Auguste Blanqui s'évade par les Astres au fort du Taureau de Morlaix

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Blanqui (extrait de Histoire de la Commune de Paris, 1879) - ©The British Library / Public domain Blanqui (extrait de Histoire de la Commune de Paris, 1879) - ©The British Library / Public domain
Château du Taureau Château Emprisonnement Auguste Blanqui Commune de Paris

1721 - 1871. Le fort du Taureau devient la « Bastille des mers ». Prison noire où les rêves s’écroulent, viennent mourir comme la vague sur le sable.

Le dernier prisonnier, de mai à octobre 1871 ? C’est lui. Lui, là, Auguste Blanqui (1805-1881), 65 ans.

« Ni Dieu ni maître », vous connaissez la phrase ? C’est de lui, du nom d’un de ses journaux.

L'Enfermé sans Dieu ni maître

Blanqui, surnommé « l’Enfermé » : il passe 35 ans sur 76 en prison, dont 4 ans au Mont-Saint-Michel. A cause de ses idées sur la société...

Lui, le révolutionnaire socialiste, arrêté pour « délit d’opinion ». Le socialiste révolté contre la domination dégueulasse des bourgeois. Faut dire qu’il vit dans une drôle d’époque, l’Auguste.

Il en a vu passer, des régimes, assisté à des coups de gueules populaires successifs : l’Empire, le retour de la monarchie des Bourbons, le ras-le-bol et la 2e Révolution de 1830, la IIe République en 1848, le 2nd Empire...

Et la Commune de Paris, enfin, en 1870 : la révolte des classes les plus modestes contre cette bourgeoise parisienne qui a pris le pouvoir et se fout de tout. Blanqui, on le considère comme le chef de file des Communards, leur père spirituel. Il doit payer...

Mort ou vif, Blanqui sait à quoi s'en tenir

On dirait presque que la mer respire, gros monstre marin inquiétant. Lui, visage taillé à la serpe, grand et courbé, il a des yeux comme des éclats de silex qui fixent durement le néant de l’océan de leur gris froid.

Auguste repense à son arrestation, près de Cahors, chez son gendre. Condamné à mort à 65 piges, vous vous rendez compte ? Ces salauds ne respectent rien. Et pourquoi, en plus ?? Pour insurrection.

Brinquebalé à Poitiers, il lui faut deux jours pour atteindre Morlaix, le 24 mai 1871.

C’est de nuit que Blanqui distingue la silhouette de sa prison, pour la première fois : il est 2 h du mat'.

Il demande aux marins, une fois sur la barque qui le mène au fort, s’ils vont le passer par-dessus bord. Les matelots sourient, disent que non.

Hé, fallait être prudent : quelques jours avant son arrivée, des inconnus avaient tenté de soudoyer les militaires chargés de garder les abords du fort, à Morlaix. 5000 francs offerts pour faire échapper Blanqui... Mais les militaires crachent le morceau. La garde redouble.

Même que le ministre de la Guerre donne l’ordre « de faire feu sur le prisonnier à la moindre tentative d’évasion, et si on tentait de l’enlever, ordre de le fusiller sur le champ et de ne livrer aux assaillants qu’un cadavre. »

A la recherche de l'éternité ?

L’Eternité par les astres

Blanqui passe 5 mois au Taureau. Enfermé dans une horrible cellule humide au-dessus du mécanisme du pont-levis... Il va y écrire L’Eternité par les astres :

« Ce que j'écris en ce moment dans un cachot du fort du Taureau, je l'ai écrit et je l'écrirai pendant l'éternité sur une table, avec une plume, sous des habits, dans des circonstances exactement semblables. »

Un beau moyen de s’évader de prison par la pensée, en parlant d’infini, de vastitude...

La vie au Taureau

Arthème Fayard l’interroge dans son Histoire de la Commune de 1871. On voit que Blanqui loue 25 francs par mois du mobilier en bois (commode, lit, table de travail). Plus les draps de lit, l’éclairage, la blanchisserie, les repas... l’éclairage, ah, ça, quand on sait que sa cellule casematée n’a qu’une petite ouverture par le haut...

Lui porte des vêtements chauds : deux pantalons et un gros pull. Le capitaine chargé de sa surveillance lui a même aménagé un abri dans une des tourelles, pour que lors de ses 2 heures de sortie quotidienne, il puisse s’abriter de la pluie...

Blanqui sort de prison pour se faire juger à Paris, en février 1872. Condamné à la prison à vie puis gracié, l’Enfermé meurt en janvier 1881. Les Parisiens ne l’ont jamais oublié : ce sont plus de 100 000 personnes qui assistent à ses funérailles...


Et encore !