L’affaire Jeanne de Navarre : la seule reine de France morte... ensorcelée

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Funérailles de J. de Navarre (Chroniques de France, 1380) - ©The British Library / Public domain Funérailles de J. de Navarre (Chroniques de France, 1380) - ©The British Library / Public domain
Château de Vincennes Château Jeanne Ire de Navarre Philippe IV le Bel Sorcellerie

Jeanne de Navarre, 32 ans, vient de mourir au château de Vincennes. On est le 2 avril 1305.

De petits bourgeons vert tendre venaient juste d’exploser sur les branches des arbres voisins. Ciel azur. L’air tiède est lourd de parfums de terre mouillé.

Jeanne ne le sentirait plus jamais, puisque Jeanne venait de mourir... peut-être la seule reine de France morte envoûtée !

Jeanne, Philippe le Bel et les rois maudits

Jeanne naît en 1273. La fille du comte de Champagne et roi de Navarre Henri Ier et de Blanche d’Artois.

Jeanne épouse en août 1284, à Notre-Dame de Paris, un certain Philippe. Elle a 11 ans, lui 16. Déjà une belle gueule... pas étonnant ! Philippe devient roi de France en 1285, sous le nom de Philippe IV le Bel. Oui ! Le futur roi maudit.

Mais... minute ! C’est donc Jeanne la mère des célèbres rois (maudits eux aussi) Louis le Hutin, Philippe le Long, Charles le Bel ! Tous morts à Vincennes d’ailleurs...

Bref ! Jeanne de Navarre, 32 ans, meurt bizarrement et brutalement, au château royal de Vincennes.

L’affaire Guichard de Troyes

Blanche d'Artois, et d'une

Jeanne de Navarre meurt dans des conditions bizarres. Enfin, c’est ce qu’on dit à l’époque.

Une enquête s’ouvre en 1308, et on finit par arrêter un homme. Suspect, le type... aux dires d’un témoin qui l’a vu s’adonner à la sorcellerie.

Le nom du gus ? Guichard de Troyes. Un évêque anciennement attaché aux services de la mère de Jeanne, Blanche d’Artois... morte d’ailleurs brutalement 3 ans avant sa fille.

Tout part d’une brouille entre Blanche et Guichard : elle le vire du conseil privé royal, après l'évasion d'un chanoine receveur des finances de Blanche, emprisonné car il avait volé son argent. Le rapport ? Guichard le fait évader !

Celui-ci ne pense qu'à se venger, bien sûr. Il empoisonne Blanche.

Les mixtures empoisonnées de l'escroc sodomite

Le procès de Guichard s’ouvre. Ouuh, la vilaine odeur de soufre qui plane ! Tout le monde parle de sorcellerie. Guichard le premier. Il finit par avouer qu’il a fait mourir Jeanne de Navarre aidé d’une sorcière et d’un moine pas très net...

Oui, car le procès fait apparaître Guichard comme un homme mauvais. Sodomite, escroc, sorcier... empoisonneur. Il concocte des mixtures empoisonnées à base d’araignées et de crapauds (wouh, original), pour tuer Blanche, mais pas que : on l'accuse de vouloir la mort du fils de Philippe le Bel, futur Louis X le Hutin.

Guichard est mauvais depuis toujours, de toute façon : la maison de ses parents a été déclarée maudite et hantée et lui, LUI, c'est l'enfant diabolique. Quand on part avec ça comme bagage, dans la vie, dans un monde qui fait la chasse aux hérétiques, on ne s'étonne pas de l'ampleur qu'a pris l'affaire...

Jeanne de Navarre, et de deux

Après avoir voulu tuer le fils du roi, Guichard s’attaque à Jeanne de Navarre. Il fait un pacte avec une sorcière et consulte un moine, Jean de Fay, qui lui fait apparaître le Diable. Satan lui explique qu’avec ses dix p’tits doigts, il va confectionner un genre de poupée vaudou de la reine Jeanne, la baptiser, puis y planter des aiguilles.

La santé de la reine va décliner petit à petit... jusqu’au coup de grâce, qui consiste à foutre l’effigie au feu. Crac. La reine meurt.

Sorcellerie ou pas, le pauvre Guichard sera relâché en 1311 (faute de preuves), après un procès sans fin. L’exil l’attend : on l’envoie croupir dans l’évêché de Diakovar, en Bosnie... où il meurt en 1314.

Et la vérité, dans tout ça ?

Bon. Libre à vous de croire ou pas à cette histoire de sorcellerie. Mais la vérité ?

Il semble que Guichard ait été victime du puissant Philippe le Bel. Puissant jusqu’à écraser tous ceux qui lui barrent le passage. Pour montrer que personne ne peut rien contre lui. Pas pour rien qu’on l’appelle le roi de fer !

A l’époque, hérétiques et sorciers sont massacrés par centaines. Sans oublier les Templiers, anéantis par le Bel. Tiens, de gros sodomites-hérétiques-sorciers, eux aussi (tiercé gagnant pour le bûcher).

C’est un roi tout-puissant, aussi, qui se bat contre le pape Boniface VIII qui n’avait pas aimé que le roi taxe du fric à l’Eglise. Envoyer des religieux en procès ou à la mort, c’est affirmer son pouvoir et faire trembler la papauté...

En tout cas, après Jeanne, Philippe le Bel et ses fils allaient connaître des morts rapides : le 1er à Fontainebleau, de remords terribles, les 3 autres de maladies... les rois maudits, vous connaissez ?