La légende de la chasse maudite du château de Hohlandsbourg

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Le château - ©Rolle / CC-BY-SA Le château - ©Rolle / CC-BY-SA
Château de Hohlandsbourg Château

N.B. : une histoire vue dans Contes, récits et légende des pays de France, tome 2, de Claude Seignolle (éd Omnibus, 2014)

Il y a bien longtemps de ça, longtemps...

La légende se déroule dans un de ces châteaux alsaciens fiers sur leur montagne, le Hohlandsbourg : le fief du comte Rodolphe !

Ce seigneur a-t-il vraiment existé ? Le récit ne le dit pas.

Je soupçonne que ce ne soit en fait Rodolphe de Habsbourg, un être de chair et d'os, qui fait réellement construire le château en 1279 !

Rodolphe, donc, est un homme violent et cruel.

Fanatique de chasse. Puant la charogne, hirsute comme un sanglier, des frusques raidies par une crasse poussiéreuse, vieille de plusieurs mois.

Pas un jour, que ce soit un matin givré et bleuté d’hiver ou un été cuisant, il ne manquait une partie de chasse, à traquer le cerf et le sanglier, accompagné de ses piqueurs.

Pire, il ne respectait pas le repos sacré du dimanche, pas plus que les jours de fêtes.

Voilà qui il était : un homme rustre, impie, sans foi ni loi, dénué de la moindre once de respect.

Alors, un dimanche matin, quand il ne trouve rien de prêt, dans la cour du château, ni chevaux, ni piqueurs, ni chiens, il hurle tout son soul.

Un ogre échevelé, rouge comme une barrique de vin sur pattes !

Sa femme lui explique qu'elle vient de renvoyer tout le monde.

C'est aujourd’hui le jour de Pâques...

Rodolphe, hors de lui, va chercher des domestiques pour seller son cheval, sous les cris de sa femme qui le supplie, sous peine de malheur, de ne pas partir.

Il grogne, la chasse comme une mouche sur sa soupe, et fait baisser le pont-levis.

Surprise !

Derrière celui-ci, deux cavaliers : un noir, un blanc.

Le premier, venu exprès pour la chasse, l’autre, demandant humblement l’hospitalité.

Oh que oui, on part à la chasse ! rugit Rodolphe. Les trois partent dans un galop d’enfer.

Ils ne tardent pas à poursuivre un cerf.

Ils traquent la bête des heures durant, traversant les champs, saccageant les récoltes des pauvres gens.

Pas une once de pitié !  Rien !

Le cerf finit acculé contre la petite cahute d’un ermite, au coeur d'un bois sombre.

Celui-ci tente de protéger l’animal, s'interpose... Malheureux ! Mais que fais-tu ? Veux-tu perdre la vie ?!

Car Rodolphe est devenu fou de rage. Happé par une haine sanglante, il fond sur l'ermite et le tue.

Le cavalier blanc disparaît... le noir fait rouler son rire sinistre et une voix grondante explose au-dessus d’eux : « Rodolphe, je te maudis pour ce crime ! »

Et alors qu’un coup de tonnerre et du vent comme mille voix caverneuses sorties des ténèbres claquent au-dessus de sa tête, Rodolphe s’enfuit en hurlant, contraint pour l’éternité à galoper avec valets et chiens, derrière un gibier qu’il n’atteindra jamais...

Depuis, on voit encore Rodolphe à la tête de sa chasse maudite, hantant la forêt du Hohlandsbourg la nuit, alors que se déchaîne la tempête.


Et encore !