Le château de Chantilly hanté ? L’histoire de l’anneau magique de Louise de Budos

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Henri de Montmorency et Louise de Budos, collégiale St-Martin, Montmorency - ©Reinhardhauke / CC-BY- Henri de Montmorency et Louise de Budos, collégiale St-Martin, Montmorency - ©Reinhardhauke / CC-BY-
Château de Chantilly Château Légende Fantôme

Louise de Budos, mariée grâce à une bague magique. Retrouvée morte, le cou tordu, dans les vapeurs de soufre d’un petit cabinet obscur du château de Chantilly...

Légende noire pour dame blanche. Une hantise. Un anneau enchanté. Et la vérité, cachée quelque part ?

L'anneau qui fait perdre la boule aux hommes

Tout commence à la fin du XVIe s, le jour où la belle Louise de Budos se retrouve avec sa mère à Pézenas. A veiller le corps de la première femme d’un certain Henri de Montmorency, qui vient de mourir dans le château de la ville. Louise était sa dame d'atours...

Louise a 18 ans, Henri 60 et... il l'épouse un mois après leur rencontre. Crac ! Coup de foudre inespéré ? Non ! Magie noire... vous voulez savoir pourquoi ?

Parce que Louise a un anneau magique. Avec le pouvoir d’envoûter le premier type venu, et de le faire tomber fou amoureux ! Un anneau magique qu’une « pauvre femme leur demandant l’aumône » lui avait donné à Pézenas. Anneau qu’il faut qu’elle passe au doigt d’Henri...

Chouette mariage. D'un côté Louise, la plus belle femme de tout le royaume. De l'autre Henri, de la grande famille des Montmorency, à la tête du château de Chantilly du XVe au XVIIe s. Le fiston du célèbre connétable Anne de Montmorency : vous savez ? L’ancien copain du roi François Ier, qu’on a rencontré dans son château d’Ecouen...

Cou tordu et odeur de soufre

Mais Louise meurt à 23 ans, le 26 septembre 1598. Brutalement. Etrangement. Ca y est ! Le mystère commence à planer.

Quelques jours avant, on l’avait surprise en compagnie d’un type louche, noir de poils, très grand, dans le parc du château de Chantilly. Le lendemain, elle s’entretient en secret avec lui dans un cabinet. Avec interdiction de venir les déranger.

Le chroniqueur Saint-Simon dit qu’on la retrouve « morte, par terre, le col entièrement tourné, le visage du côté de l’épine du dos, sans être pourtant défiguré, et dans le cabinet une odeur de soufre très puante. » Du soufre, ah ah... le diable.

Mais attendez, c’est pas fini ! Car pendant l'enterrement de Louise, Henri rencontre la tante de feue sa femme, une jeune veuve : Laurence de Dizimieu. Henri, pourtant ravagé par la perte de sa Louise chérie, l'épouse sur le champ.

Nouveau coup de foudre ? A votre avis... voui, encore un coup de l’anneau magique !

Hé, Laurence l’avait récupéré sur le corps de sa nièce ! Mais elle le perd, ce qui fait qu'Henri la jette du jour au lendemain et divorce fissa...

La dame blanche de Chantilly ?

Et voilà. Louise de Budos emportée dans les griffes du Diable, la légende pouvait commencer. Son fantôme :

« apparaissait dans l’âge où elle était et avec les habits de son temps, à la fenêtre de la salle d’armes de Chantilly, peu de temps avant la mort de l’aîné de la maison de Condé (les proprios de Chantilly du XVIIe au XIXe s, ndlr). »

Une dame blanche à Chantilly. Qui annonce des morts, des drames. Est-elle aussi apparue, avant l'éxécution de son fils Henri dans la cour du Capitole de Toulouse ?

Alors oui, je sais ce que vous allez dire. « C’est pas rationnel du tout, cette histoire de diable et d'anneau ! On croit pas au fantôme, nous ! »

Bon. Les plus sceptiques d’entre vous veulent une part de vérité ? OK.

Louise meurt brutalement, jeune. Forcément, c’est louche, même si on la savait de constitution fragile. Et qui dit louche ou inexpliqué, dit souvent surnaturel. Mais seul Saint-Simon évoque cette légende, à propos de l’anneau et de la dame blanche. Personne d’autre.

Avec pour témoignage l’écuyer d’un prince de Condé sous le règne de Louis XIV, Vervillon, qui a vu une silhouette de femme habillée à l’ancienne. Un autre en parle (le marquis de Sourches) : il dit que ce Vervillon a vu « un mort enseveli », à une des fenêtres du château. Un mort, pas une dame. Encore moins Louise de Budos...

De vous à moi, franchement : et si c’était la Dizimieu qui avait fait empoisonner sa nièce pour récupérer un mari ?

N.B. : pour tout savoir sur la légende, ça se passe dans le tome 5 des Ecrits inédits de Saint-Simon.


Et encore !