Bernard Sicard, le troubadour de Marvejols

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Portes fortifiées de Marvejols Cité médiévale Bernard Sicard

Un troubadour originaire de Marvejols ? Oui, le monsieur en question s’appelle Bernard Sicard, il nait là vers 1230. Un seul de ses poèmes nous est parvenu : il s’agit du sirventès Ab greu cossire (« avec beaucoup de soucis »), écrite en réaction contre la croisade des Albigeois et après les massacres de Carcassonne et de Béziers. Contre les religieux cupides, surtout ! Et quelle honte pour le royaume de France, tout ce sang versé en terre d’Oc... Quelle fougue, quelle énergie ! Quelle rage, aussi... (traduction vue dans Histoire littéraire de la France, tome 17, 1832)

« Plein d’une grave douleur je compose un acre sirvente. Dieu ! Qui pourrait dire ou connaître le tourment qui lorsque j’y réfléchis m’afflige et m’accable ! Non je ne puis exprimer mon affliction, ma colère. Je vois le siècle bouleversé, la loi corrompue, les plus saintes promesses foulées aux pieds. C’est par 1’iniquité que chacun veut vaincre son rival : on tue, ou massacre, on se fait tuer, sans raison et sans droit.

A toute heure je me soulève, l’indignation me transporte. Je soupire la nuit, en veillant, en dormant. De quelque côté que je me tourne j’entends la courtoise gent crier bassement aux Français : « Sire ! » Oui, ils ont de la pitié les Français, tant qu’ils voient du pillage à faire. Car ont-ils quelque autre droit ? O Toulouse, ô Provence, ô terre d’Agen ! Béziers, Carcassonne, dans quel étal je vous ai vues, dans quel état je vous vois !

Ordres de chevalerie, hospitaliers, maisons religieuses, moines quelconques ne sauraient me convenir avec leurs tromperies, leur fourberie, leur orgueil et leurs immenses possessions. Déjà n’est plus compté pour rien, qui n’a pas comme eux de grandes richesses, de vastes héritages. Ceux-là ont l’abondance et les biens à souhait. Ruses, trahisons, voilà leur religion.

Clergé français, je dois dire grand bien de vous et si je le pouvais j’en dirais deux fois davantage. Vous tenez la meilleure voie et vous nous l’enseignez. De si bons exercices pies seront justement récompensés. Vous ne vous laissez rien, vous donnez tout, vous ne vous permettez aucun désir ; les plus rudes privations vous sont habituelles ; vous ignorez même toute illicite accointance. Veuille Dieu nous faire du bien mieux que je ne dis de vous la vérité !

Semblable à l’oiseau sauvage qui commence son chant sous un ciel sinistre, inspiré par mon cœur, je veux chanter aujourd’hui. Car les grandes maisons vont se détériorant. Les plus nobles races déchoient ou s’altèrent. La scélératesse triomphe. Les barons avilis, trompeurs ou trompés marchent, la valeur derrière, le déshonneur devant le faible, le lâche, le puissant n’ont plus d’héritage que le malheur. »


Et encore !