L'abbaye de Fontaine-Guérard et la fin tragique de Marie de Ferrières

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Gisant de M. de Ferrières - ©Giogo / CC-BY-SA Gisant de M. de Ferrières - ©Giogo / CC-BY-SA
Abbaye Notre-Dame de Fontaine-Guérard Abbaye Destin tragique Homicide Cistercien

Une abbaye mélancolique, en ruine, pour une triste histoire, pathétique et sanglante... qui a éclaté entre ces murs !

Il reste de jolies voûtes et quelques pans de murs de l'église abbatiale, flanquée de ses chapelles latérales.

L'une semble celle construite pour le repos de Marie de Ferrières.

Son gisant nous raconte sa triste histoire... une affaire qui a fait du bruit, à l’époque !

Le mariage de Marie de Ferrières

Remontons le temps jusqu’à la fin du XIVe s...

Guillaume de Léon, chevalier et seigneur de Haqueville, vient tout juste d’épouser Marie de Ferrières.

Il est fringant. Elle est belle, fraîche comme la rosée, les joues couleur rose poudré, un sourire dessiné sur ses lèvres minces.

Aucun nuage dans un ciel limpide ! Apparemment...

L'orage gronde

Car vous vous dites sûrement : « Chouette, un mariage ! » Hé non. Je vous jure, pas de quoi se réjouir !

Même pas le temps de finir le gâteau des mariés que le couple bat de l’aile. Pourquoi ?? Mystère !

Léon commence à battre Marie : « Sans cause raisonnable, avait conçu haine et malevolence (désir de faire du mal, ndlr) contre elle. »

Marie se réfugie chez son frère, tout d'abord. Mais elle se sent plus en sécurité en se retirant derrière les murs de l'abbaye de Fontaine-Guérard.

L'organisation du plan

Marie à l'abri, ce rustre de Léon continue à se monter le bourrichon. Cette fois, il veut la tuer.

Mais pas question de faire le sale boulot soi-même, noooon. Le lâche appelle quatre types patibulaires au possible, dont deux de ses valets.

On s’organise, on prend toutes les armes nécessaires, on va faire un repérage des lieux, à Fontaine-Guérard.

Une nuit pourtant claire comme le plus pur des cristaux, ils escaladent le mur de l’église abbatiale, et parviennent, sans bruit, jusqu'à la chambre de Marie, assoupie.

L'horreur au coeur de l'abbaye !

Réveillée en sursaut, la pauvre se met à trembler. Panique, dans l'obscurité ! Le souffle coupé, elle... ne sait pas quoi faire ! Qui... qui va là...

Un horrible pressentiment lui tord les entrailles.

Son coeur lui martèle les tempes.

Il lui faudra bien du courage, pour sortir de sa cellule et appeler au secours, d'une voix brisée. En vain. Marie se terre dans une pièce, sous un épais banc de bois sombre.

« Prevel, varlet de chevaux dudit de Haqueville, la tira par les tresses et la traîna hors dessous ledit banc, et après la prit par-dessous le menton, et lui mit le genou sur la poitrine et lui coupa la gorge.

Et avec les autres qui étaient avec lui, lui donnèrent plusieurs coups de dague en la poitrine et au cœur, puis un coup d’épée par le fondement, tant qu’ils la meurtrirent très mauvaisement. »

(Histoire de l'abbaye de Fontaine-Guérard, Léon Fallue, 1851)

Voilà comment la folie d'un homme venait de faire une pauvre victime, au sein des pierres glacées d'une abbaye normande...

Le châtiment de l'assassin

Quand enfin, l’alerte est donnée dans l’abbaye de Fontaine-Guérard, il est trop tard. Les hommes de mains du mari fou à lier ont eu le temps de filer.

Et Marie était morte, de toute façon.

Oooh, patience... on les arrêtera plus tard : torturés, ils ne tardent pas à lâcher le nom de Haqueville.

La famille de Marie de Ferrières accepte de ne pas le traîner en justice. A la place, elle réclame :

• qu’il fasse dire une messe par jour à perpétuité pour le repos de Marie, à l’abbaye ;

• qu'il fasse construire la chapelle expiatoire où se trouve son gisant ;

•  qu’il fasse pèlerinage à Jérusalem et se tienne deux ans hors du royaume ;

• qu’il veille à bien doter leurs 4 filles.


Et encore !