La louve de Lastours ou petite vie d'un troubadour

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Châteaux de Lastours Château Château cathare Peire Vidal

La Louve de Peire Vidal

Pierre-Roger de Cabaret et son frangin Jourdain organisent souvent de belles fêtes dans leur château perché de Lastours. Les troubadours ont une place de choix ! Celui qui vient le plus souvent s’appelle Peire Vidal. Il compose tout particulièrement pour la femme de Jourdain, Etiennette de Pennautier.

Il s’agit de Na Loba domna, « la dame Louve » de ses poèmes... Une louve ? Oui : la légende dit que Peire se déguise un jour en loup pour aller voir la belle incognito, mais qu’un jour les chiens des bergers voisins finissent par le blesser gravement... La dame apprend que le loup n’est autre que Vidal déguisé, sur quoi elle rit de sa folie, et son mari aussi...

Le poète dingue !

Oui : plein d’imagination, fantasque, et complètement dingue, voilà Peire Vidal ! Peire nous vient de Toulouse, c’est le fils d’un riche pelissier. Son biographe dit de lui qu’il chante très bien, compose et invente le mieux du monde. Mais il est aussi « l’homme le plus fou du monde, car il croyait que tout ce qui lui plaisait ou qu'il voulait était vrai » !

Il avait remporté la petite violette d’or du concours poétique toulousain des Jeux Floraux, même qu’il devient après ça chanteur de la comtesse de Toulouse, la fille du roi de France Louis VI... C’est grâce à elle qu’il avait gagné le concours. Et apparemment, sa beauté continue de l’inspirer...

Trop, parfois ! On se demande ce que la dame lui a laissé entrevoir, quand il parle de ses « beaux appâts » ! Pas fou, le comte le met au trou après lui avoir fait percer la langue et le chasse loin de Toulouse. Non mais ! Le seigneur Barral des Baux recueille Peire chez lui en Provence et le soigne.

Mais là, le poète tombe amoureux de la dame du seigneur. Mais, c’est une manie ! Pire, un jour, il la trouve endormie et profite de son sommeil pour l’embrasser. La femme hurle, se débat, le vicomte déboule : on chasse Peire aussitôt...

On dit qu’il a un grain, Peire, comme la fois où il fait couper la queue et les oreilles de ses chevaux, rase la tête de ses domestiques et leur dit de se laisser pousser ongles et barbes... Tout ça à cause de la peine provoquée par la mort du comte de Toulouse Raymond !

On perd la trace du fou Vidal à la fin de sa vie : pfiouf, disparu ! Du coup, voilà un super prétexte à tous les délires : son biographe dit qu’il épouse une Grecque de sang royal à Chypre, arme un bateau et part conquérir le monde...

Peire laissera à la fois chansons d’amour (écrit pour toutes les belles femmes qu’il croise) et sirventès dans lesquels se mêlent satire et politique. Sa plus belle œuvre ? De chantar m’era laissatz, écrite après sa mésaventure avec la Louve :

« J’ai lié mon cœur à une dame qui vit de joie, d’amour et de valeur, où la beauté ressemble à de l’or dans le feu. Elle recueille mes prières : aussi il me semble que le monde est à moi et que le roi tient de moi ses terres.

Je suis plein d’une joie si parfaite, plus qu’un empereur, car je suis amoureux d’une femme : le moindre petit bout de ruban qu’elle me donne est aussi précieux pour moi que sont les villes de Tours ou Poitiers pour le roi Richard.

Je ne crois pas que ce soit honteux le fait qu’on m’appelle loup, ni le fait de me voir poursuivi par les cris des bergers. Je préfère bois et taillis que palais et maison, et j’irai bien volontiers rejoindre ma dame même au milieu du vent et de la glace. La Louve dit que je suis à elle, et elle a raison : je lui appartiens plus que je n’appartiens aux autres ou à moi-même. »


Et encore !