Le château de Mareuil : un Frenchie et un Anglais main dans la main, un troubadour

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Le château - ©GO69 / CC-BY-SA Le château - ©GO69 / CC-BY-SA
Château de Mareuil Château Histoire d’amour Emprisonnement Guerre de Cent Ans

Péripéties sur la baronnie

Gros châtiau, fiers seigneurs !

Mareuil en Dordogne faisait partie des 4 baronnies du Périgord avec les châteaux de Biron, Beynac et Bourdeille. Gros châtiau puissant, donc ! Tiens, des têtes connues ont défilé, ici : on a le troubadour Arnault de Mareuil au XIIe s mais aussi Raymond de Périgueux l’évêque devenu archevêque de Bordeaux, qui consacre l’église de l’abbaye de Cadouin.

Après la bataille de Bouvines, les frères Hugues et Roger de Mareuil reviennent auréolés de gloire : le roi Philippe Auguste donne à l’aîné la terre voisine de Villebois (16) en récompense.

Anglais et Français se font la malle !

Vient la guerre de Cent Ans : le château de Mareuil ne sait plus bien de quel côté il se trouve : anglais, français ? Et ce n’est pas ce maudit Raymond de Mareuil qui clarifie les choses ! D’Anglais, il revient sous le giron français. Et ça, les Angliches n’aiment pas du tout...

La chronique rapporte qu’il se fait kidnapper par les hommes d’un certain Hugh de Calverly, sénéchal du Limousin. Le roi Edouard, en Angleterre, se frotte les mains de cette capture, et ordonne qu’on enferme le rustre. Non mais : ça lui apprendra à se moquer d’eux !

Au trou, Raymond négocie sa liberté avec son geôlier, lui promettant la moitié de sa terre en échange... Chose vite faire : un jour, on trouve la porte du Raymond grande ouverte... et le Frenchie plus dans sa cage ! La nuit est glaciale, les bois sombres et gelés, mais voilà nos deux hommes courant à perdre haleine, poursuivis, les pieds en sang. Direction Mareuil !

Une fois en sécurité, Raymond tient sa promesse : la moitié de ses biens pour son geôlier anglais. L’Anglais refuse mais reste avec son nouveau compagnon au château : voilà l’Anglais devenu Français... Woah, beaucoup de péripéties !

Arnault de Mareuil, troubadour

Le clerc musicien

Alors, ce fameux troubadour ? Je vous présente Arnault de Mareuil, un simple clerc né au château de parents très modestes. Modestes, mais avec du plomb dans la cervelle. Ils font faire de solides études à leur rejeton.

Intelligent, réservé, humble, Arnault commence à chanter : et bientôt, de château en château, accompagné de son fidèle musicien Pistoleta, ses pas le conduisent à la cour du vicomte de Béziers. Bien sûr, là, il tombe fou amoureux de la dame du seigneur, la sublime Azalais de Burlats.

Tendresse et pensées chastes

On imagine la suite, le mari furieux qui chasse le poète transi d'amour, comme d’hab'... ah, non, pas cette fois ? C’est un rival de choix, le roi d’Aragon himself, qui se charge de virer l’artiste : eh, deux amoureux transis pour une seule dame, ça finit forcément mal...

Arnault reprend son baluchon et part s’installer à la cour de Guillaume de Montpellier. Là, il ne va faire qu’écrire pour la dame de ses pensées (pour elle et elle seulement) avant de s’éteindre tout jeune encore vers 1200, pauvre, seul, la mort d’Azalais le terrassant complètement...

Ce sont ses rêveries, ses états d’âmes, sa douceur, ses pensées (chastes) et sa timidité touchante qui caractérisent ses poèmes. Il est tendre, mais tellement passionné !

« L’Amour sait que je suis un fidèle amant. Alors, il m’apprit comment posséder vos douces faveurs. Je vous tiens dans mes bras, je vous donne des baisers et nul jaloux n’en est témoin. »

Au début, près de sa dame, il rayonne :

« Le premier jour que je vous vis, ma dame, votre amour me traversa le cœur si profondément, il y alluma un feu si ardent que depuis il n'a pas diminué. Les feux de l’amour sont puissants ; ni le vin ni l'eau ne peuvent les éteindre ; une fois allumés, ils brûlent à jamais, s'accroissant et redoublant chaque jour.

Je ne croyais pas en venant dans ces lieux avoir le plaisir de voir tant de beauté et tant de grâce. La croyance dit souvent, et je l’approuve : qui voulait se chauffer se brûle. J'aime, sans oser l’avouer.

Je me vois condamné à fuir celle que j'adore, de peur que mes regards ne trahissent mon secret : cette hardiesse lui paraîtrait inexcusable. Mais mon cœur me la représente comme un miroir, et je suis heureux de l'y contempler. »

Mais quand il perd sa dame, tout s’écroule :

« Je ne vois plus l’objet de ma flamme, me voilà tellement préoccupé par le bien que j’ai perdu. De terribles souffrances j'endure tout le jour. Et la nuit, ma peine augmente.

Quand je vais pour me mettre au lit, et que je pense y trouver un peu de repos, que tous mes compagnons dorment, que la nuit ne résonne plus d’aucun bruit, alors je me tourne et me retourne, je pense et ressasse, et je soupire... »

On appelle ses poèmes les « saluts d’amour », des épitres en vers.


Et encore !