Découvrez qui est Etienne de La Boétie, né à Sarlat en 1530 !

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Détail - ©Thesupermat / CC-BY-SA Détail - ©Thesupermat / CC-BY-SA
Maison de la Boétie de Sarlat Maison

« Parce que c’était lui, parce que c’était moi »… si vous connaissiez cette phrase, mais pas son auteur, stop ! Vous êtes au bon endroit !

Arrêtez-vous deux secondes, pour faire la connaissance de l'auteur de cette belle maxime sur l'amitié : Etienne de La Boétie, né dans cette maison de Sarlat en 1530 !

Un Discours fort et intemporel, une vie trop courte, une amitié hors normes avec un des plus grands philosophes de la Renaissance... découvrez qui se cache derrière l'homme !

Les débuts

Etienne de La Boétie naît dans cette jolie maison à Sarlat le 1er novembre 1530, dans une famille de magistrats cultivés (son père Antoine est lieutenant criminel de la sénéchaussée de Sarlat).

Son pater meurt alors qu’il est tout petit, aussi c’est son oncle Etienne qui prend en charge son éducation.

Grâce à la bienveillance de ce père adoptif, Etienne ne manque de rien pour se remplir le crâne.

Et ce qu'il veut, c'est étudier le droit à l’université d’Orléans !

La maison de Sarlat

Construite en 1525 pour le père d’Etienne, Antoine, regardez !

Le rez-de-chaussée servait d’échoppe, et les deux niveaux (les étages nobles) faisaient office de lieu de vie.

On a là un magnifique exemple de Renaissance italienne, typique du règne de François Ier !

Le Discours de la servitude volontaire

En 1548, un tout jeune homme de 18 ans, encore étudiant en droit, rédige un texte tout court.

Ca n’a l’air de rien, comme ça, mais ça s’appelle Discours de la servitude volontaire.

Et c'est... Etienne qui en est l'auteur !

Et vous voilà libres !

Alors ? De quoi parle ce petit bouquin à priori inoffensif ?

Il est question de la légitimité d’une autorité sur un peuple. Comment un peuple entier peut se flanquer sous le joug d’un seul homme ?!

Etienne répond que la servitude est volontaire. En acceptant de se soumettre, les peuples agissent contre la liberté.

Pourtant, rien de plus simple que de s’affranchir d’un tel joug…

Il écrit :

« Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. Je ne veux pas que vous le poussiez ou l’ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a dérobé sa base, de son poids même fondre en bas et se rompre. »

Malin, La Boétie ne critique pas le roi, François Ier, ni celui qui vient de lui succéder, Henri II.

Il base ses exemples sur les auteurs antiques. Libres à ses lecteurs de transposer ces exemples dans leur réalité...

Vous voyez, un peu, la puissance de ce texte ?! Venant en plus d'un tout jeune homme de 18 ans ?

Marat inspiré !

Un tyran, une volonté de s'en détacher... tiens !

On comprend pourquoi le Discours fait mouche des siècles plus tard, à la Révolution Française !

Jean-Paul Marat pompera une large partie de son bouquin, Les Chaînes de l’esclavage, sur le Discours...

Montaigne - La Boétie, Parce que c’était lui...

Deux âmes soeurs

Montaigne et La Boétie, c’est à la vie, à la mort.

Une amitié rare, comme on espère tous en vivre, un jour !

Tout commence quand Montaigne met la main sur le Discours de la servitude volontaire, alors que le manuscrit n'est même pas publié !

Chamboulé, il cherche à tout prix à rencontrer l’auteur : une « amitié virile » s'installe immédiatement entre les deux hommes, que seule la mort viendra briser.

La mort, implacable, qui vient faucher La Boétie en 1563... Etienne meurt de la tuberculose dans les bras de son ami, à Taillan-Médoc, près de Bordeaux.

Montaigne veille ses 3 jours d’agonie, en faisant fi de la maladie. « Il n’est âgé que de 32 ans, 9 mois, 17 jours », écrit-il dans une lettre, suffoqué par le chagrin.

Parce que c’était lui

Jamais quelqu'un n'a aussi bien résumé l'amitié !

Allez-y, plongez-vous dans les Essais de Montaigne, au chapitre De l’amitié, vous y lirez le célèbre :

« Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : parce que c’était lui, parce que c’était moi. »

Il écrit aussi :

« Nos âmes ont marché si uniment ensemble (…) que non seulement je connaissais la sienne comme la mienne, mais que je me serais certainement plus volontiers fié à lui qu’à moi à mon sujet (…) C’est un assez grand miracle que de se doubler. »

Un Discours post-mortem

Etienne lègue sa bibliothèque à « son intime frère et inviolable ami », mais il lui demande surtout une chose : de publier son œuvre.

Montaigne publie les écrits de son ami, en 1570, tous... sauf le Discours.

Pourquoi ?!

C'est un autre qui s'en charge !

On est en pleines guerres de Religion : un pamphlétaire protestant publie une partie du Discours, en 1574.

Oui, et le texte devient une condamnation des tyrans... les rois de France, quoi. Le Discours a été récupéré ! Il devient dangereux ! Et La Boétie carrément considéré comme hérétique !

Montaigne ne veut pas se retrouver mêlé à ça, et passer pour un calviniste...

Fumée et nuit obscure

Après la mort de son ami, Montaigne sombre, s’enferme dans la tour d’ivoire de son château de Montaigne, collectionne les conquêtes.

Mais la vie a un goût si amer...

Le vide laissé par la disparition d’Etienne le pousse à publier ses Essais, vibrantes réflexions sur nous, humains.

En s'interrogeant sur sa vie, LA vie, (la mort, aussi, une de ses grandes angoisses), ses peurs, ses hésitations, Montaigne nous parle de nous.

« La vie n’est plus que fumée et nuit obscure. Depuis le jour que je le perdis, je ne fais que traîner languissant. Lui seul jouissait de ma vraie image et l’emporta. Nous étions à moitié de tout, il m’était plus cher que la vie, je l’aimerai toujours. »

Conclusion

Montaigne, qui n'avait jamais rien écrit avant la mort de La Boétie, rédige ses Essais en hommage à son ami disparu.

C'est si beau ! Tenter de trucider la douleur, de combler la perte d'un être cher en transformant le chagrin en œuvre. Et quelle œuvre !

Un monument à l'amitié, en somme... un monument à La Boétie, né ici à Sarlat !


Et encore !