De quoi est mort le cardinal de Richelieu au Palais-Royal ?

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Portrait de Richelieu par Ph. de Champaigne (1642) - ©Rama / Public domain Portrait de Richelieu par Ph. de Champaigne (1642) - ©Rama / Public domain
Palais Royal de Paris Hôtel particulier Richelieu

C’est dans le Palais-Cardinal qu'il a fait construire, actuel Palais-Royal, que le puissant Richelieu pousse son dernier soupir, à 57 ans, le 4 décembre 1642.

De quoi est-il donc bien mort ? Enquête, avec un retour sur sa santé faiblarde et les derniers jours précédant sa disparition !

Une vie entière de maladies

Cul pourri et charcutage

Autant vous prévenir maintenant : le cardinal a dégusté, avant de mourir.

Une longue et terrible agonie faite des différents maux dont il a souffert toute sa vie : migraines, calculs rénaux, goutte qui entraînent gangrène et abcès purulents, insomnies et dépression chronique…

Sans compter d’horribles hémorroïdes chroniques, d’où le pamphlet qui évoque (admirez la légèreté) « l’odeur puantissime qui sort du cul pourri de l’éminentissime »…

Un chirurgien l’avait pourtant « charcuté à bon escient », rapporte Tallemant des Réaux.

Comme ça ne faisait qu’aggraver son cas, Richelieu se résout à employer des remèdes plus douteux : faire venir au Palais-Royal les reliques de saint Fiacre, réputées souveraines pour sa maladie.

Fiacre ? Pourquoi Fiacre ? Son nom rappelle le fic, une tumeur en forme de figue !

Des douleurs insoutenables

En 1632, déjà, les médecins remarquent un abcès « vers l’extrémité inférieure des muscles fessiers, par suite d’un dégorgement des hémorroïdes. » Beeeuh.

Je vous passe les détails, entre opération, convalescence, rechute, puis nouvelle opération à la limite du soutenable.

En 1642, le cardinal a atteint un niveau de souffrance inhumain. On ne pouvait « le porter d’un lit à l’autre sans d’extraordinaires souffrances. »

Mais est-ce à cause de ses douleurs au fondement que notre cardinal passe l'arme à gauche, le 4 décembre 1642 ?

A en croire ses médecins... oui : il trépasse « d’une horrible gangrène qu’il avait à l’anus ».

On verra que ce n'est pas le cas !

La mort du cardinal

Saignées et crottin au vin blanc !

Ses derniers jours sur terre, Richelieu les passe tenaillé par une fièvre de cheval, tenace, puis par des crachements de sang et des difficultés à respirer.

Des saignées quotidiennes ne font que précipiter sa fin.

Clémentine Portier-Kaltenbach nous raconte dans ses Histoires d'os et autres illustres abattis (éd Lattès, 2007) qu'en plus, aux portes de la mort, on lui fait avaler un élixir à base de crottin de cheval dilué dans du vin blanc !

Les jaunes d'oeufs de Louis XIII

Louis XIII se fend d'une visite, juste avant la mort de Richelieu.

Il veut lui faire prendre en guise de grog... deux jaunes d’œufs ! Privilège d'ordinaire réservé aux rois.

Avant que Louis ne quitte la pièce, le cardinal, mourant, lui murmure quand même (on notera la modestie) :

« Sire, voici le dernier adieu. En prenant congé de Votre Majesté, j’ai la consolation de laisser votre royaume dans le plus haut degré de gloire et de réputation où il ait jamais été. »

Pouf ! Ca va, les chevilles, môssieur le cardinal ?

La gloire du monde

Quelques cuillerées de vin requinquent le cardinal, un court moment.

Il trouve le courage de murmurer à sa nièce : « Je suis bien mal, je vais mourir, je vous prie de vous retirer, votre tendresse m’attendrit. »

Après un hoquet, tout est fini. Le révérend à son chevet lui ferme les yeux et murmure gravement : « Ainsi passe la gloire du monde ! »

Voilà. Le 4 décembre 1642, Richelieu venait de rendre l'âme dans sa chambre du Palais-Cardinal...

Alors, la cause de cette maladie ?

Au final, l’autopsie indique (dixit Augustin Cabanès dans son Cabinet secret de l'histoire) une « pleurésie purulente de nature tuberculeuse », avec la découverte de deux beaux abcès au poumon.

Petite anecdote, au passage, la même autopsie révèle un cerveau « d'une odeur suave et agréable », au lieu de l'odeur fétide habituelle.

Normal ! Richelieu faisait parfumer sa chambre de musc et d'ambre, histoire de chasser les miasmes émanant de sa personne !

Une tête... momifiée !

On inhume Richelieu dans la chapelle de la Sorbonne. Sa tête momifiée connaîtra bien des péripéties ! Mais ça, c'est une autre histoire...

Les réactions post mortem

L’annonce de la mort du cardinal provoque une explosion de joie, qui secoue le peuple tout entier.

Enfin !

Enfin, la mort de celui qui a régné, aux côtés de Louis, XIII avec une poigne de fer.

Un tyran riche de tous ses palais orgueilleux, ses meubles dorés, ses richesses. Un despote qui a levé des impôts colossaux pour faire la guerre aux Habsbourg, laissant le royaume exsangue et complètement soumis au pouvoir absolu du roi...

Partout dans les rues des villes, on voit fleurir de sympathiques petites satires, comme :

« Ci-gît (que personne ne pleure) le cardinal. S’il est bien, Dieu le garde mal. S’il est au diable, à la bonne heure. »


Et encore !