Dames vertes et moine rouge : la légende du château de Rupt-sur-Saône

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Le château - ©Ginette Mathis / CC-BY-SA Le château - ©Ginette Mathis / CC-BY-SA
Château de Rupt-sur-Saône Château

La bouche brûlante d’une flambée, dans une cheminée. Les festins dans une salle de pierres nimbées par la lueur orange des torches.

Des jours sans fins qui s’étirent et font du château un petit point sombre dans la plaine blanche de neige…

Et au milieu de tout ça, Jean de Rupt règne en maître sur son château.

N.B. : une histoire vue dans Album franc-comtois, de Charles Nodier, 1842.

Un éclair de folie, près de l’étang brumeux...

Notre histoire commence le jour où Jean de Rupt tombe amoureux d’une jeune villageoise, Louise.

Louise, oh, elle est si jolie... Jean devient fou, rumine, pense à elle jusqu’à l’obsession.

Un matin de décembre, il tombe sur elle dans le bois voisin, près d’un étang, frêle silhouette solitaire drapée de blanc. Jean, devenu comme fou, tente d’abuser de la jeune femme.

Choquée, interdite, ne voyant comment s’échapper des bras puissants du seigneur et sachant le déshonneur qui l’attendait, Louise préfère mourir et se jette dans l’étang où elle se noie.

Une Marguerite pour oublier Louise

Fou de douleur, mordu par un tempête de remords, Jean fait construire une petite chapelle près des lieux du drame.

Mais rien n’y fait, la douleur le poursuit comme un chien enragé.

Un seigneur voisin lui conseille le mariage comme solution à son malheur.

Jean de Rupt jette son dévolu sur une châtelaine voisine, Marguerite de Traves. Bientôt, Louise s'efface de son esprit. Un vague souvenir.

Enfin, au début...

La solution ? Partir, loin, très loin !

2 mois après la noce, Louise revient hanter Jean. Il semble voir son fantôme gémissant partout.

Une nuit, englué par l'angoisse, il rend visite à Pierre de Chariez, commandeur de l’Ordre du Temple de Scey, non loin de Rupt. Jean se confesse à lui, perdu.

Malheureusement, Pierre n’est pas celui qu’il croit : il aime en secret sa femme et désire plus que tout l’absence de Jean...

Il lui murmure de partir en pèlerinage dans la lointaine Palestine. Mais avant, avant ! Il fallait qu'il donne le droit à sa femme de se remarier, s’il n’était pas revenu dans les 3 ans.

Le fourbe... vous voyez où il veut en venir ?

3 années qui filent comme le vent

En fait, Marguerite aimait le Templier. Allez savoir depuis quand ces deux-là se connaissaient... Marguerite avait-elle été de mèche avec son amant pour faire partir son mari ?

Peu importe. Les deux amants se retrouvaient souvent, près de l’étang qui avait vu mourir Louise. Elle, engoncée dans sa cape verte, lui, dans son grand manteau rouge.

Et les 3 ans arrivent. Pas de Jean de Rupt en vue. Tout le village organise le mariage de Marguerite et du chevalier de Chariez. Tout se passe pour le mieux, dans le meilleur des mondes...

Vraiment ?

Une apparition au milieu de la noce !

Mais l'avait-on remarqué, cet homme vieilli par les épreuves, droit comme un i dans la foule colorée ?

Ce chevalier à la longue barbe rêche, couvert d'une poussière ocre, fixant de ses yeux fatigués les deux époux en plein bonheur ?

Jean de Rupt, car évidement c'était lui, se tient là, comme une terrible apparition. On l'avait dit mort. La mort n'avait pas voulu de lui.

Chariez le Templier n'en revient pas. Un revenant ! Là ! A son mariage ! Un mariage avec l'épouse dudit revenant, je vous l'accorde, mais... les 3 ans étaient passés, après tout.

Rapide et léger, Pierre de Chariez dégaine son épée. Mais Jean est bien plus rapide ! La lutte dure à peine le temps d'un soupir.

Chacun perçut le râle sinistre de Pierre de Chariez, tandis que son sang se répandait sur la dalle glacée de la grande salle du château de Rupt...

Deux dames vertes, un moine rouge

Choquée, Marguerite se retire peu après dans un couvent. Après sa mort, les villageois de Rupt murmurent qu’elle hantait l’étang avec la jeune Louise.

Deux pauvres dames vertes condamnées à l'errance.

La peau de Louise, sous son voile vert, blanche comme le lys. Sous le voile de Marguerite, une damnée à la carnation écarlate. Rouge sang, comme le manteau de son amant.

Jean de Rupt, lui, survécut longtemps à toutes ces morts, ravagé par le chagrin. Il ne passa plus jamais près de l’étang.


Et encore !