La Palatine et Philippe d'Orléans : leur mariage dans la cathédrale de Metz !

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La Palatine - ©Public domain • Philippe d'Orléans - ©the lost gallery / CC-BY La Palatine - ©Public domain • Philippe d'Orléans - ©the lost gallery / CC-BY
Cathédrale Saint-Etienne de Metz Cathédrale Mariage Madame Palatine Philippe d'Orléans

La Palatine, de son vrai nom Elisabeth-Charlotte de Bavière, 19 ans, abjure le protestantisme dans la cathédrale de Metz, le 16 novembre 1671.

C'est là surtout qu'elle épouse Philippe d'Orléans, le frère gay de Louis XIV !

Elle qui se surnomme elle-même le tonneau, amatrice de choucroutes et de chasses effrénées, épouse son contraire, Monsieur, tout en légèreté et en froufrous.

Philippe d'Orléans, Monsieur

Philippe d'Orléans ? Il s'agit du 2e frère cadet du roi Louis XIV. On le surnomme Monsieur.

Homosexuel, cruel, libertin, amateur de jeunes éphèbes, il est l’un des hommes les plus riches de France. Pas mal, comme parti !

Saint-Simon lui brosse un portrait au poil, tenez :

« Personne de si mou de corps et d’esprit, de plus faible, tracassier et incapable de garder aucun secret, soupçonneux, défiant, semant des noises dans sa cour pour brouiller. »

Un premier mariage

La première épouse de Philippe s’appelle Henriette d’Angleterre. Vous savez ? Elle meurt brutalement à l'âge de 26 ans, au château de Saint-Cloud !

Philippe se retrouve veuf à 30 ans, seul avec 3 enfants à charge.

Il n'espère qu'une chose : le retour de son amant, le chevalier de Lorraine, banni de la cour par Henriette en personne, la garce !

OK, on accepte : à condition (oui, il faut une condition, sinon, ce n'est pas drôle) qu’il se remarie avec une princesse allemande.

Elle s'appelle Elisabeth-Charlotte de Bavière, la célèbre Madame Palatine !

Elisabeth-Charlotte de Bavière, La Palatine

Alors, cette Palatine ?

Née en 1652 dans le Sud-Ouest de l’Allemagne, elle se définit comme « un petit laideron ».

« Si je n’avais pas bon cœur, on ne me supporterait nulle part », confie-t-elle.

Toute petiote, Liselotte comme on la surnomme, aime courir dans les champs, se battre avec les autres gosses avec épées et fusils, aller à la chasse et en revenir couverte de gadoue. Elle regrettera de « n’être pas née garçon »...

Quand son père divorce, elle part vivre chez sa tante Sophie. Les deux s’adorent.

Sophie donne à sa nièce une éducation faite de philosophie humaniste, de liberté (aaah, la liberté chérie de Liselotte !)...

Notre princesse refuse tous les maris qu'on lui propose, de retour à la cour de son père.

Pourtant, il le faut bien... Elle qui aime son pays, sa liberté plus que tout, se retrouve à épouser un inconnu, dans un pays qu’elle déteste déjà, la France !

Le mariage à Metz

Le mariage a lieu dans la cathédrale de Metz, le 16 novembre 1671. Il s'agit (comme ça se fait beaucoup alors) d'un mariage par procuration.

Juste avant, la princesse a dû se convertir au catholicisme dans la cathédrale messine, en se faisant baptiser et en communiant.

« C'est bien des choses pour un jour », dit Mlle de Montpensier dans ses Mémoires !

Le mariage officiel a lieu 3 jours plus tard, soit le 19 novembre 1671, dans la cathédrale de Châlons-en-Champagne.

La relation de Charlotte et de Philippe

Dur ! Philippe d'Orléans n’a pas franchement le béguin pour l’Allemande, impressionnante par sa carrure de lutteuse.

Elle se décrit elle-même :

« J’ai un derrière effroyable, un ventre et des hanches énormes, la poitrine plate. Je suis une figure affreuse, mais j’ai le bonheur de ne pas m’en soucier, car je ne souhaite pas que quelqu’un tombe amoureux de moi. »

D'ailleurs, quand la Palatine arrive à Versailles, elle souffre de la comparaison avec l'épouse précédente de Philippe, la jolie Henriette d'Angleterre. Sympa !

Liselotte confie :

« Je vis bien, que je ne plaisais pas à mon mari, et, en vérité, il n’y avait pas de quoi s’en étonner, à cause de ma laideur. Mais je pris la résolution de vivre si bien avec Monsieur, qu’il s’habituerait à moi par mes prévenances, et qu’il finirait par me supporter. »

Toute la Cour rigole devant ce couple mal assorti : lui freluquet bedonnant efféminé, elle déjà forte comme une bufflonne (c’est bien après son mariage qu’elle prendra beaucoup de poids) !

Elle écrit : « Il a l'air d'une femme, étant toujours en train de se farder... » Pourtant, elle se montrera toujours douce et complaisante envers lui.

Oui, car dans l’ensemble, même si ce n’est pas l’amour fou, les deux s’entendent plutôt bien.

Dans l'intimité du couple...

Avec sa grande gueule habituelle, la Palatine raconte comment Monsieur se conduit au lit...

« Monsieur m'a fait rire, de bon coeur, une fois. Il apportait toujours au lit un chapelet d'où pendait une quantité de médailles qui lui servait à faire ses prières avant de dormir.

Quand cela était fini, j'entendais un gros fracas causé par les médailles, comme s'il les promenait sous les couvertures. Je lui dis :

« - Dieu me pardonne, mais je soupçonne que vous faites promener vos reliques dans un pays qui leur est inconnu ! »

Monsieur répondit :

« - Taisez-vous ! Dormez ! Vous ne savez pas ce que vous dites. »

Une nuit, je me levais doucement. je plaçai la lumière de manière à éclairer le lit, et, au moment où il promenait ses médailles sous la couverture, je le saisis par le bras et lui dis en riant :

« - Pour le coup, vous ne sauriez plus le nier. »

Monsieur se mit à rire :
« - Vous qui avez été huguenote, vous ne savez pas le pouvoir des  images de la Vierge. Elles garantissent de tout mal les parties qu'on en frotte. »

Je lui répondis :
« - Je vous demande pardon, mais vous ne me persuaderez pas que c'est honorer la Vierge que de promener son image sur les parties destinées à ôter la virginité. »

Monsieur ne put s'empêcher de rire et dit :
« - Je vous en prie, ne le dites à personne... »

Les enfants du couple

Liselotte et Philippe ont 3 enfants :

• Alexandre-Louis d’Orléans, mort à 3 ans. Madame ne s’en remettra jamais ;

• Philippe d’Orléans, le futur régent ;

• Elisabeth-Charlotte, Mlle de Chartres. Il s'agit de la grand-mère de la reine Marie-Antoinette (son fils François épousera Marie-Thérèse d’Autriche) !

La 1re grossesse se passe normalement, quoique la princesse passe 16 heures dans des douleurs horribles !

Elle raconte d'ailleurs, choquée, qu'elle trouve « affreux la mode de se faire accoucher par des hommes », déplorant le manque de sages-femmes en France.

Après la naissance du 2e, Monsieur propose à Liselotte de faire appartement à part, raconte Cabanès dans Une Allemande à la Cour de France (1916).

Elle accepte : selon elle, dormir avec son mari est une corvée ! Comme il ne faut surtout pas le déranger pendant son sommeil, elle doit se tenir au bord du lit pour dormir, « au point que parfois je suis tombée comme un sac » !

Chacun est super content, comme ça ! Surtout elle, qui confie : « J'ai été bien aise quand Monsieur, après la naissance de sa fille, a fait lit à part, car je n'ai jamais aimé le métier de faire des enfants. »

Conclusion

Notre princesse allemande préférée devra se faire aux moeurs de la cour de Versailles...

Elle laissera, en épistolière increvable, 60 000 lettres dans lesquelles la vie quotidienne de Versailles nous est dévoilée.

Peintures hautes en couleur, généreuses, fortes en gueule !


Et encore !