La tour de la Lanterne et les quatre sergents de La Rochelle

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Mort des sergents de La Rochelle - ©The British Library / Public domain Mort des sergents de La Rochelle - ©The British Library / Public domain
Tour de la Lanterne Fortification Emprisonnement

Entre ces murs... le souffle... de 4 hommes... sacrifiés !... vous les entendez ?!

Clapotis des vagues sur la pierre tiède. Pleurs des goélands. Venez ! On va pénétrer ensemble dans la tour de la Lanterne, aussi connue sous le nom de « tour des 4 sergents de La Rochelle ».

Je vais vous raconter cette terrible histoire de 4 jeunes soldats accusés de conspiration contre le roi Louis XVIII, emprisonnés ici et lâchement exécutés...

Les quatre sergents

Ils sont quatre : Jean-François Bories, Jean-Joseph Pommier, Marius Raoulx et Charles Goubin.

Quatre jeunes mecs, quatre sergents entre 20 et 26 ans. Leur régiment d’infanterie est en garnison dans la ville charentaise, d’où le nom de « sergents de La Rochelle ».

Un vent de révolte !

L’histoire commence en 1821.

Lui, là, avec sa belle moustache brune ! Je vais vous le présenter. Il s'appelle Jean-François Bories, il est sergent. Un gars de l’Aveyron, républicain comme pas deux.

Figurez-vous qu'il fout un sacré bazar dans son régiment d’infanterie en garnison à Paris ! Si, si : il monte la tête de ses collègues, qui bientôt, refusent de crier « Vive le roi »...

La révolte ? Oui, avec le carbonarisme !

Il faut dire que l’époque est sacrément troublée, depuis la Révolution Française. On a vu se succéder :

• l’abolition de la monarchie

• l’Empire de super Napo

• le retour de la monarchie (la Restauration), avec le roi Louis XVIII.

Un retour que certains ont en travers de la gorge... comme Bories.

Ahh, Bories ! Le gars a mauvaise influence sur ses copains de régiment. Pire, il cherche à les embrigader dans une nouvelle société secrète venue d’Italie : le carbonarisme (charbonnerie en V.F.).

A la base, le carbonarisme se forme pour lutter contre la domination napoléonienne en Italie. Sur quoi, hop, elle se répand en France comme une traînée de poudre. Son but ? Renverser la monarchie restaurée des Bourbons, après l’exil de Napoléon Ier à Sainte-Hélène !

Du balai !

Les supérieurs de Bories finissent par en avoir ras-le-bol : ils le transfèrent à La Rochelle. C'est là qu'il sympathise avec les sergents Pommier, Raoulx et Goubin. Mieux, il les convertit à la charbonnerie !

Dans la tour de la Lanterne

Maaaiis... quelqu’un finit par dénoncer Bories. Arrêté avec une vingtaine de complices, il nie tout.

On l'enferme avec Goubin dans la tour de la Lanterne, en janvier 1822. Oui, à l'époque, la tour fortifiée sert de prison... leur geôle se trouve au 1er étage.

Mur épais, meurtrière étroite munie de barreaux de fer d’où le vent iodé s’engouffre en rugissant. Aucune possibilité d’évasion. Aucun moyen, surtout, de sortir pour aller planquer les preuves qui pourraient les accabler... A moins que ??

Un soir, nos deux sergents parviennent à apitoyer le geôlier. Si, je vous jure ! « OK, fait le gus. Je vous laisse filer faire ce que vous avez à faire. Vous avez une heure, pas plus ! »

Bories file dans la nuit noire à travers les rues venteuses de La Rochelle. Direction la maison de son cousin, chez qui il avait planqué une malle bourrée de papelards et de poignards...

Ni vu ni connu, il la fait disparaître... avant de regagner bien sagement sa prison !

« C'est le sang de vos fils ! »

Jugés pour complot, les quatre sergents sont condamnés à mort : la guillotine les attends à Paris en septembre 1822, sur la place de Grève.

Une foule muette, choquée, va s'y presser par nuée. Pour regarder ces 4 jeunes hommes s’embrasser aux portes de la mort avant de hurler un « Vive la liberté » qui claque comme un fouet dans l’air pur.

Les derniers mots de Bories vont frapper les esprits pour longtemps. Un puissant court-jus, intense et indélébile : « Rappelez-vous que c’est le sang de vos fils que l’on répand aujourd’hui ! »

La phrase glace le sang : il n’en faut pas plus pour que nos sergents ne deviennent des martyrs, jugés bien trop sévèrement par des juges implacables...

Une vengeance bien froide

Coup de théâtre !! 50 après la mort des sergents, on les venge en assassinant celui qui les avait balancés : un certain Goupillon (un ancien sergent lui aussi), qui du coup meurt à près de 80 ans !

La tombe du Montparnasse

Envie de vous recueillir sur la tombe des sergents ? Leurs corps reposent au cimetière du Montparnasse depuis 1830 !

La vieille au bouquet

Eté 1863. Les canards de l'époque évoquent la mort d'une bonne femme de 72 ans, que tout son quartier surnommait « la vieille au bouquet ».

Courbée en deux, terriblement pauvre, on la voyait, petite musaraigne chinée, trottiner rue du Cherche-Midi où elle habitait, musarder on ne sait où. Mais jamais on ne la voyait mendier un sou. Jamais, vous m'entendez !

On la rencontrait tous les jours, mais on ne connaissait pas son histoire. Son nom, seulement : Françoise François. Elle avait été la fiancée de Bories, voui !

Le bouquet qu’elle portait toujours à son veston ? Un souvenir de son amour condamné, qui lui avait jeté ces fleurs sauvages en route vers l’échafaud !

Elle n'a jamais manqué un rendez-vous avec celui qu'elle avait aimé, venant tous les jours au cimetière du Montparnasse à l’ombre de la tombe des quatre sergents... (vu dans Les rues du vieux Paris, Victor Fournel, 1879)


Et encore !