L'abbaye de Corbie et la minuscule caroline

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Manuscrit anglais utilisant la minuscule caroline - ©The British Library / CC0 Manuscrit anglais utilisant la minuscule caroline - ©The British Library / CC0
Abbatiale Saint-Pierre de Corbie Abbaye Charlemagne

Elle nous vient d’Allemagne, mais l’abbaye picarde de Corbie l’a popularisée.

On l’utilise encore aujourd’hui dans notre écriture et nos caractères imprimés… zoom sur la minuscule caroline !

Carolus, Charlemagne...

Son nom vient de Carolus, Charles... l’empereur Charlemagne !

La caroline apparaît sous son impulsion, vers 770.

Chose amusante : Charlemagne apprend à lire et écrire sur le tard, et encore... il ne maîtrise pas vraiment la chose !

Son conseiller, Eginhard, dû même lui apprendre à signer autrement qu'avec une croix.

« Il s’appliqua à l’étude des langues étrangères et apprit si bien le latin qu’il s’exprimait indifféremment dans cette langue ou dans sa langue maternelle.

Il consacra beaucoup de temps et de labeur à apprendre auprès d’Alcuin la rhétorique, la dialectique, et surtout l’astronomie…

Il s’essaya aussi à écrire. Il avait l'habitude de placer sous les coussins de son lit des tablettes et des feuillets de parchemin, afin de profiter de ses instants de loisir pour s'exercer à tracer des lettres ; mais il s'y prit tard et le résultat fut médiocre. »

(Georges Duby, Histoire de la France : Naissance d'une nation, des origines à 1348, Larousse, 1995)

Naissance à Aix-la-Chapelle

La minuscule caroline naît en Allemagne, à Aix-la-Chapelle.

Plus précisément au coeur de l’Académie Palatine, la plus grande école de l’empire carolingien.

Le moine Alcuin, proche ami et conseiller de Charlemagne, y officie.

Le but de Charlemagne, en créant la minuscule caroline ? Politique !

Avec l’unification de l’écriture, les textes circulent plus facilement, le pouvoir du souverain franc peut s’étendre plus rapidement...

Les caractéristiques de la caroline

Lisibilité avant tout !

La minuscule caroline répond à un souci de clarté.

On n'en pouvait plus, de ces grosses majuscules héritées de l’Antiquité romaine !

Car avant l'apparition de notre caroline, on utilise des caractères appelés onciales, grosses majuscules illisibles bourrées de ligatures compliquées.

Les moines mettaient des années à déchiffrer et recopier les textes !

D'où la nécessité de mettre au point des lettres lisibles.

La minuscule caroline se caractérise par :

• une taille fixe ;

• une forme arrondie ;

• des mots séparés d’un espace, avec un début de ponctuation.

Punctus et comma

Oui ! La ponctuation se développe à cette époque.

Un ensemble de signes répondant au doux nom de positurae : celles-ci indiquent aux moines, pendant la lecture des prières, les pauses à marquer ou les inflexions de voix à adopter.

Elles s’insèreront ensuite dans tous les manuscrits !

On trouvait ainsi :

• le punctus elevatus ou comma (aujourd’hui deux points) ;

• le punctus versus (point-virgule, indiquant à l’époque la fin du texte) ;

• le punctus interrogativus (même sens qu'aujourd'hui) ;

• le periodus, punctum ou colon, le point.

Corbie et la minuscule caroline

En France, c’est à l'abbaye de Corbie que la minuscule caroline se développe : normal, Corbie est un des plus grands centres intellectuels d’Occident !

Elle possède le plus grand scriptorium monastique de son époque.

Les moines de l’abbaye intègrent la caroline dès 772 dans la Bible de Maurdramne, du nom de l’abbé de Corbie de l’époque, ou encore dans le Psautier de Corbie, exceptionnel manuscrit du IXe s conservé à la bibliothèque Louis Aragon d’Amiens.

En fait, plus de 800 manuscrits copiés à l’abbaye de Corbie nous sont parvenus !

Après la caroline, le gothique !

Les caractères gothiques, plus anguleux, débarquent au XIIIe s.

La caroline fera son grand retour avec les humanismes de la Renaissance, réadaptée pour les premiers caractères d’imprimerie.

Mais vous savez quoi ? La minuscule de Charlemagne se retrouve encore dans notre écriture manuscrite !


Et encore !