Lavin, un faussaire dans la pénombre de Miolans

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Dans Miolans - ©Otourly / CC-BY-SA Dans Miolans - ©Otourly / CC-BY-SA
Château de Miolans Château Emprisonnement Destin tragique

Voici l’histoire d’un faussaire italien incarcéré au fort de Miolans, sinistre prison d'Etat entre le XVIe et la fin du XVIIIe siècle

Oooh, une histoire somme toute banale, vous croyez ?

Attendez ! Elle pourrait vous réserver des surprises !

Lavin, faussaire au service du ministre des Finances

Stortigliani : faux billets à la sauce savoyarde

Quand Vincent-René Lavin rentre au service au comte de Stortigliani comme secrétaire, celui-ci, ministre des Finances du roi Charles-Emmanuel III de Savoie, remarque très vite son habilité à imiter les signatures.

Tiens… ça lui donne des idées, au comte.

Il utilise d’abord Lavin pour fabriquer une reconnaissance de dette : dette honorée par les héritiers du prétendu signataire.

Ouuuh... Stortigliani se frotte les mains. La combine a marché !

Et maintenant, la tentation est trop grande… et si on recommençait, en plus ambitieux ?

Car la fois d’après, le comte fait carrément faire à Lavin des faux billets de banque : 70 000 livres ! Le comte assure qu'ils y sont autorisés, et hop ! Lavin se met au travail.

Condamnation : les galères... non, la prison à Miolans !

Cette fois, le comte de Stortigliani se fait arrêter. Lavin, lui ? Il s’enfuit à Paris.

Mais la Sardaigne le fait extrader et enfermer à Turin en 1762.

On le condamne à mort avec le comte, mais le roi commue la peine de Lavin en galères perpétuelles, qui en fait se transforme en prison à Miolans.

Lavin a 25 ans.

Il supplie le roi de l’enfermer ailleurs : l’air glacé de la montagne va affecter sa vue mauvaise !

Si vous croyez que sa majesté en a quelque chose à faire, des mirettes d’un faussaire...

Lavin entre quatre murs, à Miolans

Le dessin comme passe-temps

Lavin arrive à Miolans le 3 juin 1765.

Ordre est de lui refuser toute distraction, tout confort !

Lui demande « plumes, crayons, encre, papiers », pour dessiner, sa passion : c'est non !

Lavin finit par se fabriquer des plumes avec de la paille et du bois, de l’encre avec des clous trempés dans de l’eau salée.

Il écrit et dessine tout son saoul, remplit les heures creuses et sans sens à coups de jolis croquis, avant de planquer le tout dans des cachettes, un peu partout dans sa cellule : des trous creusés avec un clou dans le bois de son lit, de petites cachettes recouvertes de cire, des trous dans la muraille humide...

Fâché, le gouverneur propose de lui faire faire un bracelet et un pouce en fer pour l’entraver ! Finalement on l’autorise à s’occuper en dessinant.

Des problèmes d'yeux qui s'aggravent

Mais ses yeux fragiles, alors, agressés, abîmés par l'air glacial de la montagne ? Comment Lavin allait-il se débrouiller ?

Car dès les premiers mois de son arrivée à Miolans, Lavin se plaint de violents maux de tête : son mal d'yeux ne faisait que s'empirer.

On finit par lui prescrire une panoplie de remèdes :

• une goutte de sang de pigeon à injecter dans l’œil deux fois par jour ;

• des sangsues à appliquer à côté des yeux ;

• des bonnets de lapin pour transpirer de la tête ;

• Une décoction à base de mille-pattes vivants mélangés à du petit lait, bourrache fraîche, chicorée et fumeterre.

« Le plus amer des repentirs »

Lavin croupit 21 ans à Miolans. Il n'a jamais cessé de supplier qu'on le transfère ailleurs.

En 1785, il avait même écrit au roi :

« La lugubre demeure de Lavini n'est qu'un sépulcre d'où il a cessé de vivre sans jouir du repos qu'amène le trépas. Il est mort pour le siècle depuis bientôt cinq lustres.

S'il ouvre encore les yeux, ce n'est que pour verser des larmes qui arrosent le pain qui l'alimente ; son cœur ne palpite que pour être déchiré par la douleur.

S'il sonde son âme, ce n'est que pour être pénétré du plus amer repentir de sa faute. Il ne demande pour toute grâce que d'être transféré en Piémont. »

On lui accorde le transfert à Ivrea, non loin de Turin, où il meurt en juillet 1789.

Miolans, sa sinistre prison et son air glacial l'avait consumé de l'intérieur...

Tentative d'évasion... par parapluie !

Une anecdote raconte qu’un jour, Lavin s’échappe de sa cellule, surplombant rocher acérés tels des crocs de loups et pins menaçants.

Comment s'y prend-il ? La lucarne de sa geôle, bien que très élevée, n’avait pas de grillage...

Il se procure un bête parapluie, rattache au manche l’extrémité des baleines avec des cordelettes, puis profite de la nuit pour s’y cramponner et se lancer dans le vide.

Il tombe mollement dans la rivière en contrebas et regagne la rive sans mal.

Bon, il se fait aussitôt cueillir et remettre au trou !


Et encore !