La mort terrible du maréchal Brune à Avignon

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Brune traîné dans le Rhône (H. Martin, 1867) - ©The British Library / Public domain Brune traîné dans le Rhône (H. Martin, 1867) - ©The British Library / Public domain
Place Crillon Rue Quartier Homicide Destin tragique Maréchal Brune

De Napo aux Bourbons

Se doutait-il, le jeune fils d'avocat monté à la capitale pour être imprimeur, qu'il mourait de façon aussi tragique ? Devenu général en 1793 et bataillant aux côtés de Napoléon en Italie en 1797, le maréchal d'Empire Guillaume Brune est toujours resté républicain dans l'âme. Une tendance qui ne plaît pas vraiment à l'Empereur...

Malgré ses victoires à Bergen et en Italie, Napoléon le démet de ses fonctions jusqu'en 1814. Ouh, il est fâché, le petit Corse ! Brune est même l'un des rares maréchaux d'Empire à ne pas avoir reçu de lettres de noblesse...

Napoléon le rappelle pendant les Cent-Jours (lorsqu'après son exil de l'île d'Elbe il revient en France, jusqu'à son abdication et son exil à Sainte-Hélène). Mais là, les Bourbons font leur retour au pouvoir. Alors qu'il regagne Paris, Brune le Républicain se fait assassiner par des royalistes à Avignon. Dans l'hôtel de la place Crillon !

Rumeur dans la ville

Voyons un peu le déroulement du drame : le 2 août, Brune arrive à l'hôtel vers 11 h du matin. Il tient absolument à y déjeuner. La place est un des endroits les plus animés d’Avignon, il y a un monde fou ! Pourtant la présence du général n'échappe pas à un ancien officier royaliste, qui le reconnaît.

Le bruit court vite. Brune est à Avignon ! Si, à l'hôtel de la place de l'Oulle ! « Il a tué la princesse de Lamballe ! » hurle un homme. « Il paraît même qu'il a promené sa tête au bout d'une pique dans tout Paris » murmure un autre...

Il n'en faut pas plus pour déchaîner la colère des ultra-royalistes. La place se remplit en un éclair ! Là, il y a des hommes sur les toits des maisons voisines, là, certains sont armés de fusils ! Ca sent le roussi... La voiture de Brune quitte la place mais une foule l'assaille et lui lance des pierres.

L'assaut final

Forcé de faire demi-tour, Brune regagne sa chambre et s'y barricade en attendant que les choses se calment. Mais la foule veut la tête de Brune ! Le maire tente de dissuader la bande d'excités de commettre l'irréparable.

Rien n'y fait ! Voilà l'assaut ! Ils se précipitent par les fenêtres de l'hôtel, défoncent la porte de la chambre de Brune, lui font face ! L'un d'eux tire... Brune tombe, mortellement touché. 14 heures viennent de sonner, il agonisera pendant plus de 4 heures.

La prune de Brune

Dehors, on cause, on cause, la foule se demande. Que s'est-il passé dans cette chambre ? Pour toute réponse, on criera au balcon de l'hôtel que le maréchal s'est suicidé ! Même le procès-verbal confirme la chose. Pourtant, les royalistes chantent une toute autre chanson le soir-même :

« Un ange subtil Mit dans le fusil L'excellente prune Qui tua le maréchal Brune... »

Sur ordre du maire, le corps placé sur une civière est envoyé à l’hôpital en attendant qu'on ne l'inhume. Mais un flot de royalistes détournent la civière sur le pont Saint-Bénézet, jusqu'à la 13e arche. Là, ils jettent le corps dans le Rhône avant d'écrire sur le pilier du pont : « Ici est le cimetière du maréchal Brune »...

Du délire !

Le pauvre Brune dérive 4 jours dans l'eau, suivi sur la terre ferme par une foule de gens hystériques. Une telle folie, on n’avait jamais vu ça ! Brune finit par s'échouer au mas des Tours, entre Arles et Tarascon. Quelqu'un l'enterre non loin de là, au risque de se faire prendre.

Le général a le droit à son repos éternel maintenant, non ?! Même pas : sa veuve ne saura qu'en 1817 où se trouve sa tombe. Pire, le crime restera impuni... jusqu'en 1821 : on condamne deux hommes pour assassinat par contumace. L'un des deux mourra avant d'avoir pu exécuter sa peine...


Et encore !