Cordes, un refuge contre la haine

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Remparts - ©Aristoi / CC-BY-SA Remparts - ©Aristoi / CC-BY-SA
Cité médiévale de Cordes-sur-Ciel Cité médiévale

Les cathares, ces bons hommes

La fondation de Cordes. Une histoire intimement liée au drame des cathares. Les cathares ? « Bons chrétiens » et « bons hommes » selon eux. Hérétiques pour l’Eglise catho. Pour cause : leur doctrine venue d’Orient, issue du catholicisme, nie la divinité de Jésus. Pour les cathares, il y aurait 2 dieux.

Un qui règne sur un monde de pureté, l’autre sur un monde matériel qui emprisonne l’homme. Les « bons hommes » mènent donc une vie d’abstinence totale qui doit les ramener à la pureté originelle. Ils refusent aussi les sacrements traditionnels (baptêmes, mariage) et critiquent l’opulence et le relâchement des religieux cathos.

Cette « gangrène » se propage dans le coin de Toulouse. Dans ce Languedoc où en cette fin de XIIe s, l’Eglise a vachement relâché ses mœurs. Les cathares, les Purs, ne peinent pas à trouver des disciples. Vous voyez pourquoi l’Eglise ne peut pas tolérer ça. Il faut réagir. Vous vous souvenez ?

Le pape va envoyer son légat en 1204, Pierre de Castelnau, pour causer au comte de Toulouse Raymond VI. Pour qu’il arrête de se montrer tolérant envers les cathares qui pullulent sur ses terres. En vain. Raymond ne compte rien faire. Mais en plus, Castelnau se fait zigouiller le lendemain par un écuyer de Raymond...

Sang et folie humaine

Voilà. La guerre est lancée. La célèbre croisade des Albigeois. Une armée de croisés venue du Nord déferle dans le Sud, le célèbre Simon de Montfort à sa tête. Béziers tombe la première dans un horrible bain de sang. Suivent Lastours, Termes, Puivert...

Raymond finit par perdre son comté toulousain. Zou, refilé à Montfort. Mais Raymond reviendra avec son fiston, Raymond VII ! Pour reconquérir ses terres et même soutenir un siège à Toulouse, en 1218, où Montfort se fait zigouiller. Après la mort du paternel, Raymond VII continue la lutte.

Comme un enragé. Il a soif de vengeance ! Les croisés vont payer, pour la mort du père. Quitte à passer sa vie à défendre les cathares. Et voilà comment Raymond fonde Cordes : une place-forte toute neuve qui protégera ses terres et qui accueillera tous les cathares en fuite.

Tous venus d’un seul et même endroit : la cité Saint-Marcel, rasée par les croisés. Mais la croisade reprendra de plus belle... jusqu’en 1240 et la prise du château de Montségur. Avec l’horrible exécution des derniers cathares.

Cordes, la fondation de Raymond

La bastide de Cordes date donc de 1222, lorsque Raymond VII annonce qu'il fait construire une petite cité tout spécialement pour les cathares persécutés et les habitants dont on a détruit les villages voisins.

Et on peut dire que les gens déboulent en masse. On comptera à cette époque près de 5 000 habitants ! Tout ça grâce aux privilèges que Raymond leur accorde. On a gardé une trace, de ces privilèges : le Libre ferrat (« livre enchaîné »), un manuscrit écrit au XIIIe s, conservé au musée de Cordes-sur-Ciel.

Un recueil des privilèges accordés à la cité, dont le plus ancien est l’acte fondateur de 1222 de Raymond VII. Privilèges pour ceux qui viennent construire des maisons et les habiter, par exemple. Ou exemption des droits de péage dans toute la région, sauf pour les marchands... La ville se fortifie puissamment, bien sûr.

Elle compte 5 enceintes flanquées de tours, elles-mêmes comprises dans un mur percé de 20 portes, qui fait le tour de Cordes ! Redoutable... Mais au fait, c’est quoi une bastide ? Un nom d’origine occitan qui désigne des « villes neuves » construites dans le sud-ouest de la France entre 1222 et la fin du XIVe s.

Mais vous savez quoi ? On voit aussi l’apparition d’ateliers de tissage, à Cordes, où l’on forme les jeunes cathares au métier de tisserands. Car chez les bons hommes, on se doit d’exercer un métier manuel et en vivre... Le catharisme résiste à Cordes jusqu’en 1312. Là, l’Eglise catho la mate. Avant que les guerres de Religion ne viennent à nouveau mettre le boxon...


Et encore !