Brantôme l'écrivain chez lui à Richemont, sa tour d'ivoire

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Château de Richemont Château Brantôme

Entrez ! Allez, venez ! Vous êtes ici dans le château construit vers 1560 par Pierre de Bourdeille, dit Brantôme.

En parcourant ces petites pièces remarquablement bien conservées, on croirait pouvoir l’apercevoir assis à son cabinet de travail, regardant pensivement par la fenêtre la campagne de son Périgord natal…

Il a plusieurs casquettes : gentilhomme et courtisan, soldat, abbé, chroniqueur à la vision mordante…

Rencontre avec un des grands hommes de la Renaissance !

Qui est Brantôme ? Un courtisan très populaire

Brantôme ? Il s'agit DU chroniqueur des derniers Valois, de cette cour des guerres de Religion, faite de sang et d'or.

Courtisan très populaire, gentilhomme issu de la noblesse périgourdine, Pierre côtoie le gratin.

Il faut dire que sa mère et sa grand-mère sont dames de compagnie de Marguerite de Navarre, soeur de François Ier et grand-mère du futur Henri IV !

Qui est Brantôme ? Un soldat

Brantôme est toujours en quête d’aventures. Ca tombe bien, en 1562, à l'âge de 22 ans, il rejoint les armées royales.

Milan, Rome, Naples et la Sicile vont lui donner le goût de l’aventure. Incroyable, à l’époque où voyager n’est pas vraiment facile !

Dans ses Mémoires, il enchaîne les anecdotes, parle « des mœurs des hommes », « et partout se faisait montrer les différentes façons de faire la guerre et l’amour ».

Par exemple celle où une arme à poudre lui explose au visage et le laisse aveugle 6 jours. Une belle Génoise le guérit de « ses blanches mains »...

Il accompagne Marie Stuart en 1561 de retour chez elle en Ecosse, combat les protestants à Bourges, à Rouen.

Puis part faire la guerre, loin de chez lui. Il franchit les Pyrénées, suit une courte expédition contre les Turcs, file à Lisbonne, séjourne à Madrid à la cour, puis de retour en France, repart à Malte assiégée.

Il ne trouve pas l’aventure qu’il cherchait, pas les grandes batailles ni les grandes victoires auxquelles il ne participe jamais. Jamais là au bon moment ! Alors, il rentre en Périgord.

Seul fait d’armes le concernant : la conquête de Belys au Maroc, pour lequel le roi du Portugal le fait chevalier de son ordre L’habito del Cristo.

Qui est Brantôme ? Un religieux

Brantôme est un homme d’Église aussi, même s’il n’a jamais été ordonné prêtre.

Il a 20 ans quand, de retour chez lui, le roi le nomme abbé de l’abbaye périgourdine de Brantôme, dont il prend le nom. Une nomination faite dans des conditions tragiques

Mais il n’est pas abbé, dans le fond, pas du tout religieux !

C'est un abbé commendataire, comme on en trouve beaucoup alors au XVIe s : un abbé laïc, souvent nommé parmi les plus grands seigneurs ou bourgeois, qui perçoit les revenus de l'abbaye qu'il dirige, sans contrepartie...

Il est à deux doigts de trahir le roi !

Aïe, le drame, dans la vie de Pierre de Bourdeille !

Le roi Henri III lui promet la charge de sénéchal de Périgord, mais au dernier moment, la remet à un autre.

L'horreur ! Se sentant lésé, Brantôme s'étrangle, tempête, proteste, grogne que même s’il avait cent mille vies, il n’en emploierait pas une seule au service des rois de France…

Dégoûté, il projette de vendre tous ses biens et de filer en Espagne, passer du côté du roi Philippe II... La trahison, Brantôme l'a frolée du bout des doigts !

Seulement, un drame va l'en empêcher. Rendez-vous au point suivant pour découvrir lequel !

Il devient écrivain après une mauvaise chute de cheval

En 1584, après une chute de cheval quasi mortelle, Brantôme s'enferme dans son château périgourdin de Richemont, où il passe ses journées à écrire.

Sa chute le laisse immobilisé 3 longues années !

Il raconte :

« Ce fut un malheureux cheval dont le poil blanc ne me présagea jamais rien de bien qui s’étant renversé sur moi contre terre, par une très rude chute, m’avait brisé et fracassé les reins, de sorte que j’ai demeuré 3 ans et demi perclus et estropié de mon corps.

Durant mon mal, pour le soulager, je m'avisai et me proposai de mettre la main
à la plume. Et faisant revue de ma vie passée et de ce que j'avais vu et appris,
fais cet œuvre. »

Couché sous son drap rouge dans son lit, dans la chambre toute simple de son château, Brantôme végète, « regrettant le temps passé, la perte de ses amis, et ne voyant rien qui le rapprochât de la cour des Valois où il avait été nourri ».

Persuadé surtout qu’il va mourir, il rédige ses Mémoires : il lui reste 30 ans à vivre !

Sa vision très piquante des mœurs de son temps constitue sa marque de fabrique.

Ainsi, sa Vie des hommes et des femmes illustres raconte les petits détails de la vie privée du gratin qu’il côtoie à la cour. Anecdotes, ragots, chroniques, c’est tout le XVIe s qui se met à vivre sous sa plume !

La Vie des dames galantes évoque elle relations conjugales, cocus, techniques érotiques, liberté sexuelle, érotisme de la jambe et du pied (oui)… toute la vie sexuelle de son époque !

Il ne s’est jamais marié

Brantôme meurt le 15 juillet 1614, sans enfants, et sans jamais s’être marié.

A cause peut-être de son amour impossible pour sa belle-sœur, Jacquette de Montbron ?

La chapelle funéraire

Au rez-de-chaussée du château de Richemont, vous pourrez découvrir la chapelle abritant le tombeau de Brantôme.

Une chapelle aménagée 4 ans avant sa mort : remarquez son décor de tibias, de larmes et de crânes...

Les plus curieux pourront voir l’autel d’origine en marbre au musée d’Aquitaine de Bordeaux !

Transmission par les femmes

Brantôme lègue son château à sa nièce, en précisant que jamais celui-ci ne devra jamais être détruit et restera dans la famille.

Il permet aussi qu’il soit légué par les femmes de la famille : carrément moderne pour l’époque !


Et encore !