La légende de la louve blanche du château de Touffou

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Un loup blanc, image d'illustration - ©Pixabay / CC0 Un loup blanc, image d'illustration - ©Pixabay / CC0
Château de Touffou Château Animaux Légende

Carpe diem

XIIe s. Château de Touffou, Poitou.

Les dents arrachent de beaux morceaux de viande tiède. Les papilles s'affolent à la vue de la peau croustillante et caramélisée.

Le vin aigre pique la langue et réveille les esprits engourdis par la torpeur de la salle, surchauffée par le feu colossal qui ronfle dans la gueule de la cheminée.

Géraud de Touffou, le maître des lieux, se régale avant de partir aux croisades. La dent carnivore, l’œil pétillant, il dévore. La viande, le vin, la vie. Qui sait... il a peut-être rencard avec la mort, là-bas !

D'un oasis à un autre

Géraud a rencard avec l’amour, plutôt.

Dès qu’il l’a vue, il a su. Elle serait sa femme. Elle, la belle captive africaine qu’il va déraciner de son oasis d’émeraude et catapulter dans un Poitou givré par l’hiver.

Dans la poussière sèche des chemins, à travers les ruisseaux de galets moussus, il l’a ramenée pour l’épouser.

Voilà la belle dame à la peau d’ébène devenue châtelaine de Touffou, dans ce petit château glacial où elle se sent vite lionne en cage...

Furie rugissante

Mais la furie de la guerre démange Géraud... aussi il repart en croisade. Laissant sa dame s’ennuyer à mourir...

Alors souvent, elle enfourche sa jument et s’en va galoper, pour ne rentrer qu’au petit matin. Galoper à en perdre haleine. Le vent hurlant sur son visage, fouettant ses joues, griffant ses bras.

Pour tout oublier et rentrer au château, une lueur étrange imprimée dans son regard fiévreux.

La louve mène les siens

Mais bientôt, les gens se mettent à parler d’une meute de loups, qui décime la région. Une meute menée par une superbe louve blanche...

Les rêves des paysans, au plus profond des nuits noires d’hiver, se transforment alors en cauchemars peuplés de bêtes aux dents tranchantes.

Visions fugaces. Gouttes couleur rubis sur fourrures rêches. L’odeur métallique du sang. Et parmi les poils gris, la pelisse immaculée et les yeux mordorés de cette louve...

Vision d'horreur !

Quand Géraud rentre de croisade et apprend, pour la louve sanglante, il veut en découdre. La chasser de ses terres à jamais !

Alors, après des jours de traque dans les bois blanchis par la neige, paralysés par un gel glacial, il finit par la trouver. Lui tranche une patte ! La bête s’enfuit en hurlant de douleur.

Mais dans la paume de Géraud, vision d’horreur... la patte venait de se changer en main humaine... une main couleur d’ébène... celle de son épouse, chargée de ses bagues !

En plein dans le coeur

Au château, Géraud trouve sa femme gémissant dans la pénombre de leur chambre. Crispée sur les draps de brocart argenté, baignant dans le sang de sa main mutilée. Il dégaine son épée... et lui plante dans le cœur.

L’histoire finit comme ça. Géraud ? L’histoire ne dit pas ce que le sort lui a réservé. Sûrement condamné à errer dans la campagne poitevine, seul et rempli de remords glacés, jusqu’à sa mort. Oh, rassurez-vous : elle a dû être rapide...

N.B. : vous trouverez cette histoire (et bien d’autres) dans le livre de Didier Van Cauwelaert, le Dictionnaire de l’impossible (2013, éd Plon), au chapitre... « Ma femme est une louve ».


Et encore !