Cruauté et vaisselle hachée

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Le château - ©Chau7 / CC-BY-SA Le château - ©Chau7 / CC-BY-SA
Château de Pierreclos Château Révolte Révolution Française

Adieu, veaux, vaches

Les Michon de Pierreclos débarquent en 1665. Peu avant la Révolution, le comte de Pierreclos, Jean-Baptiste, se signale par sa conduite colérique et violente : un jour, il tabasse un maçon qui refait le château, sur quoi les autres font la grève.

Un jour aussi, il prend un villageois en flag en train de détruire des buissons dans son parc : il le met tout nu, lui laisse juste ses sous-vêtements et le renvoie chez lui comme ça ! Et alors, je ne vous raconte pas quand il trouvait des chèvres ou des vaches en train de paître sur ses terres, il en tuait plusieurs pour l’exemple...

Du coup quand sonne la Révolution, les villageois débarquent au château pour le punir. Oui, mais Jean-Baptiste les attendait de pied ferme ! Il avait sorti de son grenier plusieurs gros canons qu’il s’apprêtait à leur faire péter au visage... Hop, ça suffit, on les lui confisque. Quel convoi, pour les embarquer ! On n'a pas de chevaux, seulement des hommes qui les emmèneront... à pied et à la force de leurs bras !

Vaisselle hachée, vieillard goutteux

Un journal rapporte les dégâts occasionnés par les révolutionnaires à Pierreclos (vu dans Mémoires de la Société éduenne, 1872) :

« Le château a été ravagé, pillé et saccagé avec un acharnement inconvenable. On a brisé les meubles, coupé, haché la vaisselle et l’argenterie, déchiré en lambeaux et mille morceaux les rideaux, les tentures ; enfin la rage s’est portée sur les murs qu’on a entrouverts et renversés en plusieurs endroits. »

Lamartine, lui, raconte dans ses Mémoires :

« Les appartements, à l’exception d’un grand poêle en fonte de fer qui s’élevait en colonne torse dans un angle de la salle à manger et d’une vaste cheminée en marbre noir ébréché où brûlaient dans le salon des arbres entiers, ressemblaient à des chambres récemment bâties et incendiées de la veille.

Le ciment même des maçons n’était plus uniformément répandu sur le mur, ces murs semblaient des pierres brutes que la truelle du badigeonneur n’aurait jamais touchées. Le feu avait léché évidemment les peintures des plafonds qui portaient la trace de l’incendie à peine éteint. »

Le vieux comte (ce « grand vieillard goutteux, à la figure hardie et fière, qui regardait avec insolence ses anciens vassaux », écrit Lamartine) reviendra habiter là au milieu des « ruines »...


Et encore !