Chartres et sa relique du voile de la Vierge : boulet dans le ventre et bébés royaux à profusion

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Le voile de la Vierge, cathédrale de Chartres - ©Rama / Public domain Le voile de la Vierge, cathédrale de Chartres - ©Rama / Public domain
Cathédrale Notre-Dame de Chartres Cathédrale Relique

Un voile pudique... sur des chastes entrailles

Saviez-vous qu'on garde une relique infiniment précieuse, dans la cathédrale de Chartres ? Celle de la tunique de la Vierge.

Une chemise toute simple que Marie aurait porté « tout le temps que le fils de Dieu demeura renfermé dans ses chastes entrailles », dit l'historien Nicéphore Calixte dans son Histoire ecclésiastique.

Enfin non, minute : pas tout à fait une chemise, mais un « voile », en soie byzantine.

Mais comment arrive-t-elle à Chartres, cette chemise ? Je vais vous le dire.

La Vierge, mourante, la donne à une amie très proche. L’impératrice byzantine Irène la refile à l’empereur Charlemagne : hop, son petit-fils Charles le Chauve la donne à la cathédrale Notre-Dame de Chartres, en 876.

Et voilà ! Mais je crois que vous avez remarqué le reliquaire doré qui protège la relique : lui date du XIXe s, seulement...

Normands en déroute

Hééé !... qui dit relique dit, dit ?? Miracle ! Oui. La chemise fait des miracles.

Surtout pendant l’invasion normande qui déferle sur la France, au IXe s. Les sièges s’enchaînent sur la ville de Chartres. Sans arrêt. Jour et nuit. On résiste, au début. Mais on craint le pire...

L’évêque Gosseaume décide d’utiliser la fameuse chemise, qu’on dit avoir appartenu à la Vierge Marie. Pas bête... Il la brandit devant lui comme un drapeau et marche à la tête d’un grand cortège, vers l’ennemi.

On dit que les Normands aperçoivent la relique, ouvrent des mirettes grosses comme des soucoupes... et détalent comme des lapins sans demander leur reste !

Un boulet dans les tripes, même pas mal !

On lit aussi dans Le prêtre et le sorcier : statistique de la superstition (André-Saturnin Morin, 1872) qu’un commerce (bien juteux, hein, soit dit en passant) se développe autour de la relique.

On confectionnait des chemises sur le modèle de la sainte tunique, on les faisait bénir dans la cathédrale de Chartres et des chevaliers les portaient, par exemple, au combat.

Hé bien, figurez-vous que la chemise agissait comme un porte-bonheur : un d’eux s’était fait ouvrir son armure par une épée tranchante, sans que la chemise en dessous ne soit égratignée.

Un autre (un certain baron du Breuil) se prend un boulet de canon dans le bide au siège de Milan en 1522, sans recevoir un seul bleu sur le corps ! Voui, pendant que ses autres vêtements s'étaient déchirés et avaient brûlés sous le coup, quand même... Sain et sauf, le baron laissera le boulet en ex-voto dans la cathédrale, à son retour !

Une chemise et pleins de marmots

Le bouquin Mœurs intimes du passé (A. Cabanès, 1908) nous apprend que le chapitre de Chartres prend très tôt l’habitude d’envoyer une réplique de la chemise aux reines de France, au moment de leur grossesse. Une chemise fabriquée en taffetas brodé d’or, et bénie devant l’originale.

Figurez-vous qu'un roi prend les devants et vient lui-même faire ses « emplettes » à Chartres. Qui ? Henri III !

Il débarque à Notre-Dame en pèlerinage, en janvier 1579 : hop, p'tit souvenir, il repart avec une chemise pour lui et sa femme (Louise de Lorraine-Vaudémont). Pas parce qu'elle est enceinte (lui non plus d'ailleurs)... mais parce qu'ils comptent bien les enfiler et zou, filer au lit pour faire un enfant ! Sexy à mort, on imagine la scène...

Bon, soyons honnête : le coup de la chemise affriolante n'a pas marché, Henri III n'ayant jamais eu aucun enfant... Bref !

La dernière mention de cette pratique date de 1811, avec la grossesse de l'impératrice Marie-Louise (moitié du petit Corse Napoléon Ier).


Et encore !