La création de l'ordre du Temple au coeur de la cathédrale de Troyes

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Vue sud-ouest - ©DXR - Daniel Vorndran / CC-BY-SA Vue sud-ouest - ©DXR - Daniel Vorndran / CC-BY-SA
Cathédrale Saint-Pierre-Saint-Paul de Troyes Cathédrale

Venez, entrez ! Ca se passe ici, dans la cathédrale Saint-Pierre-Saint-Paul de Troyes !

Le Concile de Troyes, qui débute le 13 janvier 1129, donne officiellement naissance à l’Ordre des Templiers.

Les Templiers : de la Champagne à Jérusalem !

Le gratin présent dans l'immense cathédrale, ce jour glacial de janvier 1129, est impressionnant.

On compte des abbés venus de toutes les plus puissantes abbayes, les évêques les plus prestigieux, la crème de la crème des seigneurs locaux (dont le célèbre comte de Champagne Thibaut) et moult chevaliers Templiers...

Et puis bien sûr, le champenois Hugues de Payns : le fondateur et premier maître de l’Ordre !

La milice des Pauvres chevaliers

En fait, tout commence avec la première croisade, prêchée en 1095.

Alerte ! Les Turcs viennent d'envahir Jérusalem ! Le pape Urbain II exhorte les croyants d’Occident à délivrer le tombeau du Christ.

Hugues de Payns quitte femme et marmots, s’engage aux côtés des croisés avec sept compagnons champenois.

Mais la ville de Jérusalem reprise, n’allez pas croire qu’il rentre tranquillement dans ses pénates, serrer sa moitié dans ses bras. Oooh que non !

Il a un sacré pain sur la planche, Hugues. Pour cause, il se met en tête d’organiser, dès 1119, la « milice des pauvres chevaliers du Christ au service du Saint-Sépulchre de Jérusalem ».

En gros, une escouade chargée de protéger le tombeau de Jésus, ainsi que les pèlerins s’y rendant...

Des chevaliers bien pauvres, au début, d’où leur nom.

Habitant des huttes rudimentaires près du temple de Salomon, à Jérusalem, ils deviennent tout naturellement chevaliers du Temple.

Voilà, les Templiers étaient nés !

De retour à Troyes, pour la reconnaissance !

De retour de Jérusalem, Hugues de Payns veut faire reconnaître l’ordre qu’il a créé. Je veux dire officiellement, par la sacro-sainte Eglise catholique !

Il peut compter sur le soutien du pape Honorius II, qui lui demande d’organiser un concile. Mais pourquoi avoir choisi la ville de Troyes ?

Payns est champenois, pardi ! Il a le soutien de nombres de seigneurs, là-bas, dont le grand comte Thibaud de Champagne.

Il a même convaincu Bernard de Clairvaux, abbé de la prestigieuse Cluny, du bien-fondé de son ordre.

Le concile de Troyes et la très austère règle de l’Ordre

En ce jour du 13 janvier 1129, donc, le concile de Troyes établit la règle de l’Ordre des Templiers.

Une règle stricte, austère, vous allez voir !

C'est la bulle papale Omne datum optimum (« Tout don parfait ») qui approuvera la règle, en 1139. Elle comprend 72 articles, faites de règles religieuses et militaires qui dictent la vie quotidienne de ses membres.

Le recrutement

Parlons recrutement !

Pour faire partie des Templiers, vous devez avoir plus de 18 ans, ne pas être endetté, ni fiancé ou marié.

Vous n’êtes pas chevalier, donc pas noble ? Pas de souci ! On recrute aussi des « sergents », parmi le peuple.

Les Templiers, comme les moines, font alors vœux de chasteté, d’obéissance et de pauvreté.

Dès lors, vous faites partie de la famille à vie (sauf faute grave)...

Quelques règles : légumes, aloe vera et butin

Vous voulez quelques exemples de ces règles ? C'est parti !

• Les Templiers mangent de la viande deux fois par semaine, pas plus. Aaah, mais c'est qu'il ne fallait pas « corrompre » le corps ! Chacun mange avec son propre couteau, mais avec une écuelle pour deux.

Le reste du temps, les repas se composent de légumineuses et de pain.

Un vrai régime crétois, rapporte une étude italienne publiée dans la revue Digestive and Liver Disease (vol 46, juillet 2014), intitulée Le régime des Templiers : leur secret de longévité ?

Alors que les gens mouraient à l'époque à 40 ans, les Templiers ont pour la plupart atteint les 66 ans, comme Hugues de Payns.

Leur secret : peu de viande, beaucoup de légumes, un peu de vin mélangé à de la pulpe d'aloe vera, une plante aux propriétés antiseptiques !

Sans oublier le principal : jamais de venaisons ni d’épices, propices à l’échauffement du corps et des sens.

• La règle de l'ordre du Temple s'inspire de la règle des bénédictins, mais elle s'adapte aux chevaliers. Le jeûne, par exemple, est assoupli pour ceux allant au combat.

• La bulle accorde aussi aux chevaliers le droit de garder le butin conquis sur les infidèles, et les libère du paiement de la dîme.

Conclusion : et après ?

Sitôt après la fondation de l'ordre du Temple, à Troyes, les dons affluent de toute l’Europe. Les Templiers deviennent plus riches et cessent de dépendre du pape.

Ils finissent par accumuler 5 000 commanderies, des terres innombrables, des biens immobiliers répartis dans toute l'Europe, du Portugal à la Hongrie !

Au début, le roi Philippe le Bel semble ravi de l’installation de l’ordre, dans son royaume.

Mais en fait, il finit par ne plus supporter l'indépendance arrogante des Templiers. Il veut les perdre, hurle à l'hérésie, répand des traînées de rumeurs nauséabondes...

Après une enquête vite faite mal faite, le dernier grand maître de l’Ordre, Jacques de Molay, se fait arrêter et brûler vif. C'est la fin des Templiers, nous sommes en 1314.

Avant de mourir, Molay hurle une malédiction, le célèbre « tous maudits jusqu’à la 7e génération » ! Il cite le pape Clément V et le roi à comparaître devant Dieu, dans les 40 jours…

Malédiction ou pas, pipeau ou non, il faut admettre que l’imprécation fait son petit effet : le pape meurt en avril 1314, le roi en novembre, ses trois fils sont frappés de morts brutales, sans descendants directs…

Il s'agit de la trame des célèbres Rois Maudits !


Et encore !