Juin 1794 et le naufrage du Vengeur du Peuple, un bon gros baratin patriotique

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Le Vengeur du Peuple au Panthéon - © Marko Kudjerski / CC-BY Le Vengeur du Peuple au Panthéon - © Marko Kudjerski / CC-BY
Panthéon Statue Naufrage Révolution Française

Vous vous promenez au Panthéon... et vous vous demandez à quoi fait référence cette statue imposante, le Vengeur du Peuple ? C’est parti pour l’histoire d’un bon gros mensonge patriotique !

Une défaite ? Hem, non... une victoire morale

Le Vengeur du Peuple, c’est le nom du célèbre bateau de guerre français du XVIIIe s. Un rafiot envoyé pour escorter un convoi chargé de blé américain vers la France, pour le peuple qui crève la faim.

Sauf que le convoi tombe sur des Anglais, le 1er juin 1794. Et mieux vaut ne pas tomber sur des Anglais en pleine mer... Un long combat commence.

Et quoi ? Les Français perdent la bataille ! Mais c’est une victoire morale.

Ils ont brillé par leur courage sans faille et leur combat héroïque. Siii ! Les marins préfèrent couler avec leur bateau plutôt que de se rendre, en gueulant un déchirant « Vive la Patrie, vive la République ! » et en poussant une p'tite chansonnette, la Marseillaise... L’équipage du Vengeur a péri, OK, mais d’une belle façon.

Ah qu’c’est biau, braille la Convention Nationale, toute émue. Elle décide de dédier aux héros une statue à leur mémoire au Panthéon (fraîchement construit pour abriter le tombeau des grands hommes de la Patrie).

Et attendez, on a eu du bol, avec cette statue : le projet initial devait être une reproduction du Vengeur suspendue à la voûte, avec le nom de tous les marins écrits sur les colonnes, lit-on dans Faits mémorables de l'histoire de France (R.- J. Durdent, 1814). Finalement, on a eu la statue commandée au sculpteur Ernest Dubois, en 1810.

Voilà comment les 723 marins du Vengeur entrent au Panthéon, donc. Mais tout ne va pas se passer comme prévu !

La vérité sur le Vengeur ?

Non, tout ne se passe pas comme sur des roulettes. Car quelques mois plus tard, une partie de l’équipage du Vengeur, faite prisonnière avec son capitaine en Angleterre, rentrent en France.

Surprise !

La Convention paraît toute embêtée. Heu... vous avez légèrement enjolivé l’histoire du Vengeur, hein ? Hé, oui, attendez : elle est où, l’entourloupe ?... l’équipage a-t-il brillé tant que ça, en résistant et en coulant avec son bateau ?!

Je vais vous dire : la Convention s’est bien foutu de nous en tournant l’affaire en propagande révolutionnaire !

La vérité, c’est que le Vengeur du Peuple a coulé comme un gros cachalot crevé, torpillé par l’Anglais. Et le capitaine s’est rendu après avoir demandé de l’aide et fait monter son équipage sur le bateau ennemi ! Enfin, une partie de l’équipage, puisque sur les 723 marins, plus de 500 meurent noyés.

Renaudin le déserteur

Le meilleur pour la fin ?

Renaudin, le capitaine du Vengeur, aurait dû passer devant le conseil de guerre pour avoir déserté son rafiot. Que nenni : la France lui fait les honneurs et on le nomme fissa contre-amiral. Aujourd’hui, il a même son nom gravé sous l’arc de Triomphe, à Paris !

La tradition dit même que Renaudin, recueilli par l’ennemi, supplie le captain anglais de dire à tout le monde qu’il a été courageux et qu’il n’a pas abandonné son navire...


Et encore !