorium

• Le 3 août 1944, de son quartier général à Pontivy, le général Fahrmbacher (commandant des troupes allemandes en Bretagne) donne l’ordre à ses hommes de se replier sur Brest, Saint-Nazaire et Lorient. Les alliés arrivent...

• Le 9 août, les autonomistes quittent le château de Pontivy pour s’établir au château de Kerriou, à Gouëzec (29).

• Mordrel ? Il passe plusieurs années d’exil en Europe, d’abord. Condamné à mort en 1946 par la France, il s’enfuit en Argentine en 1948 où il rachète un hôtel particulier… à un ancien nazi.

Il y vit 23 ans, avant de revenir ouvrir une crêperie industrielle en France et griffonner ses mémoires…

• Debeauvais ? Mort de tuberculose le 20 mars 1944 dans un sanatorium SS, après avoir collé son fils chez les Jeunesses hitlériennes.

N.B. : les plus curieux pourront retrouver les détails évoqués dans cette anecdote dans l'article de Bertrand FRÉLAUT L’opposition des Pontivyens au conseil national breton, juillet-août 1940, parue en 2010 dans le tome LXXXVIII de Mémoires de la société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, actes du congrès de Pontivy.


Et encore !