Cornic, corsaire et amiral aux exploits légendaires

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La statue - ©LPLT / WikimediaCommons / CC-BY-SA La statue - ©LPLT / WikimediaCommons / CC-BY-SA
Statue de Cornic Statue

Un corsaire morlaisien

Sur la place du même nom, face au bassin, se trouve un buste. Ah mais oui, vous l'aviez déjà remarqué, mais... savez-vous qui il représente ? Le corsaire Charles Cornic, dit Duchene ! Une star locale... Le monsieur naît à Morlaix en 1731 dans une famille d'armateurs et de marins originaire de Bréhat. Il a de qui tenir !

Mousse à l'âge de 8 ans dans les bateaux de son père, il est Breton, il a l'aventure et la mer dans le sang ! Aaah, voilà les rivages de l'Irlande, de Terre-Neuve, du Portugal... Même très jeune, il multiplie les actes de courage, ce qui lui vaut à l'âge de 20 ans en 1751, de devenir pilote surnuméraire dans la Marine royale.

« Sans grade, car il n'était pas gentilhomme », nous dit le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle. Oui, il est roturier, c'est pourquoi il ne revêt jamais l'uniforme rouge du Grand Corps qu'on lui avait donné ! Il reste « l'officier bleu », le roturier.

La guerre de Sept Ans éclate. On lui confie le commandement de l'Agathe, un vieux rafiot qu'il répare et transforme en un très bon bateau avec qui il réapprovisionne Brest et prend en chasse les bateaux ennemis. En récompense, on le nomme capitaine de frégate en 1757 !

Le combat de sa vie !

Près d'Ouessant, on le retrouve à bord de la Félicité en juin 1758 combattant contre l'Anglais. Et quel combat ! Epique ! Cornic se bat contre 3 bateaux ennemis en même temps.

Je vous raconte comment se sont déroulées les choses, vous allez voir : la Félicité, c'est une frégate de 30 canons et de 220 hommes. Sa mission ? Croiser le long de la côte pour surveiller les mouvements ennemis. Là, Cornic tombe sur 3 bateaux qui lui barrent la route : les corvettes le Rumbler, la Tamise et l'Alcide.

Damned, des Anglais ! Son sang de Breton ne fait qu'un tour. Cornic ne PEUT pas fuir. Et il ne VEUT pas ! Non, il va faire face, attaquer. A minuit, tout commence : la Tamise, qui a senti le vent tourner, envoie une salve de mousquets. Pareil pour l'Alcide. L'un des boulets brise le grand mât de la Félicité.

Pourtant, Cornic parvient à couler le Rumbler. L'Alcide vient à la rescousse des noyés, reste la Tamise. Cornic lutte tant bien que mal. Et l'Alcide revient à la charge ! La lutte est dantesque. Furieuse. Des coups de tonnerre ébranlent la mer. La lutte dure des heures, acharnée.

Lorsque les ennemis abandonnent le combat, on n'y croit pas ! Cornic revient au port de Brest à bord d'une épave, les voiles trouées, les mâts brisés... Mais une foule en délire l’accueille : Cornic a 26 ans et on l'acclame comme un grand capitaine !

Heurts et malheurs

Il peut alors se marier en 1764 avec la demoiselle de Kater, une jolie Hollandaise qui lui fait oublier la mer l'espace d'un instant... a-t-il enfin trouvé le bonheur ? Peut-être pas... Elle meurt à peine 10 jours après le mariage ! Pauvre Cornic... Ravagé par la tristesse, il part oublier sa douleur dans une mission à Cayenne pour reconstruire le port et visiter les côtes.

Il fait ensuite le plan de la rade de Bayonne, puis étudie ceux du port de Cette en Languedoc... sans oublier la réalisation des plans de défense des côtes du nord de la Bretagne ! Quand la Garonne déborde, Cornic va passer 3 jours entiers à porter secours aux gens de l'île Saint-Georges, allant jusqu'à donner à manger aux pauvres rescapés !

Après le début de la guerre d'Indépendance américaine, Cornic fait part de son envie de monter en grade. Mais les autorités lui refusent sa demande : les nobles jaloux pourraient mal prendre qu'on fasse monter en grade un petit roturier !

Frustré, aigri, il veut quitter la marine. Il n'en aura pas le temps... Cornic, que son biographe surnommait « le La Tour-d'Auvergne de la marine », meurt à Morlaix en 1809. Près de sa mer tant aimée...

Sa statue

La statue réalisée par le sculpteur Ludovic Durand a été inaugurée en septembre 1897. C'est à la base un buste en bronze sur un socle de marbre. Mais les Allemands, pendant la Seconde Guerre Mondiale, décident de fondre le buste. On aura fait une copie en plâtre... mais le mal est fait !

En 1943, on demande au sculpteur Jean Fréour un nouveau buste, en pierre cette fois-ci. L'inauguration se fait en 1947. Une inscription rappelle que la statue a été « offerte par les Bretons de Paris » !


Et encore !