Le château de Miolans : chroniques de la Bastille savoyarde

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Le château de Miolans - ©Guilhem Vellut / CC-BY Le château de Miolans - ©Guilhem Vellut / CC-BY
Château de Miolans Château Emprisonnement

Entre 1564 et 1792, ce château seigneurial du Moyen-Age se fait transformer en prison d’État.

Allez, venez ! Pénétrons ensemble dans la terrible Bastille savoyarde, et découvrez la vie d’enfer réservée aux prisonniers, ainsi que les prisonniers célèbres qui y ont croupi...


Bienvenue au coeur de la Bastille savoyarde !

Piémontais, homicides et lettres de cachets

La forteresse de Miolans peut abriter 200 personnes, parmi lesquelles : prisonniers politiques, sorcières, Piémontais, Vaudois, prisonniers de guerre, Savoyards. religieux, nobles et fils de famille.

Durée moyenne d'incarcération ? De 9 mois à 27 ans.

Les délits ? Homicides, duels, attentats aux mœurs, incendie, vol, non paiement de dettes, espionnage, contrebande, désertion, ivrognerie…

On enferme sur lettres de cachets, aussi. On compte 25 fils de bonne famille, écroués à la demande de leur parent sur lettres du roi... souvent pour rien :

• Le marquis de Grammont, en 1733, enfant « entièrement gâté, aurait déshonoré une famille très distinguée » ;

• En 1752, le chevalier de Grésy se fait enfermer à la demande de son père, qui le traite de « fol ». Il avait… 54 ans.

Toute une symbolique : de l'Enfer au Charbon !

La prison de Miolans s’organise en 12 compartiments, répartis entre le donjon et la tour Saint-Pierre.

Les noms des cachots ont une très forte symbolique, je vous laisse apprécier :

• l’Enfer, au rez-de-chaussée du donjon, (10 m de long sur 13 de haut et de large, il s'agit d'une prison de punition) ;

• le Purgatoire, au 1er étage (même chose que l’Enfer) ;

• le Trésor, au 2e ;

• l’Espérance et la Petite Espérance, au 3e (notez l'ironie des noms) ;

• le Paradis, le Premier Corridor ou le Charbon au 4e, où l’aumônier entend les confessions des prisonniers à travers deux soupiraux ménagés dans le mur.

Les régimes de faveur

Tous les prisonniers ne sont pas lotis de la même façon.

Un régime de faveur permet l’accès libre à la cantine, de vaquer plus ou moins librement dans l’enceinte, de disposer d'une chambre avec cheminée (du grand luxe !).

L’un a le droit à du tabac, du « bouillon de vipères » destiné à soigner sa paralysie, un autre du bouillon et du linge propre, d’autres peuvent se réunir dans la même cellule pour déjeuner ensemble.

Les prisonniers de droit commun n’ont à se mettre que les vêtements avec lesquels ils sont arrivés, rien pour se changer.

Des ceps pour le moine vicelard

Pour les plus récalcitrants, ceux qui ont commis tentatives de suicides ou agressions, il y a la bastonnade, le jeûne ou le trou.

La sanction la plus sévère ? Les ceps, de gros fers immobilisant le prisonnier aux quatre membres.

Un certain Chiapella, moine défroqué vicelard et coureur de jupons, expérimente les ceps pendant 17 longues années !

Un enragé qui même entravé, tente de se fracasser la tête en se la frappant contre le mur. On doit lui mettre un collier en fer pour empêcher sa tête de bouger ! Il meurt après 17 ans de captivité sous ce régime, en janvier 1743.

Les prisonniers célèbres de Miolans

Pietro Giannone (1736-1738)

Historien et jurisconsulte italien, Giannone se retrouve à Miolans après la publication en 1723 de son bouquin, Histoire du royaume de Naples.

Oh ! Au trou pour un livre, vraiment ?

Aaah, mais, ledit bouquin est bourré de juridictionnalisme : une doctrine qui prône la suprématie de l’État sur l’Église.

Vous voyez le malaise ?

L’Inquisition, elle, le cueille et l’exile !

Giannone se réfugie à Venise, puis à Genève, où il se fait arrêter en 1736.

Il ne quitte Miolans qu’en 1738, pour se faire conduire à la citadelle de Turin où il meurt 10 ans plus tard.

Le marquis de Sade (1772-1773)

Revoilou le sulfureux marquis ! Oui, à Miolans.

En 1772, on le condamne à mort avec son complice et domestique, à cause de crimes de sodomie et d’empoisonnement : ils avaient fait boire de la poudre de cantharide à des dames et tenté d'abuser d'elles...

Son épouse le fait fuir à Gênes pour le sauver, d’où il gagne Turin puis Chambéry. Il s’y installe. Sa famille finit par le faire interner par lettres de cachet, le 9 décembre 1772.

On reçoit l’ordre de le « traiter avec tous les égards dus à sa qualité et à sa naissance ».

Le gouverneur rapporte :

« J’ai donné à M. Sade un cabinet contigu pour son domestique et des lits provisoires jusqu’à ce qu’il ait son équipage. Il lui est loisible de se promener à l’heure qu’il veut pendant le jour dans l’enceinte du donjon. »

Son épouse, déguisée en homme, vient lui rendre visite, en mars 1773.

Comme elle n'obtient pas le droit de le voir, elle lui adresse une lettre.

Sade lui répond en l’insultant, ce qui fait qu’elle repart fissa pour la France (on n'aurait pas fait mieux)…

Sade rencontre à Miolans le baron de Songy, qui devient son ami. Sade, généreux, distribue des cadeaux à ses codétenus, paquets de sucre comme bouteilles de vin…

La nuit du 30 avril 1773, les deux gus s’évadent grâce à la complicité d’un garde. Ils gagnent Grenoble. On s’aperçoit seulement à 3 heures du matin de leur disparition. Le marquis poursuit sa vie de patachon à Paris.

Le père Monod (1640-1644)

Un jésuite prisonnier de Miolans ? Tout juste !

En fait, le père Pierre Monod est le conseiller et le petit protégé de la duchesse Christine de France (une des soeurs de Louis XIII). Le cardinal de Richelieu lui demande d’obtenir de Christine que celle-ci lui cède ses forteresses piémontaises.

Christine refuse.

Colère, le cardinal harcèle Monod, le rend responsable de tous les maux.

Alors, moins pour le punir que pour le soustraire à la haine du cardinal (il avait voulu le faire enlever plusieurs fois), la duchesse fait enfermer Monod à Miolans.

Traité avec beaucoup d’égards (liberté d’aller et venir dans la forteresse, droit d'avoir un domestique à disposition), Monod meurt à Miolans en mars 1644.

Lavin (1767-1786)

Connaissez-vous l'histoire de ce célèbre faussaire, dont voici toute l’histoire édifiante ?

Le révérend Meynier

Une histoire repérée dans Légendes et traditions populaires de la Savoie (Antony Dessaix, 1875).

On ne nous dit pas à quelle époque se passe ce fait divers.

En tout cas, le révérend Meynier, de la Sainte-Chapelle du château de Chambéry, est accusé d’avoir des relations intimes avec des dames pensionnaires du monastère savoyard de Betton.

Arrêté, conduit en prison à Miolans, il finit ses jours au fond du trou !


Et encore !