Giraut de Bornelh, le troubadour du château d’Excideuil et son Reis Glorios

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Le donjon - ©Père Igor / CC-BY-SA Le donjon - ©Père Igor / CC-BY-SA
Château d’Excideuil Château Giraut de Bornelh

Le poète célibataire

Modeste et studieux

1164. Vous l’entendez, ce gros bébé joufflu qui braille tout ce qu’il peut ? Le petit Giraut de Bornelh vient de naître dans une famille très modeste, au pied du château d’Excideuil. La forteresse et ses seigneurs, il ne va pas tarder à les fréquenter.

Giraut fait des études dans une abbaye limousine. Son biographe dit qu'il passe l’hiver à étudier à l’école ; l’été, il fait le tour des châteaux avec ses deux chanteurs-jongleurs. Il ne s'est jamais marié (eh, personne n'est parfait) et tout ce qu’il gagne, il le donne à ses parents et à la petite église d'Excideuil. Plutôt studieux, Giraut !

Retrouver divertissement

Ensuite, il accompagne ce saligaud d’Adhémar V aux Croisades, vers 1188. Puis bien après son retour, il s’installera au pied du château, sur ses vieux jours, espérant surement un peu de tranquillité bien méritée. Mais bientôt, Guy, le fils d’Adhémar, vient assiéger le château et tout brûler. La maison et les livres de Giraut, tout part en fumée. La chronique dit :

« Giraut de Bornelh, quand Gui, le vicomte de Limoges, lui eut fait piller sa maison de ses livres et de son meuble, et vit que le prix était enfui et divertissement endormi et galanterie morte et promesse faillie et courtoisie perdue, il se voulut mettre en peine de recouvrer passe-temps, et joie, et prix, et fit cette chanson qui dit : pour retrouver divertissement. »

Reis glorios

On l’appelle le « Maître des troubadours », Giraut, tant il maitrise son art : si, si, vous connaissez peut-être son poème le plus connu et le plus beau, Reis glorios, une aube (alba).

Le poète appelle Dieu pour aider son ami amoureux, près de qui il doit monter la garde pour empêcher le mari de la belle de les surprendre ensemble. L’ami et amant prend la parole dans la dernière strophe :

« Roi glorieux, vraies lumière et clarté, Dieu tout-puissant, seigneur, j’implore votre aide. Apportez une aide fidèle à mon ami : Hier, la nuit venue, il m’a quitté pour elle. Et je vois l’aube se lever.

Beau compagnon, vous dormez, vraiment ? Réveillez-vous, ami, je vous attends. Car à l’Orient je vois l’étoile et le jour monter, je l’ai bien reconnue, Et voilà l’aube qui se lève.

Beau compagnon en chantant, je vous appelle. Ne dormez plus, j’entends l'oiseau cherchant le jour dans le bocage J’ai si peur que le jaloux ne vous surprenne, Et voilà l’aube qui se lève.

Beau compagnon, depuis que je vous ai laissé, j’ai veillé toute la nuit pour prier Jésus-Christ à genoux, afin de vous retrouver, mon ami, au petit matin. Et voilà l’aube qui se lève.

Beau compagnon, vous m’aviez demandé la veille de veiller sur vous sans répit, Mais voilà que ne vous plaise plus ni ma chanson ni ma présence. Et voilà l’aube qui se lève.

Je suis si bien, mon ami, que je voudrais que le soleil ne se levât jamais ! Car je tiens entre mes bras le plus beau corps qui soit né d'une mère Alors je ne m'émeus ni du fou jaloux ni de l'aube. »


Et encore !