Epiphanie mortelle à Noirmoutier : la fin de Maurice d'Elbée dans les douves glacées du château

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Mort du général d'Elbée (Le Blant, 1878), musée de Noirmoutier / Wikimedia Commons Mort du général d'Elbée (Le Blant, 1878), musée de Noirmoutier / Wikimedia Commons
Château de Noirmoutier Château Destin tragique Révolution Française Guerres de Vendée

6 janvier 1794, Noirmoutier. Une Epiphanie... sinistre. Maurice claque des dents. Les yeux vitreux, le cœur à 100 à l’heure, il va mourir. Mais il ressemble déjà à un mort vivant, avec son corps brisé par 14 blessures...

La Vendée ensanglantée à l'heure de la Révolution

Révolution Française. Le château de Noirmoutier sert de prison militaire depuis que Louis XV l’a racheté en 1767. Un des prisonniers les plus célèbres ? Maurice d’Elbée, général des armées vendéennes « catholiques et royales ».

A l’époque, alors que la monarchie est morte et que la nouvelle République née de la Révolution bat son plein à Paris, en province, on grogne. Surtout en Vendée, où on est royaliste et profondément catho. On s’en fout, de la nouvelle République !

Mais ce qui met le feu aux poudres, c’est quand l’autorité parisienne ordonne d’enrôler 300 000 gars, dans toute la France. Pour venir combattre les armées envoyées par les monarchies européennes, qui marchent vers Paris. Et qui menacent les acquis de la Révolution, non mais !

Alors, deux clans se forment, en Vendée. Les Blancs, l’armée catho et royale. Et les Bleus, les troupes républicaines. Une lutte à mort. La plus sanglante de toute l’histoire de la Révolution...

D'Elbée blessé 14 fois

Les 14 blessures reçues à la bataille de Cholet avaient poussé Maurice d'Elbée à se réfugier dans l’île de Noirmoutier. Chez Mme Mourain, qui le cache.

D’Elbée pousse celle-ci et sa femme à fuir. Elles refusent. Et les républicains reprennent l’île et l’arrêtent... On lit le dialogue suivant dans Bretons et Vendéens autrefois et aujourd'hui (1884) :

« - Voilà donc d’Elbée ? »

« - Oui. Voilà votre plus grand ennemi. Si mes 14 blessures ne m’avaient pas empêché de me battre, vous n’aurez pas pris Noirmoutier. »

« - Que ferais-tu, si nous t’accordions la vie ? »

« - Je ferais la guerre, je la ferais jusqu’à mon dernier soupir. »

Les Bleus interrogent Maurice pendant des heures. Des jours de torture atroce. Où il dira qu’il « ne combattait que pour sa propre tranquillité et le libre exercice de sa religion, il s’efforcerait de pacifier le pays, si l’un et l’autre lui étaient assurés. »

Ce qui résume bien le but des guerres de Vendée : soutenir la religion catho, complètement chamboulée avec la Révolution et sa constitution civile du clergé (séparation de l’Etat et de l’Eglise)...

La mort dans un fauteuil

Ca y est. D’Elbée va se faire fusiller sur la place d’armes.

Regardez : il est assis dans ce fauteuil de velours rouge qu’on conserve toujours au château, car ses horribles blessures l’empêchent de se tenir debout.

Sa femme hurle et se précipite... mais trop tard : elle sera exécutée 20 jours après lui. Maurice a été inhumé dans les douves du château, aujourd’hui comblées, sans qu’on ne retrouve jamais l’emplacement exact.

Un corps brisé, oublié.

Comme ces 1200 petits paysans, femmes et enfants, parqués dans l’église de l’île comme des bêtes, puis conduits par groupe de 60 sur la grève, pour se faire fusiller. Là. Dans l’air glacé, dans l’étreinte glacée de la vase...


Et encore !